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1871 : proclamation et chute de la Commune de Marseille

 

Cinq jours après l'insurrection parisienne, Marseille proclame à son tour la Commune. Elle durera quatorze jours, au terme desquels elle sera réprimée dans le sang.

À l’annonce de l'insurrection populaire du 18 mars à Paris [voir notre article], plusieurs villes de province proclament à leur tour la Commune : Lyon, Le Creusot, Limoges, Narbonne, Saint-Étienne et Toulouse.

La plus longue et puissante de ces insurrections a lieu à Marseille, du 23 mars au 4 avril 1871. Elle se terminera par une répression sanglante. 

En 1871, Marseille a une assise ouvrière forte : la section marseillaise de l’Internationale, fondée quatre ans plus tôt, compte près de 4 500 membres. La politique de grands travaux initiée en 1850 dans la cité phocéenne a attiré une importante main-d’œuvre – de 1851 à 1872, la population marseillaise est passée de 195 500 à 313 000 habitants. 

Le 10 mars 1871, le port de Marseille est en grève. Le 17, les rues ne sont pas balayées. Le 18, les chauffeurs cessent le travail. Le 21, les boulangers arrêtent leurs fours. C’est dans ce climat de lutte que les Marseillais apprennent, le 22 mars, l’instauration de la Commune à Paris.

 

Le soir même, l'avocat et poète Gaston Crémieux, bien connu pour ses idées républicaines et sa défense de la classe ouvrière marseillaise, prononce un discours enflammé au club de l’Eldorado :

« Le gouvernement de Versailles a essayé de lever une béquille contre ce qu’il appelle l’insurrection de Paris ; mais elle s’est brisée entre ses mains et la Commune en est sortie… […] 

Quel est le gouvernement que vous reconnaissez comme légal ? Est-ce Paris ? Est-ce Versailles ? »

Et la salle unanime de crier :

« Vive Paris ! »

Le 23 mars, les Marseillais favorables aux insurgés de Paris envahissent la Préfecture. Une commission départementale est constituée, avec à sa tête Gaston Crémieux qui obtient le ralliement du conseil municipal.

Le 30 mars, trois délégués de la Commune de Paris, désireux d'accélérer les événements, poussent la Commission départementale à organiser des élections qui doivent se tenir le 5 avril, comme le rapporte Le Petit Marseillais : 

« La Commission départementale provisoire des Bouches-du-Rhône,
Au nom de la République une et indivisible,
Considérant qu’entre Paris et Versailles, Marseille a opté pour Paris
 ; [...]
Considérant qu’une assemblée des délégués de la garde nationale a voté à l'unanimité moins une voix la dissolution du Conseil municipal
 ;
Que cette décision a été confirmée par les groupes républicains de Marseille
 ;
Que cette même assemblée a désigné un délégué par bataillon pour compléter la Commission départementale
 ;
Que, dans ces circonstances, il est urgent d’en appeler au suffrage universel pour l’élection d’un nouveau Conseil municipal entre les mains de qui la Commission départementale résignera tous ses pouvoirs
 ;
Arrête
 : Le Conseil municipal de la Commune de Marseille est et demeure dissous.
Les électeurs sont convoqués dans les comices pour élire la Commune Marseillaise. Les élections auront lieu, mercredi prochain 5 avril 1871. [...]
Sera mis hors-la-loi tout citoyen qui appellerait aux armes les citoyens, militaires ou gardes nationaux.
 »

 

Le même jour, la Commission départementale appelle les soldats à se rallier aux républicains :

« Soldats, 

Une guerre fatale dans laquelle votre bravoure a été lâchement exploitée par des chefs traîtres et incapables vient de se terminer dans les conditions déplorables que vous connaissez tous. [...] 

Soldats, vous êtes des citoyens libres, et à ce titre, vous vous rallierez aux républicains dont les intentions à votre égard sont connues depuis longtemps. Leur désir le plus ardent est de maintenir entre la garde nationale et vous la fraternité la plus étroite et cette union qui fait la force et l’honneur des peuples libres. 

Les habitants de Marseille vous envoient d’avance l’expression de leur franche sympathie et de leur entier dévouement. Enfants du peuple, vous servirez la cause républicaine.

Vive la République ! Vive Paris ! Vive l'armée ! »

Mais, inquiets de la tournure prise par les événements, les Versaillais reprennent rapidement la situation en main : afin d'éviter que la Commune de Marseille organise des élections et gagne une légitimité démocratique, le général versaillais Henri Espivent la déclare hors-la-loi et envoie ses troupes contre elle. La Commune de Marseille s'achève dans le sang, dans la nuit du 4 au 5 avril 1871. 

Le  5 avril à 6h30, le communiqué de Versailles signé par Adolphe Thiers tombe :

« Un nouvel et important succès vient de marquer le rétablissement successif de l’ordre, c’est la chute de la Commune de Marseille.

Le général Espivent est entré à Marseille en occupant de vive force la gare du chemin de fer et divers points de la ville. Restait la préfecture, bâtiment carré qui formait une sorte de citadelle.

Les marins débarqués de la frégate cuirassée, qui stationnait devant Marseille, ont pénétré la hâche d’abordage à la main dans le bâtiment de la préfecture, ont fait 500 prisonniers et ont mis fin au règne des parodistes de la Commune de Paris. De nombreux coupables ont été arrêtés et justice en sera faite par l’application des lois.

Ainsi toutes les grandes villes sont aujourd’hui ralliées autour du Gouvernement, librement élu du pays. [...]

Ainsi l’insurrection est vaincue à Marseille et l’on peut être assuré qu’elle le sera bientôt dans la France entière. »

 

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