La Maison de la Grève invite, les 19 et 20 mai, à la seconde édition des séminaires « contre l’état d’urgence, penser l’état du monde », dont vous pouvez trouver la programmation et la présentation complète ici : maisondelagreve.boum.org/etat-d-urgence-2017

Comme l’an dernier, nous porterons le regard à la fois sur la situation qui nous est faîtes ici – l’état d’urgence – et sur les mouvements d’opposition post-révolution arabe. Il s’agit donc d’un double geste : comprendre les évolutions du pouvoir, de ses pratiques, de sa mécanique et déchiffrer la grammaire de la vague révolutionnaire qui a s’est répandu de façon virale début 2010, mais qui a partout buté, soit sur la démocratie, soit des formes d’état d’exception, soit sur la guerre civile.

L’enjeu de ces séminaires est d’ouvrir un moment de pensée et de débat avec tous ceux que nous croisons dans les luttes, dans nos espaces de désertion ou simplement au détour d’une discussion. Quel que soit le résultat des élections, nous espérons que ces séminaires soient un moment pour nous réarmer et contre l’ultra-libéralisme, et contre les formes modernes de la réaction.

Ils auront lieu le vendredi 19 mai à partir de 18h00 et le samedi 20 mai toute la journée (de 9h à la fin de l’après-midi) dans l’amphithêatre Donzelot, 6 rue Kleber à Rennes (juste à côté de la face dentaire, pour ceux qui connaissent). L’entrée y est libre. Un buffet sera prévu à 13h, et des encas pendant les pauses. Nous espérons vous y voir nombreux.

PROGRAMME

VENDRDI 19 mai :

17h30 – 18h00 : Ouverture des portes
18h00 – 18h30 : Présentation des séminaires
– Maison de la Grève –

18H30 -20h30 : QUE DÉCLARE L’ÉTAT D’EXCEPTION ?
– Marie Goupy –
Marie Goupy fera une analyse du concept d’état d’exception (Ausnahmezustand) tel que l’a construit le juriste C.Schmitt dans l’entre-deux-guerres. À travers cette notion, il s’agira de mettre à nu le rapport qu’entretiennent la règle et l’exception au sein des régimes démocratiques. Non pas pour les opposer, mais pour comprendre comment l’état de droit et l’état d’exception fonctionnent ensemble. Sera également examiné comment la théorie de l’état d’exception répond aux crises que le libéralisme n’a de cesse de produire. Comment les failles structurelles d’un système qui caresse le rêve d’un monde auto-régulé sont pansées par une théorie de la décision politique arbitraire et souveraine. L’état d’exception et la gestion libérale forment alors le nom d’une double confiscation du politique.

SAMEDI 20 mai :

9h00 – 9h30 : Ouverture des porte et petit-déjeuner

9h30 – 11h00 : COMMENT L’ÉTAT D’URGENCE TRANSFORME LE DROIT ?
– Serge Slama –
Malgré ce qu’en dit le Conseil constitutionnel, l’état d’urgence, produit un régime dérogatoire aux libertés fondamentales au sein de l’état de droit. Ses mesures phares, l’assignation à résidence, la perquisition administrative, et l’interdiction de séjour (de manifester) participent à la généralisationde la suspicion sur la population. On peut alors se demander si l’état d’urgence n’est pas un (énorme) pas de plus vers une transformation profonde du droit ? Une métamorphose qui s’opère au niveau planétaire à coups de législations antiterroristes, de peines de sûreté pour les déviants et les
récidivistes, de mise en camps des migrants, d’inversion des normes entre le code du travail et l’entreprise et de 49,3… Entre néo-autoritarisme, contrôle massif de la société, et gestion prédictive de la menace de quelle évolution l’état d’urgence est-il révélateur ? Comment ces modifications
opèrent-elles au sein même du droit ? Quels rapports de force et quelles résistances se jouent autour de ce dispositif ? C’est à ces questions que répondra Serge Slama.

11h00 – 11h 30 : Pause et collation

-11h30 – 13h00 : DE QUOI LA GUERRE CIVILE EST-ELLE LE NOM ?
– Ninon Grangé –
Suite aux attentats de Novembre 2015, François Hollande déclare la guerre au terrorisme. Son discours s’accompagne des bombardements en Syrie et de la déclaration de l’état d’urgence en France. Ce double geste cible à la fois un ennemi extérieur et un ennemi intérieur. Il rejoue par là
même le geste fondateur de tout pouvoir constitué : diviser, recréer un dehors et dedans, au sein de sa population, comme hors de son territoire. Pour nous aider à comprendre cette situation Ninon Grangé reviendra sur le concept de guerre civile (stasis). Quelles différences il y a-t-il entre les
notions d’état d’exception et de guerre civile ? La guerre civile recouvre-t-elle l’intensité d’un conflit politique dans lequel l’État n’est qu’une force parmi d’autre où une fiction mise en place par le pouvoir pour conserver son hégémonie ? Qu’est-ce que la guerre civile nous révèle de la nature même du politique ?

13h00 – 14h00 : Repas
14h00 – 20h00 : EGYPTE ET TURQUIE : FORCES D’OPPOSITIONS ET STRATEGIES D’ETATS

Maaï Youssef (doctorante en sciences politiques à l’Université Paris Sorbonne) concentrera son intervention sur l’analyse des deux temps qui ont ponctué la contre-révolution gyptienne. Le premier débute dès 2012 avec l’organisation des éléctions suite à la chute de Moubarak qui sera
remportée par Mohammed Morsi, membre des Frères Musulmans. Le retour du jeu démocratique rend illégitime la poursuite de la révolution en dehors des urnes alors même qu’une partie de l’opposition est encore déterminée à poursuivre le combat au-delà de la chute du dictateur. Puis,
l’accès au pouvoir du général Abdel Fatah al-Sissi qui participe au coup d’État militaire du 3 juillet 2013 inaugure la deuxième période du renforcement de l’autorité de l’État. Le rétablissement de l’état d’urgence, l’apparition de nouvelles lois interdisant de manifester et la nouvelle définition
d’une organisation terroriste constitue le triptyque qui permet de museler toutes formes d’opposition. Il s’agira alors de comprendre comment la révolution a été détournée et quels ont été les mécanismes et les ressources de l’État pour s’en venger.

Yohanan Benhaim (doctorant en sciences politiques à l’Université Paris Sorbonne) interviendra sur la situation turque et la légitimation du glissement autoritaire en cours. Il exposera comment la redéfinition de la frontière entre l’interne et l’externe à l’État et celle de l’ennemi alimente cet autoritarisme en Turquie, au détriment de l’ensemble des forces possibles d’opposition.