http://www.lemonde.fr: Pour Taïa, « la loi marocaine encourage lynchages

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Pour Abdellah Taïa, « la loi marocaine encourage les lynchages d’homosexuels »

 

L’écrivain cinéaste dénonce la violence d’une société hypocrite vis-à-vis de la sexualité.

 

Ecrivain, homosexuel, marocain, musulman. Abdellah Taïa est tout ça à la fois et dans n’importe quel ordre. A 43 ans, il est l’un des premiers auteurs du monde arabo-musulman à avoir révélé son homosexualité publiquement. C’était en 2006, dans un journal marocain, défiant ainsi la loi qui condamne les homosexuels. Depuis, il entretient un lien à la fois complexe et attachant avec sa famille et son pays, qu’il a quittés il y a près de vingt ans pour poursuivre ses rêves de cinéma et de littérature à Paris.

Auteur d’un film et de plusieurs romans inspirés de son enfance, lauréat du prix de Flore en 2010, Abdellah Taïa a choisi d’apprendre le français pour raconter le Maroc des pauvres, où il est né et a grandi. Sur la « planète » Hay Salam, un quartier populaire de Salé, près de Rabat, dans une famille de neuf enfants, où ni le français ni l’homosexualité n’avaient leur place. Son dernier roman, Celui qui est digne d’être aimé, est en lice pour le prix Renaudot cette année. Dans un entretien au Monde Afrique, Abdellah Taïa revient sur son enfance tourmentée et les nombreuses contradictions qui continuent de ronger la société marocaine.

Vous avez découvert votre homosexualité très jeune. Comment construire son identité dans un pays qui la condamne ?

Abdellah Taïa A l’époque, l’idée d’avoir une identité homosexuelle ne me traversait même pas l’esprit. Dans les années 1970 et 1980, il n’y avait pas de place pour une telle chose. Même aujourd’hui, la construction sexuelle dans un pays comme le Maroc est très perturbée, car nous vivons dans une grande hypocrisie. Les relations sexuelles hors mariage ne sont pas autorisées et, dans le même temps, on laisse des champs libres, des lieux plus ou moins cachés pour exprimer sa sexualité. Tant que c’est fait en cachette, c’est pratiquement autorisé.

Le problème, c’est que cela génère de la violence et j’en ai moi-même fait les frais. J’ai été violé par des hommes du quartier, qui voulaient assouvir leurs besoins sexuels. Je suis devenu l’objet sexuel de tout un monde. Pour moi, c’était normal d’être maltraité. Aujourd’hui encore, il y a des centaines de petits garçons qui sont violés tous les jours au Maroc, en silence.

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