https://www.telerama.fr/: Evaluation des ministres par les éditocrates

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Jean-Michel Blanquer, puis Bruno Le Maire, puis Nicolas Hulot… Depuis le 3 juillet, les ministres passent leur entretien annuel d’évaluation avec Edouard Philippe, “comme dans les entreprises”. L’occasion pour les experts de “C dans l’air” de proposer leurs propres appréciations. Et pour moi de dresser un bilan de la saison télé.

« Les ministres au tableau », titre France 5, le 3 juillet. « Les ministres y ont droit, comme dans les entreprises, explique Caroline Roux. Un entretien d’évaluation, les yeux dans les yeux, avec Edouard Philippe. » A C dans l’air comme à Matignon, au gouvernement comme à la télé, l’heure est au bilan de la saison. Ruth Elkrief s’est pliée à l’exercice pour Le Parisien, qui lui a demandé les raisons du penchant d’Emmanuel Macron pour BFMTV. L’éditorialiste de la chaîne info a répondu : « Je pense qu’une génération BFMTV est aux commandes de l’Etat. » Ça tombe bien, une génération Macron est à l’antenne de BFMTV.

Revenons à nos ministres et à leur évaluation. « Ça a commencé ce matin avec le premier de la classe, Jean-Michel Blanquer. » Un vrai fayot, celui-là : il a prétendu dans Le JDDque Brigitte Macron était sa « prof idéale ». « Le principe sera le même pour tous jusqu’à la fin du mois de juillet. » De quoi occuper les plus aoûtiens des éditorialistes jusqu’à leur départ en vacances. « C’est l’occasion de se pencher sur cette équipe,propose Caroline Roux. Avec nous pour en débattre, Roland Cayrol, Yves Thréard, Bruno Jeudy, Jannick Alimi. » Rien que des premiers de la classe de la Macronie, seul Yves Thréard, du Figaro, pouvant faire figure de cancre (de droite).

Caroline Roux interroge : « Est-ce qu’il y a une attente de la part des Français sur une forme d’évaluation annuelle des ministres ? » Mais bien sûr, c’est mon désir le plus ardent. Pour Roland Cayrol, « les Français ne sont pas passionnés par ces histoires internes au gouvernement… » Mais si, je suis captivé. Et Caroline Roux aussi : « Sur l’efficacité, quand même… » « C’est pas mal qu’il y ait une procédure de ce type, convient l’expert. L’idée n’est pas de leur donner des bonnes ou des mauvaises notes. » Ce sont surtout les appréciations qui comptent. « Le Premier ministre a insisté sur le fait que ce n’était pas la sanction qu’il avait en tête mais plutôt le fait de vouloir positiver les choses. » Comme chez Carrefour, alors.

« Faut voir ce qui a été fait de bien, ce qu’il y a dans les cartons, explique Roland Cayrol. Et évaluer ce qu’il faudra faire dans les années 2018-2020-2022, jusqu’à la fin du quinquennat. » Il a oublié 2019 et 2021. « Ça, je trouve que c’est pas mal. » Oui, il l’a déjà dit. « Certains vont afficher leur feuille de route. Madame Buzyn l’avait fait en février, elle a d’ailleurs pas trop mal suivi sa feuille de route. »L’hôpital public pète la forme, les EHPAD ont retrouvé une nouvelle jeunesse, les sénateurs ont restreint l’accès des étrangers à l’AME, les députés ont manqué de peu supprimer les mots « sécurité sociale » de la Constitution… « Ça risque de bien se passer pour elle. » Aussi bien que pour Sophie Davant qui, avec sa nouvelle émission d’enchères, Affaire conclue, tout le monde a quelque chose à vendre, a fait un carton cette saison sur France 2.

« C’est pas mal [pour la troisième fois] que les Français soient tenus au courant de la façon dont on regarde d’en haut ceux qui nous gouvernent. » Les Français, eux, ne peuvent les regarder que d’en bas, du coup, ils sont abusés par cette vision en contre-plongée… Au fait, qui va regarder d’en haut le plus élévé de tous, Emmanuel Macron ? Sera-ce Jupiter lui-même ? « En tout cas, reprend Caroline Roux, c’est une manière très “à la Macron” d’utiliser ce qui se fait dans l’entreprise pour la gestion des hommes… » Par exemple, à Télérama, chaque salarié passe un « entretien annuel d’évaluation » avec son n+1. « … C’est la start-up nation », analyse Yves Thréard. Ah bon ? A Télérama aussi, on est la start-up nation ?

« Roland a raison, après tout, pourquoi pas ? » Même l’opposition de droite (du Figaro) approuve la démarche managériale du président ni de droite ni de gauche : « Pourquoi les ministres ne seraient pas redevables d’une évaluation ?, estime Yves Thréard. Simplement, y a toujours un petit côté com-gadget là-dedans. » Non, pas possible ?« C’est comme quand on prend des bonnes résolutions en début d’année : on va arrêter de fumer, on va faire un régime amaigrissant… Fillon l’a fait une année, en 2008, et puis après… pffft ! » Il a repris la clope ?

« Vous savez si les ministres redoutent cet exercice-là ?,s’inquiète Caroline Roux. On imagine Bruno Le Maire convoqué par Edouard Philippe, pour lui, c’est pas forcément une partie de plaisir. » Un peu comme quand Jean-Pierre Elkabbach, qui entamera à la rentrée sa soixante-douzième année d’intervieweur politique, est convoqué par son n+1, dirigeant de CNews de cinquante ans son cadet…

« Y a un côté un peu humiliant d’aller au tableau, non ? » « Oui, approuve Bruno Jeudy, de Paris-Match. Certains doivent redouter l’exercice parce qu’il y a quelques ministres qui ont connu des couacs, comme Gérard Collomb qui a contesté quasi publiquement la mesure du 80 kilomètres/heure à laquelle est très attachée le Premier ministre… » Et alors ? Jean-Pierre Pernaut la conteste très publiquement chaque midi, ça ne lui empêche pas de conserver la confiance de TF1. « Peut-être qu’il y aura un petit rappel à l’ordre. » Ça m’étonnerait, vu les audiences qu’obtient le présentateur en exerçant son ministère au 13 heures, dont il a fêté le trentième anniversaire cette année.

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