La fabrique du racisme sécuritaire – des nouvelles de Nantes, “ville antiraciste”
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À Nantes, la proposition d’installer un commissariat dans un quartier “populaire” n’est pas un simple détail de programme. Elle constitue un révélateur du moment politique que nous traversons, un révélateur du camp choisi et surtout de qui en paiera le prix.
COGESTION DU RACISME D’ÉTAT
La “gauche unie” place l’installation d’un commissariat parmi ses « dix mesures phares » pour les quartiers « populaires », au nom de « l’antiracisme ».
Ce choix de la sécurité érigée en priorité absolue confirme la hiérarchisation des vies qui sacrifie les droits fondamentaux au profit de l’ordre sécuritaire.
Nantes choisit donc la cogestion du racisme d’État : sa politique “antiraciste, action majeure” se limite à contenir les racisé-es, sans attaquer les racistes.
Convergence de la droite, de l’extrême droite et du macronisme sur l’autoritarisme, une inflation législative répressive, le renforcement massif des forces de l’ordre : cette orientation locale n’est pas une exception.
Elle renforce le virage sécuritaire, déjà enclenché, de la municipalité nantaise: effectifs police municipale doublés, contrôles au faciès, opérations coups de poing dans plusieurs quartiers, soutien au projet de CRA, installation d’un LRA…
UN TIMING VIOLENT
Et que dire du moment choisi pour faire cette annonce. Celle-ci est intervenue en pleine séquence judiciaire marquée par la condamnation à sept ans de prison ferme, d’un CRS pour le meurtre d’Aboubakar Fofana, au Breil en 2018, lors d’un contrôle routier.
Dans la même période, à Paris, El Hacen Diarra est mort en garde à vue dans un commissariat (près de son foyer), après avoir été violemment frappé lors de son interpellation.
Promettre davantage de police comme « réponse antiraciste » dans la séquence actuelle de fascisation confirme le camp choisi. Et surtout, qui en paiera le prix.
CONTRÔLER, SURVEILLER, ENFERMER.
Dans une ville où les quartiers populaires sont des zones à “pacifier” déjà constamment soumises à la pression policière, ce commissaria tn’est pas un point de détail.
C’est un outil d’occupation spatiale qui expose une orientation : naturaliser la violence policière.
Céder des locaux publics à l’État pour une “présence pérenne”, c’est prolonger les politiques sécuritaires nationales à l’échelle locale.
C’est continuer à inscrire, toujours plus, Nantes dans un continuum colonial : contrôler, surveiller, enfermer.
LA “SÉCURITÉ, PREMIER DROIT…”
La formule “la sécurité est notre premier droit”, martelée dans les vœux 2026 aux habitant-es n’est pas neutre. Elle est le point d’appui d’un glissement politique désormais bien installé, qui autorise à rogner l’ensemble de nos autres droits, mais aussi à instituer un droit d’exception pour les personnes non-blanches.
Ce discours a notamment servi à construire l’arsenal législatif de ces dernières années : état d’urgence, législation antiterroriste, loi sécurité globale, séparatisme…. Chacune de ces étapes a contribué à banaliser l’idée que nos libertés fondamentales pourraient être suspendues au nom de la sécurité.
Ce qui se joue à Nantes dépasse une simple proposition municipale.
C’est une manière de gouverner, de hiérarchiser les vies, de définir qui mérite protection et qui doit être surveillé.


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