La CGT, twitter et Paris-luttes.info

Mis a jour : le dimanche 16 mai 2021 à 18:19

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Prenons soin de nos outils de luttes collectifs, ne les laissons pas se faire détourner de leurs objectifs par les réseaux sociaux.

e matin du vendredi 14 mai, au beau milieu du pont de l’Ascension, trois articles d’affilé revenants de près ou de loin sur les événements du 1er mai ont été publié sur Paris-luttes.info :

Manifestations et luttes collectives : Se dissocier, une arme de destruction massive. Pourquoi j’ai attaqué la CGT C’est quoi un syndicat ?

Depuis décembre 2020, des manifestant.e.s s’en prennent régulièrement en fin de manifestation à des syndicalistes et à du matériel syndical, avec pour apothéose l’agression du cortège CGT le 1er mai qui a fait couler (...)

À la suite des tensions et affrontements entre manifestant-e-s qui ont notamment émaillé la manifestation parisienne, le site était plutôt resté à l’écart des invectives et propos insultants qu’on retrouvait alors de toutes parts sur les réseaux sociaux [1]. Quand j’écris « le site », rappelons ici qu’il s’agit d’un outil collectif qui n’appartient nullement à l’équipe de modération, mais à toutes les personnes qui contribuent à le faire vivre en proposant des articles, en les lisant et en les partageant, c’est à dire tout plein de monde qui participe aux luttes sociales. Cette « communauté Paris-luttes » on pourrait dire, aux frontières certes floues, avait donc assez sagement jugé dans son ensemble [2], en cohérence avec la ligne « refus des embrouilles de milieu », que ce n’était pas le moment de rajouter de l’huile sur le feu avec des réactions « à chaud » pas toujours forcément constructives...

Deux semaines plus tard arrive donc finalement cette série d’articles, de plus ou moins bonne qualité, chacun avec des points de vues différents, mais respectant tous a priori globalement le texte d’intention du site. On se doute que la publication quasi-simultanée relève à la fois du temps de réflexion et d’élaboration pris par les différents rédacteurs-rices et du timing choisi par la modération. On se doute que l’idée générale était de faire cohabiter dans un même espace temporel et numérique ces différents points de vues, que les textes les plus constructifs et argumentés répondent au plus « coup de gueule ». Mais bien que ces trois articles aient successivement été publiés à 9h, 10h et 11h, un seul peu avant 14h faisait vraiment du « buzz » sur twitter, celui intitulé « Pourquoi j’ai attaqué la CGT ». En moins de 4h, ce texte a été retweeté plus de 100 fois (ce qui est beaucoup pour le compte @Paris_luttes, qui cumule certes presque 30 000 abonné.e.s mais qui reste très peu animé), tandis que les deux autres moins de 5 fois ! C’est aussi celui qui compte le plus de commentaires, la plupart du temps négatifs, parfois insultants voire menaçants, bref ce qu’on peut appeler une « shitstorm ».

Captures d’écran des articles sur twitter vendredi 14 mai peu avant 14h

Résultat des courses, de par l’écho qu’il a trouvé sur twitter, ce texte a finalement touché beaucoup plus de monde que les deux autres, renforçant de cette manière les tensions nées de ces événements plutôt que les pistes esquissées pour en sortir par le haut. Sur un sujet aussi complexe pour les libertaires et le mouvement autonome que les relations avec les syndicats, la CGT ici en particulier et son SO, les deux textes cherchant à aller un tout petit peu plus loin que le « billet d’humeur » se retrouvent invisibilisés, lus par seulement quelques centaines de personnes lorsque l’autre en touchera plusieurs milliers.

Une fois fait ce constat, quelles conclusions en tirer ?

  • Aurait-il fallut que la modération soit plus vigilante et ne laisse pas passer ce texte, dont le ton et le contenu peuvent être perçus comme à la limite du texte d’intention ? Elle semble avoir fait son choix en conscience de cause, mais il est clair que l’équilibre entre l’expression de la diversité des points de vues au sein des luttes sociales et ce qui relève de « l’embrouille de milieu » n’est pas toujours évident à trouver...
  • Faudrait-il que Paris-luttes.info supprime son compte twitter ? La question peut être posée, dans la mesure où le système de commentaires permet de contourner leur absence sur le site (ce qui permet là aussi de limiter les insultes et invectives peu constructives, obligeant les lecteurs-rices mécontents à proposer des réponses argumentées sous forme d’article). Par définition, c’est également le format twitter qui favorise le « buzz » et les « shitstorms » au détriment du contenu constructif... Néanmoins l’existence d’un compte twitter est un moyen non-négligeable de toucher un public plus large que les seules personnes ayant le réflexe de se rendre quotidiennement sur le site (ce que fait bien sûr on le sait, tout-e bon-ne militant-e ;) ).
  • Sans tout faire reposer sur la modération, la « communauté Paris-luttes » au sens large — c’est-à-dire aussi notamment tou-te-s ces abonné-e-s sur twitter dont certains comptes sont suivis par plusieurs dizaines voire centaines de milliers de personnes — ne pourrait-elle pas faire en sorte, par sa vigilance et en allant plus régulièrement sur le site [3], que ce soient les articles les plus intéressants, constructifs et argumentés qui soient le plus partagés ?

Bref il n’existe probablement pas de réponse toute faite et définitive, mais en tant qu’outil collectif au service des luttes, il est important de faire en sorte collectivement, par nos usages — y compris des réseaux sociaux — et notre vigilance, que Paris-luttes.info demeure un espace d’échanges et de réflexions ouvert, permettant de mieux faire connaître et de renforcer tous les combats pour l’émancipation plutôt que les vieilles rancœurs et embrouilles qui existent malheureusement toujours en leur sein.

Un lecteur et contributeur

Notes

[1] Des articles ont néanmoins été publiés, notamment celui-ci et celui-là

[2] Bien que la modération refuse parfois certains articles, si quelque chose avait été refusé de manière vraiment scandaleuse on peut être sûr qu’on aurait été au courant, en allant sur indymedia nantes par exemple

[3] Oui ceci est une invitation à ne pas rester confortablement le nez plongé dans les réseaux sociaux et sur ce qui s’affiche uniquement sur son fil twitter, instagram ou facebook

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