Ce mercredi 23 juillet, le Parlement israélien a voté à une large majorité une motion réclamant l’annexion complète de la Cisjordanie. Ce vote glaçant vient nous rappeler que, pendant que le génocide à Gaza bat son plein, la colonisation se poursuit et s’accélère dans l’autre grand territoire palestinien occupé.

L’annexion de la Cisjordanie ouvertement plébiscitée par la Knesset

La motion votée ce mercredi 23 juillet par la Knesset, Parlement israélien, marque un nouveau pas dans le projet colonial sioniste, qui ne semble même plus chercher à se cacher sous d’autres masques. Le texte, voté à 71 voix contre 13, appelle sans détours à annexer la Cisjordanie en invoquant le « droit naturel, historique et légal » d’Israël sur ce territoire. Cette revendication de la « souveraineté en Judée-Samarie » (nom par lequel les sionistes désignent la Cisjordanie) a un objectif politique clair : « retirer de l’ordre du jour tout projet d’État palestinien ». Autrement dit, porter la colonisation initiée en 1948 à son terme.

Le texte, présenté entre autres par la ministre des Colonies Orit Strook, a été voté par une large coalition de partis, allant de l’extrême-droite au Likoud, formation politique de Netanyahou, témoignant du consensus large dans la classe politique israélienne autour du projet colonial. Alors que le génocide à Gaza s’accélère et que la famine y devient chaque jour plus aiguë, les dirigeants sionistes affichent désormais sans complexes leurs désirs de nettoyage ethnique. Mardi avait lieu en cette même Knesset une réunion publique intitulée « La Riviera à Gaza : de la vision à la réalité », au cours de laquelle a été étudié un « plan directeur » prévoyant la déportation forcée des Gazaouïs et la recolonisation de l’enclave par Israël. Quelques semaines auparavant étaient révélés dans la presse britannique plusieurs projetssimilaires de recolonisation de l’enclave développés par des investisseurs sionistes, prêts à faire du drame des Palestiniens un juteux marché.

Si la déportation des Gazaouïs n’est plus un tabou, il n’est plus de raisons de s’embarrasser avec leurs frères et sœurs de Cisjordanie. La motion votée ce mardi reste un acte symbolique et n’est pas contraignante pour le gouvernement de Netanyahou. Mais, en réalité, ce dernier n’a pas attendu le vote des députés pour avancer dans la réalisation du projet sioniste dans cet autre territoire occupé.

L’autre front : la colonisation ininterrompue de la Cisjordanie

Depuis le début du génocide à Gaza, la colonisation de la Cisjordanie a fait un bond en avant, du fait notamment de l’influence grandissante des ministres d’extrême-droite du gouvernement, tout particulièrement le ministre des Finances Bezalel Smotrich. Alors que cette extrême-droite s’insurge contre l’éphémère cessez-le-feu avec le Hamas signé en janvier 2025, Smotrich obtient de Netanyahou une intensification sans précédent de la colonisation en Cisjordanie en échange de sa fidélité au gouvernement : c’est l’opération « Mur d’Acier » qui acte de nouveaux raids sanglants de Tsahal dans plusieurs camps de réfugiés palestiniens, dont celui de Jénine et de Tulkarem. À travers cette opération, Tsahal applique à la Cisjordanie la même stratégie qui est en train d’anéantir Gaza : détruire de manière systématique les habitations des Palestiniens pour les priver de toute possibilité de retour. Le travail des bulldozers s’est encore intensifié en juin dernier, enlevant tout espoir aux 50 000 Palestiniens déplacés de force.

Mais la colonisation ne passe pas seulement par des opérations de grande envergure menées par l’armée israélienne. À bas bruit, les colonies israéliennes s’étendent inexorablement sur le territoire occupé, à cause du harcèlement incessant de la population palestinienne par les colons, sous le regard placide des soldats de Tsahal. Avec la bénédiction de l’administration coloniale, des groupes de colons agressent chaque jour des communautés palestiniennes, construisent des avant-postes illégaux sur leurs terres, détruisent les moyens de subsistance des populations colonisées.

La semaine dernière, plusieurs familles de Bédouins palestiniens ont été attaquées par des colons dans la vallée du Jourdain, qui ont volé et massacré des centaines de moutons de leurs troupeaux. L’armée israélienne a laissé faire ces crimes, et elle est seulement intervenue lorsque les victimes de cette agression ont essayé de se défendre, en arrêtant vingt hommes pour les frapper pendant plusieurs heures. La semaine précédente, c’était au tour du village de Sinji, près de Ramallah, d’être ciblé par des raids de colons, qui ont abouti au meurtre de deux Palestiniens, avec la complicité de Tsahal qui a empêché les soins d’accéder au village.

Les exemples sont innombrables, et leur objectif est clair : terroriser les populations locales afin de rendre leur vie impossible et les contraindre à abandonner leurs terres, accaparées par les colons. Depuis début 2025, ces attaques ont fait plus de 1000 morts, et ont conduit au déplacement forcé de centaines de familles et de communautés.

Les avant-postes sionistes se transforment progressivement en véritables colonies d’habitation, d’abord illégales, mais vite légalisées par l’administration sioniste : fin mai, 22 nouvelles colonies étaient reconnues par Israël sur le territoire. Depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, celui-ci ayant enlevé toute entrave à la colonisation sauvage de la Cisjordanie, le nombre de nouveaux plans de construction validés par les autorités coloniales a explosé. Le Conseil supérieur de planification (Higher Planning Council) a validé la construction d’un total de 20 214 unités de logementdepuis début 2025, un record historique.

Ainsi, cette colonisation à bas bruit n’est pas seulement le fait du zèle de colons radicalisés. L’administration coloniale accompagne leurs initiatives criminelles, et parfois elle prend elle-même des initiatives conséquentes : c’est notamment le cas du projet E1, qui prévoit la construction de 3412 unités d’habitation dans une vaste zone non colonisée jusqu’à présent. Ce projet, pour lequel le Conseil supérieur de planification prépare une audition le 6 août prochain, pourrait avoir une fonction stratégique pour avancer dans l’annexion complète de la Cisjordanie. La zone en question se situe en effet au centre de la vaste zone urbanisée qui unit Ramallah à Bethléem, en passant par Jérusalem-Est : la construction d’une colonie israélienne sur ce territoire aurait pour conséquence d’entraver l’unification de ces villes en une vaste métropole, en permettant ainsi de diviser l’ensemble de la Cisjordanie en deux et de fournir à Israël le contrôle d’un corridor central allant jusqu’au Jourdain.

Si ce projet en est encore aux auditions préparatoires, l’enhardissement de l’extrême-droite sioniste pourrait bien conduire à l’accélération de sa mise en œuvre. Smotrich ne perd pas une occasion pour faire avancer sa cause, et le vote de mardi dernier à la Knesset est une grande victoire pour celui qui réclamait cette annexion dès l’année dernière. Responsable de l’accélération de la colonisation grâce à son portefeuille au ministère de la Défense, Smotrich use aussi de ses pouvoirs en tant que ministre des Finances pour mettre à genoux l’économie cisjordanienne. Il accompagne ainsi de ses leviers macroéconomiques le travail de destruction systématique des moyens de production palestiniens que réalisent les colons et l’armée israélienne sur le terrain.

Cette guerre économique, incessante depuis le 7 octobre, passe notamment par le gel des taxes qu’Israël prélève à la frontière du territoire et qu’il devrait reverser à l’Autorité palestinienne. Mais aussi par la menace de lever le bouclier juridique permettant aux banques israéliennes d’opérer en Cisjordanie, réitérée en juin dernier en réaction aux sanctions que cinq pays occidentaux ont votées à l’encontre du ministre. Cette mesure aurait pour conséquence un effondrement complet d’une économie déjà à bout de souffle, du fait de sa dépendance totale à l’égard du shekel.

La situation est encore aggravée depuis les coupes budgétaires de l’administration Trump, qui ont conduit à la liquidation du programme d’aide internationale USAID. Le projet réservé à Gaza et à la Cisjordanie (USAID/WBG) permettait notamment le financement d’infrastructures essentielles pour la population locale, tels que des réseaux d’eau potable, des projets éducatifs, etc. La disparition de cette aide accroît encore davantage l’effondrement économique de ces territoires et le dénuement des populations qui y vivent, livrées à elles-mêmes et à la merci des colons.

Face à cette crise inédite, l’Autorité palestinienne est au bord de la faillite financière. Jouant pendant des années au chien de garde au service d’Israël et incapable de défendre les populations locales face aux colons, elle a perdu toute légitimité aux yeux des Palestiniens. L’État sioniste, en intervenant militairement dans des zones qui relèvent de l’Autorité et en la mettant au pied du mur du point de vue économique, semble ne plus vouloir s’embarrasser de cet État fantoche. Ce qui pourrait effectivement être le prélude d’une annexion plus poussée de la Cisjordanie, à travers la création d’une administration israélienne en charge de l’ensemble du territoire.

Mais cette politique coloniale agressive et décomplexée porte son lot de contradictions. L’Autorité palestinienne a joué pendant des décennies la fonction de soupape de sécurité, en réprimant et canalisant les mouvements contestataires parmi la population palestinienne. La colonisation impitoyable du territoire affaiblit fortement cet intermédiaire entre l’État sioniste et la population, ce qui ouvre une brèche dans le système de domination coloniale et pourrait donner lieu à l’émergence d’une contestation populaire parmi les Palestiniens de Cisjordanie. Alors que le génocide à Gaza atteint des niveaux inouïs et que la colonisation de la Cisjordanie bat son plein, il est plus que jamais nécessaire d’affirmer notre pleine solidarité avec ces Palestiniens qui refusent de baisser les bras et qui résistent chaque jour contre les crimes quotidiens de Tsahal et des colons.

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