presse mainstream ::::::::::::::::::::::::::::: L'islamiquement correct profite aux terroristes

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 Dans votre livre, vous insistez sur la dimension idéologique de tels actes ?

Alexandre DEL VALLE.- Oui, et cela ne fait aucun doute pour tous les spécialistes du terrorisme: ce serait une erreur fondamentale d'analyse que de réduire le terrorisme au profil psychiatrique de ses petits soldats. Car en dernier ressort, ceux-ci sont mus par une idéologie très puissante, capable de pousser un homme à sacrifier sa propre vie pour le suprématisme islamiste. Les théoriciens de cette idéologie ne sont ni des individus isolés ni des déséquilibrés, mais des intellectuels dont le rayonnement à travers le monde est immense.

Le cri des jihadistes, que, selon certains éléments, Redouane Lakdim aurait également poussé vendredi matin, est «Allah akbar», Dieu est le plus grand.

Vous décrivez dans votre livre une «stratégie de l'intimidation», celle d'un islamisme conquérant dont le terrorisme n'est que la branche armée, tandis que la crainte qu'il inspire est perpétuée par un discours «islamiquement correct». Que recouvre cette expression?

En effet, la violence physique des jihadistes produit une sidération et une intimidation qui profite en fait grandement aux tenants de l'islamisme plus «institutionnel». Ceux-ci prétendent que «le jihadisme n'a rien à voir avec l'islam» alors qu'ils s'abreuvent aux mêmes sources totalitaires. D'où le sous-titre de l'essai: «du terrorisme jihadiste à l'islamiquement correct», deux formes d'intimidation complémentaires.

Cette expression, que j'ai utilisée la première fois dans un article du Figaro Magazine en 1999 en même temps que celle de «totalitarisme islamiste», montre que plus l'on tue au nom de l'islam, et plus les Occidentaux combattent l'islamophobie en affirmant que le «vrai islam» est pacifique.

Paradoxalement, donc, l'islamiquement correct n'est pas qu'une déclinaison de la xénophilie, la version islamique du «politiquement correct», mais le résultat d'une intimidation physique et psychologique qui pousse à céder devant ceux qui sont prêts à mourir pour leur cause fanatique.

 

Dans les universités islamiques sunnites officielles, le religieux et le socio-temporel sont toujours enseignés ensemble. Ces pôles de l'islamisme mondial conquérants sont par ordre d'influence dans nos sociétés et dans le monde: les Frères musulmans, qui dirigent de nombreuses mosquées aux États-Unis, en France, en Allemagne, en Italie… Ensuite, il y a le salafisme wahhabite, produit et entretenu par l'Arabie Saoudite, qui tient les lieux saints de l'islam et les grandes organisations panislamistes mondiales (la Ligue islamique mondiale, l'OCI, ISESCO, l'Assemblée mondiale des mosquées, etc.). Le pôle saoudien produit une orthodoxie islamique totalitaire qui a contaminé une grande partie du monde musulman depuis des décennies, y compris nos «banlieues de l'islam». On peut aussi mentionner le Tabligh et la Jamaà Islamiya indo-pakistanaises, très présents en Grande Bretagne ou en Amérique mais aussi chez nous, sans oublier le Millî Görüs turc et autres confréries néo-ottomanes très actives au sein de la diaspora en Europe et qui ont contribué à l'essor de l'AKP d'Erdogan en Turquie. Et l'Université d'Al-Azhar, la plus prestigieuse du monde sunnite, qui n'a jamais excommunié les jihadistes, alors qu'elle a déclaré «apostats» nombre de libéraux.

J'ajoute que ce système théocratique conquérant, sous couvert de prosélytisme et de liberté religieuse, repose sur une vision foncièrement irrédentiste, puisque tout territoire qui appartenait dans le passé au Califat (Espagne, Balkans, Inde, Andalous, Sicile, etc.) est censé retourner à l'islam.

L'emploi de l'expression «aslam taslam» («soumets-toi et tu seras épargné») par les jihadistes est pour vous la preuve d'une continuité entre le terrorisme d'aujourd'hui, et la longue histoire d'expansion de l'islam par l'appel à la soumission…

Absolument. À l'Institut du monde arabe, qui représente pourtant un islam assez modéré, on montre régulièrement une vidéo sur la vie du prophète des musulmans et sur les premières expansions islamiques du VIIe siècle, dans laquelle on voit Mahomet envoyer des cavaliers d'Allah aux quatre coins du monde pour aller déclarer aux rois byzantin ou perse: «aslam taslam!», «soumets-toi et tu auras la paix».

Les textes des grands jurisconsultes de l'islam, ceux de Bukhari, Muslim, Nawawi, etc. sont enseignés en Europe dans la plupart des centres islamiques officiels ayant pignon sur rue, alors qu'ils consacrent des chapitres entiers au jihad guerrier offensif, au prélèvement des butins, à la prise des otages mécréants, à l'esclavage, aux châtiments corporels, à l'infériorité des non-musulmans et des femmes et aux peines de mort pour l'apostasie et le blasphème. Quand on prend conscience du lien entre le jihadisme et les sources doctrinales légales de la violence sacrée, on comprend que l'on ne peut pas déradicaliser un jihadiste si facilement. De ce fait, j'affirme qu'un Mohammed Merah ou des égorgeurs de Daech n'ont pas besoin de s'appuyer sur les textes «hérétiques» pour commettre leurs crimes: ils n'ont qu'à écouter les sermons et lire les ouvrages (en vente à la FNAC) de Youssef al-Qardawi par exemple, qui appelle à tuer les homosexuels, les apostats et ceux qui blasphèment.

Vous dites également que l'islamisme repose sur un mythe, celui d'un âge d'or de l'islam qui aurait généré une dette de l'Occident à l'égard de la science et de la culture arabo-musulmanes. Sur quoi repose-t-il selon vous?

Sur deux vecteurs. Le premier est une haine de soi civilisationnelle entretenue par l'Occident lui-même, et notamment un rejet de l'héritage Grecs byzantins. Pour ne pas être redevable envers l'empire byzantin, l'Europe occidentale a créé le «mythe de l'islam éclairé», de la supériorité philosophique, scientifique et morale d'un Orient islamique qui nous aurait apporté le zéro, Aristote et Platon et sans qui nous ne serions encore que des barbares obscurantistes.

Le second vecteur, qui poursuit le premier, est la détestation de l'apport judéo-chrétien par l'Occident moderne consumériste et multiculturaliste. En termes clairs, cette haine de soi, ce «complexe occidental» conduit à exagérer par contraste l'influence culturelle et philosophique du monde musulman envers lequel en réalité l'Occident n'est pas redevable scientifiquement puisque la quasi-totalité des savants et traducteurs qui ont transcrit en arabe les œuvres grecques, perses et indiennes étaient ni arabes ni musulmans mais majoritairement chrétiens d'Orient araméophones, byzantins, perses, juifs et espagnols.

Ce mythe donne une légitimité morale à l'impérialisme islamiste et à son irrédentisme agressif. Il est le motif central des revendications jihadistes: il faut «venger l'offense de la Reconquista» et «reprendre possession» d'une ex-colonie européenne islamique. Le génie de l'islamisme est d'avoir su capter les mérites de nombreuses cultures passées: les coupoles ont en réalité été inventées par les Perses, l'irrigation par les Romains, le zéro par les Indiens, Aristote a été traduit par les chrétiens grâce à des manuscrits empruntés à Byzance, etc.

Vous fustigez la réaction des Occidentaux après chaque attentat, qui se contentent d'allumer des bougies. Pourtant, il y a aussi des plans de prévention de la radicalisation: cela ne vous semble pas suffisant?

Ce que l'on n'a pas compris en Occident, c'est que lorsque l'on tue au nom de l'islam, les pôles institutionnels de l'islamisme testent nos réactions. J'ai visité et pris en photo les nombreux lieux de commémorations post-attentats édifiés comme des autels par la mairie très gauchiste (Podemos) de Barcelone: il n'y a pas eu de photo des victimes occidentales sur les lieux de commémoration, aucune croix chrétienne, aucune apologie de ce que nous sommes, de l'Espagne ou de notre identité, mais une omniprésence d'écrits en arabe, de pancartes où il était écrit que l'islam c'est la paix, l'islam est innocent... Le lendemain des attentats, la mairie de Barcelone fit augmenter les dotations accordées aux organismes de lutte contre l'islamophobie! Nos professions de foi post-attentats et nos bougies entourées de slogans exposées après des carnages sur fond de «lutte contre l'islamophobie» sont perçues par les pôles de l'islamisme institutionnel comme des extraordinaires messages de faiblesse. Ce recours permanent à l'autoflagellation et à la culpabilisation est la preuve, pour les islamistes, que nous sommes une proie facile.

Pour revenir à la déradicalisation, je pense que celle-ci est quasiment impossible avec des vrais radicalisés qui pris le «goût du sang». La prévention de la radicalisation est en revanche la seule chose que l'on puisse effectivement faire, car les personnes déjà touchées par la contagion du discours islamiste et qui l'ont mis en pratique n'en reviennent jamais ou très rarement, d'autant que les ex-jihadistes «revenants» ont le droit de mentir d'une façon illimitée dans le cadre de la «ruse de guerre jihadiste», que l'on retrouve dans des textes de la jurisprudence islamique.

Est-ce à dire qu'il n'existe pas d'islam modéré en France?

En France, l'islam modéré, celui de la mosquée de Paris ou de l'imam Chalghoumi, existe mais il est en perte de vitesse et minoritaire au niveau des lieux de cultes et de la production de discours et d'identité.

L'État français et les Européens en général ont beaucoup trop cédé durant des décennies, notamment en laissant les Frères musulmans et à présent le pôle turc (néo-ottoman) contrôler le Conseil français du culte musulman (CFCM).

Il est urgent par exemple de n'accorder la gestion du marché du halal de sacrifice des bêtes qu'à des pôles vraiment modérés de l'islam, car on oublie trop souvent que les milliards du halal permettent à des mouvances comme les Frères de s'auto-financer, en plus des dons des fidèles.

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