Berlin (Allemagne) : Sans victimismes. Quelques mots sur le 1er mai

Mis a jour : le mardi 11 mai 2021 à 11:39

Mot-clefs: actions directes
Lieux: (allemagne) berlin

Le 1er mai, une marée humaine est descendue dans les rues pour participer au « 1er mai révolutionnaire », le cortège qui chaque année sévit dans les rues de Berlin. Celui-ci a présenté des spécificités par rapport aux années précédentes. Avant tout, il y a eu la participation, au niveau d’organisation et de participation, de différents collectifs de migrant.e.s, qui ont ajouté aux revendications du cortège des thématiques comme l’anticolonialisme dans une optique de lutte des classes. Deuxièmement, étant donné la « situation d’urgence » perpétuelle que la ville vit à cause de l’épidémie, le cortège s’est déroulé sans l’habituel accompagnement des merdes qui participent à la « Myfest », la fête du 1er mai qui a toujours lieu à Kreutzberg et qui déverse dans le quartier des centaines de milliers de personnes en proie à l’euphorie d’une party (fête) où tout est mis à profit, du sol public à la musique, du divertissement à l’excès. Voilà, normalement le cortège du 1er mai, avec ses revendications, avec sa soif de conflit et avec la détermination qui l’a toujours caractérisé a toujours dû traverser cette ambiance de fête généralisée, une fête octroyée et non plus gagnée, qui semble vouloir noyer dans des fleuves d’alcool et de divertissement commercialisé non seulement l’Idée (cette abstraite, explosive Ennemie… allez, allons boire un verre et n’y pensons plus !) d’où est issue la journée des travailleurs, mais aussi les martyrs, la tension inarrêtable qui les a poussé à donner leur vie pour cette Idée, et ceux qui des décennies durant ont toujours été en première ligne pour le revendiquer.

1m

Cette année, dans les rues on a fait de la politique active, dans le bon sens du terme. Quant aux nombres, on parle de vingt-mille participant.e.s, escorté.e.s par des milliers de flics (y compris de la police fédérale) venant, comme d’habitude, aussi d’autres régions de l’Allemagne pour défendre la paix sociale et les prétendues (vieilles et nouvelles) règles anti-contamination. La manifestation était divisée en plusieurs blocs et animée par des réalités différentes.

Après le départ du quartier de Neukölln en direction de Kreutzberg, les flics, avec l’excuse habituelle du non-respect des règles anti-Covid, ont décidé d’arrêter le cortège, une décision probablement préméditée. Nous voulons clarifier que cela ne nous surprend pas et nous intéresse pas, que nos ennemi aient planifié depuis le début le moment, l’endroit et la manière de nous bloquer ; les tactiques qu’ils mettent en œuvre pour atteindre leurs buts ne nous étonnent pas. On parle de flics et le fait de disserter sur leur degré de saleté et d’infamie nous paraît ridicule. Certains victimismes sont vraiment gênants. Certes, ça nous fait sourire l’excuse avancée par les larbins en uniforme pour « justifier » les charges, c’est-à-dire l’absence de masques anti-contagion. On était tous et toutes avec nos visages bien dissimulés. Et cela avec plaisir, on pourrait dire. De toute façon, après avoir bloqué la manifestation, les flics ont séparé le bloc de l’Interkiezionale des autres, en espérant pouvoir ainsi interpeller et massacrer facilement les anarchistes, ces individus bizarres et louches, habillé.e.s en noir. Ils ont mal prévu leur coup. Après que les flics ont attaqué ce bloc à coups de poings et de pieds (en réalité il y a eu aussi d’autres agressions, à d’autres moments, avec les contre-attaques nécessaires), les gens et les compas sont passé.e.s à l’action. Très rapidement, les flics ont perdu le contrôle des rues et, sous une pluie de cailloux, de bouteilles et de matériel gentiment offert par un chantier proche (qui a été envahi par des dizaines de personnes), ils ont été obligés de reculer dans les ruelles adjacentes. Ils ont bien entendu essayé de reprendre le carrefour, mais la pluie incessante de cailloux et de verre les a obligés, pendant plus d’une heure d’affrontements, à de nombreuses retraites. Des barricades ont été érigées, pour empêcher le passage de la police. Le feu a éclairé et réchauffé les esprits de ceux/celles qui, à son encontre, n’éprouvent qu’une saine, profonde et inarrêtable haine.

Vive le 1er mai.
Vive les martyrs de Chicago.
Vive l’Anarchie.

 

Voici une chronologie incomplète des éventements (tirée de Kontrapolis)

18h : environs 20 000 personnes se ressemblent sur Hermannplatz pour le cortège du « 1er mai révolutionnaire ». Les blocs prennent position.

19h : on part, avec un retard d’une heure. Les pandores essayent à plusieurs reprises de ralentir le cortège, l’enserrent et au même temps prétendent que nous respections les distances de sécurité. Les haut-parleurs crachent dans les rues des mots et de la musique, le cortège est très bigarré et tout le monde a le visage dissimulé. Exemplaire. Il n’y a presque pas de flics sur les côtés du cortège.

20h20 : aux Neukölln Arkaden, les flics écrasent sans raison le bloc anarchiste. La moitié, presque, du cortège, y compris le « bloc expropriations » et celui de l’Interkiezionale, est accusée de ne pas respecter l’obligation du port du masque. Il y a encore quelques temps c’était l’art de se dissimuler le visage qui était interdite et les flics, apeurés par tous ces visages couverts, ressentaient le besoin de se ruer sur les manifestations, les chargeant. Maintenant, ce qui leur fait peur sont les visages découverts, à ce qu’il paraît ils voient partout des gens sans masque ! Pourtant on était tou.te.s joyeusement à visage couvert ! Arrivé.e.s au niveau de la Flughafenstrasse, les flics chargent pour entrer dans le cortège.

20h30 : des personnes commencent à mettre en pièces le chantier sur la Fuldastrasse, pour pouvoir continuer. Peu après les flics les attaquent ; bouteilles et cailloux volent, on construit des barricades.

21h : au niveau du pâté de maisons suivant, tension avec les pandores, qui continuent à bloquer la moitié de la manifestation. Ils sont submergés par une pluie de cailloux, bouteilles et morceaux de lattes en bois ; premières barricades en flammes.

21h10 : les flics ont complètement perdu le contrôle du carrefour entre Sonnenallee et Weichselstrasse. Des nombreuses unités de police essayent d’atteindre le carrefour, mais doivent faire marche arrière sous la forte pluie de débris. Les vitrines du magasin « BioCompany » sont cassées, pas loin un SUV brûle.

21h20 : les flics envoyés ici depuis la Saxe et le Bade-Wurtemberg n’arrivent pas à reprendre le contrôle de la situation. Une partie d’entre eux est obligée à s’enfuir en courant. Des deux cotés de Sonnenallée des barricades brûlent, l’une couvre presque toute la largeur de la route et rappelle un peu les incendies du G20 [à Hambourg, en 2017 ; NdAtt.]. Les premiers flics essayent de rentrer dans la manif, mais sont chassés par une pluie de bouteilles.

21h30 : de plus en plus de pandores arrivent de toutes les côtés et lentement ils reprennent le contrôle du carrefour. Les affrontements continuent vers Hermannplatz et les rues voisines.

21h45 : les rues sont encore pleines de monde. Des barricades en feu sur Panierstrasse et Weserstrasse. L’hélicoptère de police continue de survoler le quartier de Neukölln et des milliers de personnes sont en mouvement.

22h00 : le couvre-feu commence. Lentement, les flics reprennent le contrôle de la situation. Les ponts vers le quartier de Kreutzberg sont bloqués par des cordons de flics, il y a des barrières anti-émeute partout et à Oranienplatz – la place où le cortège aurait du se terminer – deux douzaines de camionnettes de la police et des Beleuchtungswagen [des véhicules blindés de la police, équipés de tourelles-phares pour éclaires des grandes surfaces la nuit] occupent le secteur.

22h30 : il y a encore des attaques sporadiques contre la police, mais la situation a changé et elle est maintenant en faveur des flics.

23h00 : tout à coup, depuis une arrière-cour de Kottbusser Damm sont lancé des fusées et des pétards. Les flics de l’unité BFE [les unités spéciales d’intervention] du Bade-Wurtemberg n’ont pas le courage d’entrer dans l’arrière-cour. Berlin n’est pas Fribourg.

24h00 : les 1er mai est fini.

 

Plus de cinquante interpellations. En ce moment, ils/elles sont tous sorti.e.s, à part trois personnes qui sont en préventive, accusées de dégradations, d’agression, de coups et blessures. 97 flics sont finis à l’hosto.

Au revoir le 15 mai, aux côtés de nos frères et sœurs du squat Köpi pour défendre le Wagenplatz menacé d’expulsion.

Individualités anarchistes métropolitaines

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