La guerre en Ukraine arrange très bien les affaires des capitalistes et de leurs laquais au pouvoir, en France comme ailleurs. On ne reviendra pas sur les larmes de crocodiles versées par ces personnages sur le sort de la population ukrainienne alors que la répression contre les opposantes et opposants russes lambda et contre les déserteurs des deux camps ne suscite aucune réaction de leur part. Tout comme les horreurs commises par l’armée russe pendant les deux guerres en Tchétchénie… Mais bon, les Tchétchènes sont probablement un peu trop basané·e·s à leur goût et en plus, elles et ils sont musulmans. Dont acte.

On le sait, et comme l’a démontré le génocide des Palestiniennes et Palestiniens à l’instar de tous les autres (y compris celui des Juives et Juifs !), les capitalistes ne s’embarrassent pas de notions d’humanité ; ils s’accommodent même très bien de toutes les exactions commises pourvu que cela n’affecte pas leurs profits. Ils les encouragent même souvent. La guerre, c’est excellent pour le business.

Pour ce qui est de la « kakisation » de la société, deux annonces défrayent la chronique à l’heure où nous rédigeons cet édito : la déclaration du général Mandon affirmant que « notre pays » doit être « prêt à accepter de perdre ses enfants » et la création d’un service militaire volontaire (SMV) à partir de l’été 2026. Quelle belle partition le gouvernement nous a jouée là ! Mais bon, ça s’apparente plus à une marche militaire qu’à du Vivaldi…

En gros, il y a des super méchants qui nous veulent du mal, il faut donc être apte à défendre la patrie jusqu’à la mort, alors on va nous préparer à cette éventualité en encasernant nos gosses. Oui oui, on connaît la musique. C’est pas comme s’ils ne la jouaient pas chaque fois que le capitalisme a besoin d’un petit coup de pouce… Mais nous qui ne faisons pas partie de l’élite, nous sommes déjà en guerre depuis longtemps. Et il y a beaucoup de victimes, mais uniquement de notre côté.

Parmi les nombreuses batailles qui nous sont livrées à armes inégales, il y a les agressions du patronat avec ses attaques continuelles contre nos droits et nos conditions de travail, les externalisations et les délocalisations. Monsieur Mandon n’a pas l’air de savoir que « notre pays » perd déjà ses enfants au travail. En France on meurt encore directement ou indirectement du travail : accidents, maladies professionnelles, harcèlements, licenciements, fermetures, précarisation, paupérisation et suicides.

Et c’est la même chose en pire dans les pays dits « à bas coûts » où nos chères boîtes françaises ont délocalisé. Pour se faire une idée de la façon dont certaines de ces entreprises traitent leurs salarié·e·s, on peut se renseigner sur ce qui se passe en ce moment-même chez Valéo Chrzanów en Pologne

En tant que chef des armées, donc de la gendarmerie et de la garde mobile, Monsieur Mandon doit quand-même savoir que ses sbires accompagnés des milices de colons assassinent et répriment au nom de « notre pays » celles et ceux qui sont censés être ses enfants en Kanaky et aux Antilles entre autres. De même, Monsieur Mandon doit bien connaître le nombre de personnes tuées et estropiées par les forces répressives de « notre pays ». Oui monsieur Mandon, en France on meurt lors de contrôles policiers, lorsque l’on cherche à éviter ces contrôles (rappelez-vous de Zyed et Bouna), lors de mouvements sociaux, ou lorsque l’on fuit la misère et/ou un pays en guerre. Dans « notre pays » on meurt dans les CRA et dans les prisons. Dans « notre pays » on meurt de misère dans la rue mais aussi parfois dans les hôpitaux pour cause de manque de moyens.

Parce dans « notre pays », on préfère dépenser l’argent de ses enfants pour équiper les forces de répression : polices et armées. Cela fait des années que le budget de l’armée augmente au détriment de celui de la santé, de l’éducation, du logement, bref de ce qui nous protège encore un minimum. Et comme nos gouvernantes et gouvernants ont fait des études, elles et ils se doutent bien que cela peut péter à un moment. Édouard Philippe, ex-premier ministre de Macron, le disait aux étudiants de l’ESSEC, école de la guerre commerciale contre les travailleurs, à propos de toutes les réformes passées sous le premier quinquennat : « on ne sait jamais laquelle des gouttes est la dernière. En revanche on peut sentir si le vase est presque plein. » Alors l’État au service du capital s’arme contre nous.

Pour monsieur Mandon, « ce qu’il nous manque, c’est la force d’âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l’on est. » Ah bon ?! Pourtant, pour pouvoir supporter depuis toutes ces années les saloperies que nous imposent les classes dirigeantes, de la force d’âme nous en faisons preuve quotidiennement. Ce sont les gens de sa caste qui nous font mal ; et ils veulent en plus que l’on marche dans leur combine de service militaire ?! A l’instar de Poutine ou de Bush junior en son temps, Macron qui use à l’envi de vocabulaire guerrier, et ce monsieur décoré comme un sapin de Noël donnent vraiment l’impression que ça les fait triper d’avoir leur petite guerre.

En attendant, outre les marchands de mort qui se frottent les mains à cette perspective, le retour au service militaire va relancer la sacro-sainte croissance : il va falloir réhabiliter et construire de nouvelles casernes, faire fabriquer de nouveaux véhicules, des munitions pour les entraînements, des uniformes à renouveler régulièrement etc. Tout cela est une manne inépuisable pour les industriels. Parce que les marchés avec la grande muette sont très juteux.

Alors messieurs Macron et Mandon, Madame Vautrin, merci pour la proposition mais nous pleurons déjà les innombrables victimes de vos politiques ; elles sont nombreuses alors on va s’arrêter là. Nous n’irons pas dans vos casernes et n’y enverrons pas nos enfants car notre ennemi c’est le capitalisme et ses serviteurs (vous !). Si vous voulez la guerre, payez-la de votre peau.

https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4576

Voir aussi :

Les désertions continuent sur les fronts de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.  https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4547