La fabrique du laisser-mourir : des nouvelles de Nantes, la “ville refuge”
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LA FABRIQUE DU LAISSER-MOURIR
DES NOUVELLES DE NANTES, LA “VILLE REFUGE”
Derrière le discours, les faits.
Et les faits, eux, sont insoutenables : à bas bruit, des femmes sont livrées à une politique du laisser-mourir au coeur d’une ville qui se dit “refuge”.
DES FEMMES ET DES BÉBÉS À LA RUE
Ces dernières semaines, plusieurs femmes exilées ont été expulsées de la maternité du CHU de Nantes quelques jours seulement après leur accouchement.
Certaines venaient de subir une césarienne. D’autres avaient accouché avec plusieurs semaines d’avance, ou venaient de donner naissance à des enfants nécessitant un suivi médical.
Toutes ont été abandonnées par les services de l’État, sans hébergement, sans suivi, sans protection.
Les témoignages de terrain sont alarmants.
Trois d’entre elles ont pu être temporairement accueillies dans un dispositif municipal, une autre a été suivie jusqu’à son départ en CADA, (un établissemnt spécialisé pour l’hébergement ou l’accompagnement des demandeurs d’asile durant toute la procédure) mais ces rares moment de répit n’effacent pas la réalité d’un abandon institutionnalisé.
Une femme, sortie du CHU avec son bébé de dix jours, a dormi dehors après cinq nuits dans un dispositif d’urgence.
Une autre, seule avec un nourrisson de trois semaines, a passé la nuit sur une chaise dans une salle d’attente.
Même le statut de réfugiée n’offre plus de protection.
Une famille érythréenne reconnue par l’OFPRA s’est vue refuser l’hébergement au motif des faibles revenus du père.
Début novembre, un référé devant le tribunal administratif, a contraint le115 à leur trouver un hébergement dans les 24H.
Cette victoire judiciaire confirme ceque le terrain savait déjà : ce qui est présenté comme “saturation” est en réalité une illégalité organisée.
Les femmes exilées sont à la jonction des violences, raciales, administratives, médicales, sociales. Elles portent dans leur chair d’unr égime d’exception.
Les données de santé publique et les constats des professionnels du terrain le confirment : elles sont plus exposées aux complications de grossesse, aux ruptures de soins, à la dépression post-partum.
Et pourtant, aucune protection ne leur est accordée. Elles sont traitées comme des vies périphériques, des corps considérés comme jetables.
UNE MISE EN DANGER STRUCTURELLE DES FEMMES EXILEES
Cette négligence n’est jamais neutre : elle décrit une hiérarchie des vies. Celles et ceux que l’État protège, celles et ceux qu’il expose à la maltraitance.
Dans la France d’aujourd’hui, être femme, noire, exilée et mère, c’est cumuler les vulnérabilités, c’est exister dans une zone de non-droit où la violence de l’État, la maltraitance deviennent la norme. Une zone de droit suspendu.
Le droit à l’hébergement d’urgence, dit inconditionnel, se retouve optionnel dans une ville comme Nantes.
UN DROIT SUSPENDU
Ce tri qui n’a rien d’accidentel.
C’est le cœur de la gestion migratoire française et européenne. Ce qui se joue à Nantes est le prolongement intérieur de la nécropolitique, la politique de la mort menée aux frontières.
Ce que la forteresse Europe fait à ses frontières, laisser mourir, par les politiques de refoulement, de non-assistance, d’enfermement, se reproduit à l’échelle des villes.
La frontière ne s’arrête plus aux barbelés : elle traverse les villes, les maternités, les services d’urgence.
DE LA FRONTIÈRE À LA MATERNITÉ : LA NÉCROPOLITIQUE INTÉRIEURE
Ici à Nantes, la fabrique du laisser-mourir se déploie à bas bruit.
Dans ce contexte, l’annonce municipale de faire de Nantes une “ville refuge” et de “l’accueil inconditionnel” relève du mépris, une formule creuse qui sonne comme une provocation.
Nantes « la ville refuge » a des frontières.
Les femmes, les enfants abandonné sà la rue portent, chaque nuit, la preuve que leurs vies restent sacrifiables.
LA VILLE REFUGE COMME « INDECENCE ».
Le mot “refuge” devient un décor moral, un récit d’hospitalité qui masque l’accompagnement municipal de la politique migratoire nationale et européenne.
Ce qui se joue à Nantes n’est pas une crise de moyens. C’est un choix d’organisation politique.
Car les collectivités locales municipalités (municipalité et département) ont aussi un pouvoir d’action et de désobéissance. Elles peuvent agir en ouvrant des lieux de mise à l’abri, en réquisittionnant des bâtiments vacants, en soutenant les associations…


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