http://www.ouest-france.fr: Nantes: des migrants s'installent à Chantenay

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Lieux: Nantes

L'ancien presbytère de Doulon ne peut plus accueillir la centaine d'expulsés qui l'occupent depuis fin août. Une vingtaine d'entre eux ont investi un deuxième lieu, rue Fontaine-des-Baronnies.

Aux volets de la grande bâtisse, ils ont accroché une banderole où flotte le mot « Réquisition ». Une vingtaine de demandeurs d'asile, qui avaient trouvé refuge en août dans l'ancien presbytère de Doulon, ont investi ce bâtiment de 300 m2 et commencent à l'aménager. « C'est une résidence privée abandonnée depuis plusieurs années », explique un membre du collectif de soutien aux expulsés.

Ces expulsés sont en majorité des hommes venus de l'est de l'Afrique (Soudan, Somalie, Tchad, Érythrée, Lybie...). Rescapés de conflits sanglants, chassés par les guerres, ils ont débarqué en France il y a plusieurs mois, plusieurs années pour certains. À Nantes, en juillet, ils ont été chassés d'un squat de la rue des Stocks, non loin de la gare.

Aujourd'hui, à Doulon, ils sont une centaine, et ce n'est plus possible. « Ce n'est plus vivable, ils sont trop nombreux », explique Kotombo, membre du collectif, qui apporte son aide aux demandeurs d'asile et assure la traduction. « Tous les jours, de nouvelles personnes arrivent. Ils sont cent dans huit chambres. Vingt personnes s'entassent dans une même pièce. Ils dorment à dix-huit sur onze matelas. Même la respiration de tous, la nuit, n'est plus supportable. Avec l'humidité, on a peur des maladies. » Mohammed, 27 ans, originaire du Tchad, acquiesce. « Une cuisine et une seule toilette pour cent personnes, c'est épouvantable. » Certains préfèrent dormir dehors, dans l'enceinte du presbytère, plutôt qu'à l'intérieur.

À Chantenay, des travaux sont nécessaires pour rendre le bâtiment habitable. Pour l'intant, ni eau ni électricité. Mais la propriété est spacieuse. Les expulsés espèrent y retrouver un peu d'intimité. « Ce n'est pas un objectif que de multiplier les squats, assure Jean Brunacci, membre du collectif, mais, malgré les aménagements qui ont été faits grâce à l'aide du collectif, de la paroisse et l'aide sanitaire apportée par Médecins du monde, les conditions et la promiscuité sont telles qu'on est contraint d'ouvrir un autre lieu. » Avec d'autres militants, il dénonce le silence des autorités. « On a alerté la Ville et la préfecture. Rien. On attend les réponses. » Pour Kotombo, Mohammed et les autres, « squatter, ce n'est pas une vie, mais c'est toujours mieux qu'être à la rue ».

Isabelle LABARRE.

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