https://www.lesinrocks.com/: Humiliations de migrants en Israël

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Deux photos ont attiré toute l'attention des réseaux sociaux depuis le jeudi 26 avril. On y voit un jeune migrant cyniquement humilié par un homme. L'auteur des clichés témoigne de la scène qu'il a vécue.

On compte aujourd'hui à peu près 35 000 demandeurs d’asile sur le sol israélien. Parmi eux beaucoup sont originaires d'Afrique de l'Est et les mauvais traitements à leur égard sont nombreux. C'est sans doute une des raisons pour laquelle les photos diffusées sur les réseaux sociaux depuis le jeudi 26 avril ont eu un tel impact.

La scène se déroule à Tel-Aviv. Un jeune homme trouve un plaisir cynique à humilier deux migrants. Plus précisément, on y voit un homme noir, dans une posture crispée et mal à l’aise, tiré par les cheveux par un homme riant qui se prend en selfie avec lui. Inutile de préciser que l’indignation fut unanime sur les réseaux sociaux.

"Tu es inférieur à moi, divertis-moi"

La rédaction des Observateurs de France 24 (site d’actualité international réalisé à partir d’images amateurs) a pu remonter jusqu’à l’auteur de ces clichés qui ont fortement indigné les internautes. Jonathan Small, photographe de profession, décrit la scène à laquelle il a assisté tout en dénonçant la manipulation qui a été faite de ses clichés sur les réseaux sociaux.

Voici son récit :

“J’ai l’habitude de marcher le long de la mer à Tel-Aviv. Ce soir-là, mardi 24 avril, il était aux alentours de 18 h. J’ai aperçu un groupe de trois personnes, un peu balourds, qui commençaient à s’approcher de deux hommes noirs qui étaient en train de prendre une douche. Impossible de savoir qui ces derniers étaient, mais ils m’ont fait penser aux nombreux migrants présents en Israël. Un homme avec un t-shirt rouge a commencé à venir s’amuser avec eux. Il y avait quelque chose de très gênant sur cette scène : il semblait se moquer, taquiner les migrants qui souriaient, mais ça ressemblait davantage à des intimidations. J’étais assez loin de la scène et je n’entendais pas ce qu’ils disaient, environ six ou sept mètres. Mais, dans l’attitude des migrants, j’ai senti que quelque chose n’allait pas. Alors j’ai sorti mon appareil pour prendre plusieurs photos avec mon zoom.

”C’est à ce moment que l‘homme a empoigné l’un des migrants par les cheveux, comme un animal. Son attitude était étrange : il était à la fois amical et brutal, avec une manière condescendante, comme s’il disait à cet homme : "Tu es inférieur à moi, divertis-moi". Pendant ce temps-là, les deux migrants souriaient, voire riaient.

”Il y avait quelques témoins de la scène, qui n’a duré que quelques minutes. Personne, moi y compris, n’a vraiment réagi, hormis en prenant des photos. Je n’ai pas non plus essayé d’aller voir ces jeunes hommes noirs, car ils ne semblaient pas être totalement en possession de leurs moyens, peut-être même qu’ils étaient drogués et n’avaient pas réalisé l’humiliation subie. J’ai eu le sentiment que discuter avec eux ne mènerait à rien. Puis je suis rentré chez moi et je n’étais pas très bien. J’ai donc décidé de partager ces photos. Personne, SDF ou non, blanc ou noir, en Israël ou ailleurs, ne mérite un tel traitement.”

Ne pas faire dire aux images ce qu'elles ne disent pas

Certains mauvais esprits se sont lancés dans d'ignobles raccourcis de généralisation, estimant que ces images montrent comment “les Israéliens traitent les gens de couleur”. Sur ce point, Jonathan Small dénonce formellement ce genre de procédés.

“J’ai vu beaucoup de gens faire l’amalgame entre le fait que la scène se passe à Tel-Aviv et le fait que les agresseurs seraient des Juifs. Il y a même des photomontages mettant en parallèle mes photos et des photos des camps de concentration.

”Ce dont j’ai été témoin aurait pu se passer n’importe où et je n’ai aucune idée si l’homme au t-shirt rouge est israélien, juif, ou peut-être un touriste. Et d’ailleurs, peu importe : mon objectif a été de montrer une situation qui n’est pas normale, où qu’elle se déroule, et dire à ceux qui seraient témoins d’une scène similaire de faire la même chose pour que ce genre de scène ne tombe pas dans l’oubli.”

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