Morts à Gaza : une enquête de Médecins sans frontières corrobore les chiffres officiels palestiniens
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Une enquête de mortalité, menée auprès du personnel de l’ONG dans l’enclave et de leurs familles, indique que 2 % d’entre eux sont décédés depuis le 7 octobre 2023. Près de la moitié des personnes tuées sont des enfants.
Le 3 juillet, Abdullah Hammad a été tué alors qu’il tentait de mettre la main sur un sac de farine à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. Le jeune homme avait travaillé pendant un an et demi, jusqu’au 30 juin, comme hygiéniste dans le centre de santé de Médecins sans frontières (MSF) à Al-Mawasi, zone côtière où s’entassent une large partie des personnes déplacées depuis la partie méridionale de l’enclave. Une photo le montre, maigre, posant à l’extérieur de l’établissement, revêtu d’un gilet blanc avec le sigle de l’organisation. Il avait 34 ans.
« Les forces israéliennes ont délibérément pris pour cible un groupe de personnes, dont Abdullah, sans avertissement, rapportait l’organisation humanitaire le jour de son décès. Nous sommes révoltés et attristés par sa mort. » Abdullah Hammad est le douzième membre du personnel de MSF tué dans l’enclave palestinienne depuis le 7 octobre 2023.Quinze personnes au moins sont mortes avec lui, près du convoi d’aide. L’armée israélienne affirme que des milliers de Gazaouis étaient regroupés ce jour-là, dont certains étaient armés. Elle reconnaît des tirs de sommation après avoir identifié des « suspects […] s’approchant des troupes » dans la zone.
« Le nombre réel de personnes tuées est probablement beaucoup plus élevé car les forces israéliennes ont refusé que les cadavres soient récupérés sur le site », jugeait Aitor Zabalgogeazkoa, coordinateur d’urgence de l’ONG à Gaza.Impossible de savoir précisément combien de vies ont été fauchées dans le territoire palestinien depuis le début du génocide. D’un côté, les autorités israéliennes en bloquent l’accès à la presse internationale et aux observateurs indépendants. De l’autre, elles instillent le doute sur les sources palestiniennes de Gaza, qu’elles associent systématiquement au Hamas.
Les statistiques officielles du ministère de la santé palestinien sont jugées fiables par l’ONU, et vérifiées par l’Autorité palestinienne à Ramallah avant publication. Elles ne recensent a priori que les Palestinien·nes directement tué·es dans le conflit, dont les corps sont parvenus jusqu’à la morgue ou dont le nom a été transmis et vérifié par les autorités de santé de l’enclave. Les dépouilles prisonnières des décombres, estimées à plus d’une dizaine de milliers, ne figurent pas dans ces données.L’armée israélienne estime que les chiffres palestiniens sont falsifiés et comportent des « incohérences », notamment parce qu’aucune distinction n’est faite entre civils et combattants. Selon elle, le ministère, qu’elle considère comme totalement inféodé au Hamas, mêle à ses données « des morts non reliées au conflit, comme des décès naturels ».
Les enfants « décimés »
Au 9 juillet, le décompte faisait état de 57 680 Palestinien·nes tué·es depuis le 7-Octobre à Gaza, dont 105 durant les dernières vingt-quatre heures. Fin juin, 31 % des morts des vingt mois de guerre étaient des enfants.Une étude menée par Épicentre, la branche épidémiologique de MSF, auprès de 2 523 employés de l’ONG et membres de leur famille d’octobre 2023 à mars 2025, publiée le 9 juillet, corrobore ces statistiques du ministère de la santé palestinien. Plus de 2 % sont morts – les trois quarts de ces décès sont dus à des blessures de guerre – et 7 % ont été blessés.
La proportion des enfants parmi les morts est cependant plus élevée que dans les statistiques globales à Gaza : 48 %, dont 40 % avaient moins de 10 ans. « Ce mépris pour la vie des enfants indique clairement qu’Israël mène une guerre contre tous les Gazaouis. Les enfants de Gaza sont décimés », a commenté Amande Bazerolle, responsable adjointe des programmes d’urgences de MSF, appelant les pays alliés d’Israël à tout faire pour « mettre fin au génocide».
Or, ces chiffres sont peut-être un peu trompeurs, car le personnel de MSF et leurs familles ont davantage accès aux soins que le reste de la population gazaouie. L’ONG souligne aussi que « le nombre de décès attribuables à d’autres causes que les blessures de guerre a augmenté » au fil du génocide – deux tiers des malades chroniques ont subi une ou plusieurs interruptions de traitement depuis vingt et un mois.
L’étude donne aussi un aperçu des conditions de vie auxquelles sont soumis les Gazaoui·es. Seuls 2 % des familles des employé·es de MSF ont une maison encore intacte, et 59 % ont leur maison complètement endommagée. Au moment de l’enquête, 41 % vivaient sous des tentes.
100 000 décès
Fin juin, le ministère de la santé de Gaza a publié une liste avec les noms, numéros de carte d’identité et dates de naissance de 55 202 personnes tuées à Gaza. Le tableau s’étale sur 1 227 pages. Les 937 premiers noms sont ceux d’enfants morts avant d’avoir pu fêter leur premier anniversaire
L’économiste américo-britannique Michael Spagat, spécialiste des conflits armés qui enseigne au Royal Hollaway de l’université de Londres, juge cette transparence bienvenue. Selon lui, les chiffres du ministère de la santé palestinien « sont globalement corrects sur l’aspect démographique » mais n’enregistrent pas « toutes les morts ».
Le chercheur, avec une équipe d’autres scientifiques et le politologue palestinien Khalil Shikaki, a publié le 23 juin une étude sur le nombre de morts, en se basant sur un sondage mené directement à Gaza, auprès de 2 000 foyers (environ 9 700 personnes). À partir des données récoltées, ils ont établi une projection qui, début janvier 2025, date de fin de l’étude, estimait que 75 200 Palestinien·nes étaient décédé·es de mort violente, la grande majorité ayant été la cible de bombardements et tirs israéliens.
À cela s’ajoutaient 8 540 personnes décédées des causes indirectes de la guerre, maladies, blessures infectées… En extrapolant pour avoir un décompte à jour fin juin, les projections tablaient sur 100 000 morts. L’étude n’a pas été revue par des pairs.
La revue scientifique The Lancet avait publié en février une autre étude à partir des publications sur les réseaux sociaux et les chiffres du ministère de la santé, utilisant une méthodologie totalement différente de l’enquête de Michael Spagat mais parvenant aussi à la conclusion que les données du ministère étaient autour de 40 % inférieures à celles qu’ils obtenaient.Ces projections statistiques alertent donc surtout sur le fait que les chiffres qui circulent sont en deçà de la réalité. L’étude de Michael Spagat a aussi permis de voir que, contrairement à ce que beaucoup supposaient, les décès indirects dans la guerre restaient largement plus faibles que les personnes tuées par les bombes et les tirs.
L’économiste, qui préside le conseil d’administration de l’ONG Every Casualty Counts, spécialisée dans le décompte des victimes de conflits armés, insiste sur le fait qu’il est important d’interroger et de critiquer les chiffres du ministère de la santé palestinien. Mais « une grande partie des critiques n’ont pas été de bonne foi », regrette-t-il. Les rapports du ministère n’étaient pas exempts d’erreurs, mais ces dernières étaient marginales et n’occultent en aucun cas le fait que le génocide à Gaza a tué à lui seul bien plus d’enfants que l’ensemble des autres conflits dans le monde ces quatre dernières années.
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