http://www.ladepeche.fr/: Ebru Firat, itinéraire d'une combattante en prison

Mot-clefs: Guerre Répression / prisons centres de rétention
Lieux: turquie

Dans sa cellule stambouliote, Ebru Firat a perdu un peu de ses joues rondes et son regard noir s'est enfoncé. Elle compte les jours et espère revoir bientôt la lumière… Et c'est comme si le destin lui faisait un pied de nez : Ebru est emprisonnée par des Turcs pour avoir épousé la cause kurde. Il est vrai qu'elle est née bien loin de ces conflits ancestraux, en France, à Moissac ! Ses parents Mevlut et Sedef vivent depuis 40 ans en France.

Ebru grandit au milieu de quatre garçons. De quoi lui forger le caractère. En même temps, elle noue une complicité et une relation forte avec sa tante, la sœur de sa mère, qui veille sur elle comme la fille qu'elle n'a jamais eue. Après cette petite enfance passée dans le Tarn-et-Garonne, elle a 5 ans quand ses parents décident de s'établir dans le quartier populaire du Mirail à Toulouse. Elle y suit ses études mais lâche le fil de sa scolarité quelque peu chaotique en seconde alors qu'elle prépare un BEP vente au lycée polyvalent Rive Gauche.

Elle va rejoindre les combattants kurdes

Dès l'adolescence, elle est hantée par la cause kurde. Preuve en est ses participations à chaque manifestation pro-kurde à partir de 2007. Mais c'est en 2009, à l'âge de 18 ans, que sa vie bascule. Ebru décide alors de «faire entendre la voix du peuple kurde».

Elle va rejoindre le PKK au nord de l'Irak, au sein du Kurdistan irakien, région autonome administrée par Erbil. Là-bas, dans les montagnes du Kandil, au sein du Parti des travailleurs du Kurdistan, considéré comme terroriste par la Turquie, elle apprend des rudiments de médecine dans un cadre militaire. Selon son récit, elle va devenir infirmière dans les hôpitaux kurdes pendant les six années qui suivent, sans remettre les pieds en France.

En 2015, elle quitte l'Irak pour rejoindre la Syrie, et la région du Rojava, afin de «combattre les jihadistes» de l'État islamique qui ne cessent de gagner du terrain. Ebru est d'ailleurs filmée par les caméras de France 2 lors des fameux combats près de Kobané. «En tant que jeune femme kurde, je ne pouvais pas rester aveugle et sourde», explique-t-elle dans sa lettre au président. Sur le front, notamment lors de la bataille de Kobané, elle sert d'interprète aux brigades du YPG (ndlr : Unités de protection du peuple) qu'elle a incorporées. Elle assure la traduction pour les Français venus se battre aux côtés des Kurdes et pour les journalistes.

«J'ai aidé ce combat et fait ce qui était possible», raconte-t-elle. Sa mission accomplie, elle déserte le front en février 2016 avec une copine et retourne en Irak. Le PKK ne lui tient pas trop rigueur de cette fuite même si les peshmergas (combattants kurdes) l'enferment durant 3 mois dans une maison d'Erbil. Une fois relâchée, elle réussit grâce au Consulat d'Erbil à rentrer en France au printemps 2016. Un retour à Toulouse après 8 ans d'absence ! Ses parents, eux, ont pris le chemin inverse et sont retournés vivre en Turquie à Dyarbakir. «Son père n'a jamais eu la mentalité française», explique Me Casero. Il s'est même plutôt montré indifférent à la trajectoire de sa fille.

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