https://paris-luttes.info/la-garde-a-vue-c-est-style-10341:::::::::::::::::::::::::::::::: « La garde à vue, c’est stylé ».

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Ce jeudi 24 mai, soixante mineurs en garde à vue suite à l’occupation du lycée Arago. Après les 400 000 exclusions liées au dispositif Parcoursup, les parents comprennent de moins en moins ce qui arrive à leurs enfants.

 

Le TGI de Paris-Batignolles n’est pas un tribunal, c’est un building, le siège d’une banque prestigieuse, une immense machine à juger… et à broyer. Tout est neuf, blanc, rutilant, transparent : la justice n’a rien à cacher. Le hall d’accueil est immense, hors-échelle, écrasant. Les étages, les ascenseurs et les passerelles de verre se succèdent à perte de vue. Quiconque rentre ici comprend qu’il n’est rien dans l’immense fourmilière où se presse une multitude d’insectes en robe noire. Personne ne s’appartient plus, vous voilà perdu jusqu’au vertige : voilà ce que comprend celui qui se rend au guichet P 14 (3e étage) du TGI de Paris-Batignolles.

La salle P 14 est vide, il faut très vite comprendre le fonctionnement du lieu. Derrière la vitre blindée qui vous met en confiance, une employée au visage émacié répertorie les « déférés ». Il faut décliner nom et prénom pour que celle-ci vise sur l’immense liste le sors attribué au « déféré ». « – Non, pour vos étudiants, il n’y a pas de confirmation de comparution immédiate. Mais c’est le procureur qui va décider. Ils sont tous là. » Il faut attendre, cela durera huit heures.

Une mère passe, l’attente est propice aux contacts. Elle m’explique que sa fille a été arrêtée il y a deux jours à 19h 30. Sans nouvelle et folle d’inquiétude, il lui a fallu attendre trois heures du matin pour qu’une voix lui annonce que celle-ci était en garde à vue pour « appartenance à un groupe violent, qui s’était introduit dans un lieu en vue de troubler l’ordre public » et aussi « que cette garde à vue était bien fait pour elle, et que cela allait lui servir de leçon ». Mais la voix ne précisait pas si elle parlait de la fille ou de cette mauvaise mère en tailleur-pantalon qui avait éduqué sa fille dans le gauchisme enragé de la plus stricte observance.

Dès 19 h, les membres du « groupe violent » ont donc été enfermés dans un bus afin de protéger les honnêtes citoyens : sans nourriture, sans boisson, sans toilettes et sans lumière. La police a eu pour ordre de frapper fort, de faire du chiffre, elle s’est exécutée et a ramassé qui trainait. Mais elle était maintenant bien embarrassée avec tous ces jeunes enfermés, et après le parfum d’une magnifique victoire, elle ne savait plus vraiment que faire d’eux : il a donc bien fallu répartir toute cette chair humaine dans une dizaine de commissariat de Paris et de sa banlieue. Certains des plus jeunes (14 ans) étaient évidemment terrorisés, puisque le but de la garde à vue est de créer un choc psychologique pour obtenir des aveux immédiats du suspect. Les étudiants, plus habitués à l’omniprésence de la maréchaussée dans les facs depuis de nombreux mois ont donc tenté de rassurer les plus jeunes. Complètement rassuré, l’un d’eux a fini par conclure : « – La garde à vue, c’est quand même stylé. »

Ensuite il y a eu la procureur, qu’on disait « particulièrement pointilleuse », tout le monde a donc passé une nouvelle nuit entre tribunal et commissariat avant d’être « déféré ». Certains parents, toujours sans nouvelles, arrivaient maintenant au guichet, très éprouvés, agitant dans leurs mains fébrile une convocation rapidement imprimée sur l’Epson Stylus Color familiale. Un philosophe de profession, qui écrivait des ouvrages sur la désobéissance civile, se demandait s’il devait encore continuer à les publier. Une mère hurlait qu’on lui rende son fils. Une trentaine de parents se soutenaient maintenant mutuellement dans la salle. Mais celle-ci était devenue trop petite pour contenir le trop-plein d’angoisse accumulé depuis bientôt deux jours. D’autres parents commençaient aussi à s’amasser au pied de l’immense building, criant leur désespoir, hurlant contre Parcoursup et sa police.

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