Et pendant ce temps, la Palestine vit toujours sous la colonisation de peuplement et l’apartheid israélien

Mis a jour : le dimanche 4 avril 2021 à 13:01

Mot-clefs: Racisme Répression Resistances antifascisme libérations nationales
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La Palestine est la région du monde où il y a sûrement le plus de journalistes au kilomètre-carré. Pourtant il aura fallu attendre janvier 2021 pour que les journalistes relaient la déclaration d’une association israélienne de défense des droits humains, B’Tselem, qualifiant l’État israélien d’État d’apartheid. Depuis sa création, l’État israélien est un État d’apartheid, les journalistes ne le disent pas, n’écrivent pas qu’ils ont constaté ces faits sur le terrain, qu’ils peuvent donc confirmer le colonialisme de peuplement de la Palestine par l’État israélien d’apartheid. Non, ils se contentent de reprendre les propos de B’Tselem. Point d’émissions spéciales sur le sujet. La Palestine occupée et l’État israélien colonial de peuplement restent l’angle mort de l’information réelle, un modèle de désinformation.

Élections Palestiniennes ?

 

Le 15 janvier, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a annoncé la tenue d’élections législatives pour le 22 mai, et présidentielle en Cisjordanie et à Gaza pour le 31 juillet 2021. Mahmoud Abbas est clair : « Pas de vote sans la participation des 300 000 Palestiniens de Jérusalem-Est. », ce que l’État israélien refusera sans doute.

Pourquoi cette décision ? Mahmoud Abbas espère t-il sauver l’autorité Palestinienne largement discréditée et redonner un peu de crédit à l’option « deux États » qui a du plomb dans l’aile ? Pense-t-il séduire la nouvelle administration de Joe Biden ? Répond-il à la pression des donateurs internationaux qui demandent aux Palestiniens un vernis démocratique, pour continuer à les soutenir, ce qui signifie aussi financer l’occupation à la place des Israéliens. [1]

Le Fatah et le Hamas se sont réunis au Caire et ont trouvé un accord pour respecter les résultats des prochaines élections. Ce n’est pas la première fois que des élections sont annoncées et reportées sine die, soit par désaccord entre le Hamas et le Fatah, soit par une obstruction de l’Etat colonisateur israélien.
Comme à chaque fois qu’il est question d’élections palestiniennes, la candidature de Marwan Barghouti ressurgit. Ancien proche de Yasser Arafat, l’occupant israélien l’a arrêté et emprisonné en 2002. Va-t-il se présenter aux élections présidentielles ? Pas sûr que cette candidature fasse partie des négociations du Caire.

Lors des dernières élections palestiniennes en 2006, remportées par le Hamas, le vote des électeurs ne fut pas respecté. Ils ne votent pas « comme il faut ». Comment pourraient-ils croire que cela changera quoi que ce soit à leur situation ? Sont-ce des élections qui lèveront le blocus de la Bande Gaza ? Qui stopperont le vol des terres palestiniennes en Cisjordanie ? Qui rétabliront les droits des Palestiniens de Jérusalem occupé ?
Les Palestiniens n’ont plus confiance en leurs représentants, ils aspirent à une réconciliation qui résisterait à l’occupation israélienne.

Quatrièmes élections en deux ans en Israël

Auparavant, il y aura en Israël des élections législatives le 23 mars 2021. L’État israélien aura connu, en deux ans, quatre élections législatives. Cette fois, le parlement israélien s’est dissout fin décembre 2020, en raison de l’incapacité des députés à s’entendre sur le budget. Les principaux rivaux de Benjamin Netanyahu, que ce soit son ancien allié Gideon Saar, Naftali Bennett, Avigdor Lieberman ou Yair Lapid, sont tous partisans d’une droite colonialiste, s’accommodant de l’apartheid israélien imposé aux Palestiniens.

Depuis juillet 2020, chaque samedi soir, des Israéliens de tout le spectre politique manifestent, principalement à Jerusalem-Ouest devant la résidence officielle de Netanyahu, pour exiger son départ pour cause de corruption. Eux non plus ne remettent pas en cause le colonialisme de peuplement, même si une petite minorité de militants israéliens anticolonialistes n’hésite plus à manifester avec des pancartes dont les mots d’ordre associent la corruption et la colonisation. [3]

Netanyahu veut, avant les élections, apparaître comme un faiseur de paix et cherche à se faire inviter dans un pays arabe, mais le Maroc, l’Égypte, le Bahreïn ou les Émirats arabes unis, dont certains se sont fait forcer la main par Trump pour « normaliser » des relations avec Israël, qui restaient officieuses, ne sont plus pressés de le recevoir. Méfiants, ils préfèrent attendre la direction que prendra la nouvelle administration de Joe Biden.

Le Hamas a accepté cette proposition, expliquant qu’il était prêt à reprendre le dialogue national palestinien, le FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine) et le Jihad islamique refusent d’y participer. Comment l’Autorité Palestinienne peut-elle concevoir d’envisager des élections pour sa population qui vit depuis des années sous blocus et sous l’occupation israélienne de peuplement ? [2]

La « normalisation par les « Accords d’Abraham »

Il apparaît de plus en plus clair que la « normalisation » de ces pays arabes avec Israël avait aussi pour but de démanteler l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) pour faire disparaître la dernière question palestinienne d’importance qui menace encore Israël, celle des droits des réfugiés palestiniens, puisque, du point de vue israélien, la colonisation de la Cisjordanie est actée et n’entraîne aucune sanction de la communauté internationale. Le soutien des États du Golfe est essentiel pour la réussite de ce projet d’abolition de l’UNRWA, qui préside aux destinées de près de six millions de Palestiniens qui ont un statut spécial de réfugié. [4]

En 2018, les États-Unis ont coupé la totalité du financement annuel de 360 millions de dollars en faveur de l’UNRWA, privant l’agence d’un tiers de son budget. L’aide des Émirats Arabes Unis passa de 52 millions à 1 million de dollars en 2019. L’Arabie saoudite réduisit son propre financement de quelque 20 millions de dollars entre 2018 et 2020, tandis que le Qatar diminua sa contribution de plus de 30 millions de dollars.

La Jordanie, quant à elle, s’inquiète du rapprochement de l’Arabie Saoudite et d’Israël et affirme qu’elle « n’acceptera aucune tentative de changer le statu quo historique et juridique de Jérusalem » 
Le roi Abdallah II de Jordanie faisait allusion à des négociations entre de hauts responsables de l’administration Trump et l’Arabie Saoudite : on aurait offert à Riyad un rôle dans la gestion de la mosquée al-Aqsa s’il acceptait d’établir des relations avec l’Etat hébreu. [https://www.middleeasteye.net/fr/ac..." href="http://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article2602#nb5">5]

Ce sont les « Accords d’Abraham » de l’administration Trump qui formaient le cadre des accords israélo-pays-arabes, avec en sous-main des promesses de vente d’armes états-uniennes. Qu’en restera-t-il avec la nouvelle administration ?

La nouvelle administration états-unienne, le Moyen-Orient, et l’Iran.

Benjamin Netanyahu a attendu quatre semaines le premier coup de fil de Joe Biden. La précédente administration américaine avait approuvé l’annexion par Israël du Plateau du Golan, le nouveau secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken soutient le contrôle du plateau du Golan par Israël mais ne reconnaît pas la souveraineté. Le nouveau président démocrate est opposé à la colonisation. Et comme cadeau de bienvenue, Benjamin Netanyahu a annoncé la construction de nouveaux logements dans les colonies. Cela avait déjà été le cas en 2010 alors que Joe Biden était vice-président des États-Unis en visite en Israël. [6]

Avant même la prise de fonction de Joe Biden, le gouvernement israélien avec sa haute hiérarchie militaire dénonçait les velléités de retour aux termes de l’accord international de 2015 sur le nucléaire iranien [7]. Le directeur du Mossad, Yossi Cohen, s’est proposé pour aller à Washington pour discuter du dossier iranien, cette visite n’a pas été approuvée par la nouvelle administration US. Là, le stratège Emmanuel Macron voit une occasion de se mettre en avant et il se présente comme médiateur entre l’Iran et les USA, lors d’une intervention devant le think tank Atlantic Council, pour faciliter ces nouvelles discussions : il voudrait y faire entrer l’Arabie Saoudite et Israël, les deux plus farouches ennemis de l’Iran [8]. Curieuse médiation qui sape d’avance les solutions possibles.

Quel événement mettra fin à l’impunité de l’état israélien ?

La Cour pénale internationale ? Les élections palestiniennes ? Les Palestiniens eux-mêmes ?
Après un parcours difficile débuté en 2009, la Chambre préliminaire de la Cour pénale internationale du 5 février 2021 a confirmé la position du Bureau de la procureure générale Fatou Bensouda et validé la compétence de la CPI sur le Territoire Palestinien Occupé, ce qui pourrait ouvrir la voie à une enquête pour crimes de guerre. Fatou Bensouda quittera ses fonctions le 15 juin prochain, l’avocat britannique Karim Khan la remplacera. Ouvrira-t-il ce dossier ?

Depuis longtemps, les Palestiniens savent qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes, en 1948 David ben Gourion disait : « les vieux mourront, les jeunes oublieront ». Les jeunes n’oublient pas et l’occupation israélienne cherche à systématiquement persécuter une génération de jeunes Palestiniens éduqués et militants. L’augmentation des arrestations d’étudiants ces dernières années est liée aux efforts intensifs du Shin Bet pour empêcher toute organisation politique visant à résister à l’occupation [9].

Le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions contre l’État d’Israël jusqu’à ce qu’il se conforme au droit international) initié par des associations palestiniennes prend chaque année davantage d’ampleur au point d’être considéré par Israël comme une menace stratégique majeure.

Ces dernières années ont été terribles pour le Peuple Palestinien. L’alliance brutale et cynique de Trump/Netanyahu, a marqué des points. Avec la normalisation, un pas a été franchi dans la collaboration de dirigeants arabes avec Israël... Mais parallèlement, cette même brutalité a arraché les masques démocratiques de la politique Israélienne envers le Peuple Palestinien : une politique d’apartheid, raciste et colonialiste. Elle a révélé aussi que le soutien occidental plus ou moins revendiqué mais bien réel et permanent au sionisme prenait sa source dans le racisme structurel de ces pays.

D’autre part, la volonté hégémonique et belliqueuse d’Israël et de ses alliés, si elle est une menace réelle pour la paix rencontre des résistances fortes et des limites : ainsi, il est indéniable que le soutien à la résistance Palestinienne de l’Iran et du Hezbollah – quoiqu’on puisse penser de ceux ci – empêche Israël d’aller trop loin par crainte des représailles.

Notes

[1Élections palestiniennes : la démocratie pour personne par Yara Hawari , chercheuse en politique palestinienne d’Al-Shabaka, réseau politique palestinien. https://www.chroniquepalestine.com/...

[2] Élections palestiniennes : une promesse sans lendemain par Abdel Bari Atwan, Palestinien de la Bande de Gaza, exilé depuis longtemps à Londres est le rédacteur en chef du journal numérique Rai al-Yaoum. https://www.chroniquepalestine.com/...

[3] « Nous ne sommes plus parias » : Les militants anti-occupation trouvent leur place dans les manifestations israéliennes Par Oren Ziv, - https://agencemediapalestine.fr/blo...

[4https://www.middleeasteye.net/fr/op...

[5https://www.i24news.tv/fr/actu/inte... et https://www.middleeasteye.net/fr/ac...

[6https://www.rtbf.be/info/monde/deta...

[7https://www.lemonde.fr/internationa...

[8https://www.lepoint.fr/monde/emmanu...

[9] Le Shin Bet est le service de sécurité intérieur (contre espionnage) israélien. Sur les répressions des étudiant-es cf. https://www.aurdip.org/dans-sa-guer...

http://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article2602

Commentaire(s)

> Et pendant ce temps : l'étatisme

Et pendant ce temps là, les humain.e.s vivent toujours sous la colonisation de peuplement et l’apartheid étatique des diverses gangs nommés nations etc