Guerre Hamas-Israël : un déferlement d’antisémitisme

LA CHRONIQUE D’ARTHUR CHEVALLIER. Propos politiques inqualifiables, agressions, tags, manifestations… Dans le monde arabe et les capitales européennes, la violence à l’égard des juifs se déchaîne.

Par Arthur Chevallier

Publié le 24/10/2023 à 19h00

La raison n’est pas séduisante. Elle induit la modération, l’esprit de sérieux, la lente et ennuyeuse répétition des arguments auxquels n’importe quel individu pragmatique se range. On lui obéit de la même façon qu’on lit un roman d’Anatole France, avec conscience et résignation. Les individus raisonnables nous préservent de l’ignominie, à quoi cèdent les fanfarons, les hâbleurs, derrière lesquels se cachent de farouches idéologues.

Emmanuel Macron est exemplaire depuis les attentats du 7 octobre, il ménage, avec habileté, décence, l’union nationale et l’indispensable protection d’une communauté juive menacée, pas seulement en Israël. L’homme du « en même temps » est aussi celui de la décence et de l’humanisme.

Humiliation
L’émotion de Yaël Braun-Pivet après les propos de Jean-Luc Mélenchon à son endroit, dont la pudeur empêche de les qualifier tant leur nature est évidente, attriste. Cette empathie ne vient ni de la compassion ni de la pitié, mais d’un effet de surprise. Celle d’assister, un matin sur une radio de France, à une réaction incontrôlée, un bouleversement maladroit car sincère de la part du troisième personnage de l’État obligé de se défendre, en gros, d’être juif.

En quoi la présidente de l’Assemblée nationale aurait-elle à se justifier de visiter un pays touché par des attentats ? Posée ainsi, la réaction du leader de La France insoumise apparaît telle qu’en elle-même. Hé quoi ? Faudrait-il interdire aux élus de confession juive de s’impliquer dans un conflit où Israël serait mêlé ? Car, à la fin, pourquoi cette remarque si ce n’est comme une référence à la religion de Yaël Braun-Pivet ?

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A-t-elle réclamé, à Tel-Aviv, le meurtre des civils de la bande de Gaza ? En a-t-elle appelé au respect de valeurs contraires à la République ? On précisera que les figures de la gauche parlementaire ont refusé de se joindre à la délégation. Quelle que soit la façon dont on analyse la saillie du créateur de la Nupes, elle ne peut se fonder, logiquement du moins, que sur des motifs inqualifiables.

Israël a été touché par des attentats comparables à ceux de Paris, de Londres, de Madrid, de New York, et doit répondre, depuis une semaine, à des conditions posées à la compassion qu’il devrait immédiatement susciter. Les juifs de France subissent l’humiliation d’un redoublement des forces de police devant leur lieu de culte, comme si l’antisémitisme dans sa forme terroriste était l’inévitable biais d’un conflit de l’autre côté de la Méditerranée. Quelle communauté, dans ce pays, se trouve aux prises, malgré elle et pour sa sécurité, à une logique aussi macabre ?

Décision courageuse
Emmanuel Macron a justement refusé de se précipiter à Jérusalem après les attentats. Le recul nécessaire et la nature de la société française – laquelle réunit la plus grande communauté juive d’Europe – ont rendu sa décision d’autant plus courageuse. Quant à l’interdiction de manifestation en soutien à la Palestine, depuis corrigée par le Conseil d’État, le délai de décence invoqué par le chef de l’État paraît une explication amplement suffisante.

https://www.lepoint.fr/invites-du-point/guerre-hamas-israel-un-deferlement-d-antisemitisme-24-10-2023-2540670_420.php

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On sait, depuis, la tournure de ces manifestations, à la fois dans le monde arabe et dans les capitales d’Europe, à l’image de Berlin, où le déferlement d’antisémitisme de toutes les sortes donne la nausée. Il est vrai que les démonstrations de soutien aux victimes israéliennes n’ont pas eu la chance de se dérouler dans un climat de paix puisqu’elles ont été bien souvent inexistantes dans les pays où des slogans, en appelant à la mort des juifs, parsèment désormais des cortèges.

Et que dire des agressions en Espagne de commerçants juifs, des étoiles de David taguées sur des murs de Berlin ? Le vocabulaire de la France est probablement moins châtié que celui de certains leaders de gauche, mais, dans notre langue, une communauté touchée par de telles insultes s’appelle une victime. Le tout est dans le tout, il porte un nom : l’antisémitisme. La France elle-même compte des victimes, neuf personnes toujours disparues. Est-il encore permis de s’en soucier ?

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Paris a constamment soutenu une résolution du conflit par la création de deux États, en quoi la République ne saurait être accusée de partialité. Le respect du droit international dans l’organisation de représailles a guidé l’opération militaire de l’armée française consécutive aux attentats de novembre 2015, elle n’a aucune leçon de décence à recevoir.

Quant aux regrets de la politique arabe du président Chirac, ridicules de la part de politiciens et d’intellectuels qui l’ont constamment combattue, ils relèvent de l’anachronisme. À plus de quinze années d’écart, la diplomatie n’est pas constante ; et on attend de voir citer comme un idéal, par la présidente du groupe La France insoumise de l’Assemblée, la relation de François Ier et de Soliman.