Les Inrocks : Violences policières : blesser des individus

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Pierre Douillard-Lefevre - Violences policières :
« L'objectif n'est plus de repousser un groupe, mais de blesser des individus »


/.../ La mort de Rémi Fraisse, tué par une grenade de la gendarmerie en octobre 2014 est un moment révélateur, épiphanique. Non seulement il n’y a pas de remise en cause de l’arsenal policier, mais c’est au contraire l’occasion d’un renforcement historique et d’une légitimation de la violence d’État contre les contestataires par le gouvernement socialiste.
Il faut remonter à l’année 1986 pour trouver un cas comparable : la mort de Malik Oussekine tabassé par les voltigeurs – des policiers à moto – lors d’une manifestation étudiante contre la loi Devaquet. A l’époque, l’ensemble de la gauche descend immédiatement dans la rue, un ministre démissionne, le projet de loi est retiré, les voltigeurs sont supprimés. A l’automne 2014, après la mort de Rémi Fraisse, l’ensemble de la gauche institutionnelle garde le silence. Pire, les manifestations organisées en réponse au drame sont férocement réprimées, voire interdites, à Paris, Nantes, Rennes ou Toulouse. Les socialistes décident d’assumer la mort du jeune manifestant et d’écraser la colère.
Nous entrons dans une nouvelle séquence du maintien de l’ordre, qui est aussi l’aboutissement de 20 ans de surenchère sécuritaire et d’expérimentations d’un nouvel arsenal policier dans les quartiers périphériques des métropoles et aux frontières de l’Europe.
/.../ La vidéo est omniprésente au cœur des manifestations. Elle permet effectivement de rendre visible, compréhensible au plus grand nombre la violence d’État, de montrer qu’il n’y a pas de “bavures”, que ces violences font système. Disposer de la preuve filmée d’une agression policière est également déterminant pour espérer obtenir justice, on le verra pour le lycéen de Bergson frappé par un policier, on l’a vu lors du procès d’un policier qui a mutilé un lycéen à Montreuil en 2010. Mais la place de la vidéo est ambivalente. Les images peuvent être détournées. Elle peuvent également mettre en danger les manifestants ou être le support d’une propagande gouvernementale, comme l’ont été les images du véhicule de police incendié diffusées en boucle pendant plusieurs jours sur l’ensemble des chaînes de télévision, comme pour légitimer la répression.
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