Communiqué des occupantes et occupants de l’opéra Graslin à Nantes

Mis a jour : le samedi 13 mars 2021 à 11:28

Mot-clefs: Resistances / culture art
Lieux: Nantes

Après avoir occupé la DRAC des Pays-de-la-Loire le 4 mars, défendu les droits des femmes dans la rue le 8 mars ; ce mercredi 10 mars 2021, alors que les salarié.e.s de la DRAC ont été renvoyé.e.s chez eux par ordre préfectoral, les professionnel.le.s du spectacle ont décidé d’occuper l’opéra Graslin à Nantes. Les occupant.e.s de l’Odéon ne sont pas entendu.e.s, nous les rejoignons donc pour amplifier l’état d’urgence, socialet culturel !

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Depuis 1an, nous,travailleuses et travailleurs de la culture, sommes empêché.e.s de travailler et de vivre de nos métiers. Les conséquences d’une politique de santé désastreuse font massivement peser sur les populations des mesures restrictives et privatives de liberté. Pendant que les lieux de grande consommation tournent à plein régime, les lieux de culture restent fermés, les festivals sont annulés et l’espace public reste interdit aux rencontres artistiques. Le gouvernement accorde des soutiens massifs aux grandes entreprises tandis qu’il compte faire plus d’un milliard d’euros d’économie sur le dos des chômeuses et des chômeurs, dont le nombre ne cesse d’augmenter, et pour lesquel.le.s les conditions de vie sont de plus en plus insupportables.

NOUS EXIGEONS:
- Un retrait pur et simple de la réforme de l’assurance chômage.
- Un plan massif de soutien à l’emploi en concertation avec les organisations représentatives, les salarié.e.s de la culture.
- La réouverture immédiate des lieux de culture au public dans des conditions définies en concertation avec les professionnel.le.s concernés.
- Une prolongation de l’année blanche et son élargissement à tous les travailleur.se.s précaires, ainsi qu’une baisse du seuil d’accès à l’indemnisation chômage pour les primo-entrant.e.s ou intermittent.e.s en rupture de droits.
- Des mesures d’urgence pour garantir l’accès aux congés maternité et maladie pour tous.tes les travailleur.se.s à emploi discontinu ainsi qu’aux autrices et auteurs.
- Des moyens pour garantir tous les droits sociaux:retraite, formation, médecine du travail, congés payés...
- Une réunion du CNPS (Conseil National des Professions du Spectacle) en présence du Premier Ministre.
- Le libre-accès au bâtiment et à la place Graslin durant toute l’occupation.

Pour soutenir ces revendications et pour soutenir l’occupation de l’opéra Graslin, nous vous appelons à venir nombreux.ses pour une Agora à13h, Place Graslin et à amplifier le mouvement : occupons, occupons, occupons!

L’Assemblée Générale des occupant.e.s de l’Opéra Graslin

Soutenue par Les collectifs Rage de l'Art, L'Art en Grève, Culture en Lutte, Réveiller les Vivants, L'intersyndicale Employeurs/Salarié.e.s ( SYNAVI,SNSP, SYNDEAC, SMA, PROFEDIM, SCCC, FEDERATION CGT-Spectacle)#Occupationgraslin

Commentaire(s)

> à vous

Salut à vous, travailleurs et travailleuses du spectacle,

Ces temps, vous menez une lutte afin de pouvoir de nouveau vivre "normalement" de votre métier. Vous devez donc pour cela vous battre comtre un état qui visiblement éprouve un véritable mépris envers votre secteur. Bachelot, votre ministre de tutelle, n'est sans doute pas le meilleur soutien que vous avez dans le camp ennemi...
En temps normal, tout au fil de leur vie, d'autres que vous vivent dans une précarité incomparable à la votre.
Vous qui de près ou de loin avez en ces temps "normaux" (et auprès d'un très large éventail de publics) la possibilité de vous engager activement et courageusement pour un monde meilleur, plus juste, votre mot à dire pour de lutter contre toutes ces guerres, toutes ces mafias politico économique, contre ce capitalisme engluant qui ravage notre planète et crée une misère mortifère, contre cette fausse démocratie qui une fois le buletin dans l'urne permet aux bon.ne.s citoyen.ne.s de se boucher les yeux, les oreilles, et la bouche... vous qui tout du long de vos vies profitez du relatif confort obtenu en grande partie grâce au pillage de ressouces arrachées à d'autre endroits de la planète... Vous qui en temps "normal" ne vous positionnez contre (ni ne vous fâchez avec) les ordures qui tirent les ficelles et subventionnent vos activitées pour vous garder de leur bord...
Sachez que pour moi votre lutte est égoïste et que votre manque de solidarité flagrante lors des autres luttes, celles du temps "normal", votre habituelle corruption si facilement acceptée me font gerber!
Bien sûr, il y en a parmi vous qui luttent activement contre cette machine qui nous broie et ma colère n'est pas dirigée contre elles et eux.
Pour les autres recevez tout mon mépris.

> Communiqué du 22 mars 2021

Communiqué de presse du 22 mars 2021
Occupation Graslin

Depuis quinze jours, les théâtres sont occupés sur tout le territoire. Plus de soixante-dix lieux désormais ! Les agoras tenues tous les jours à 13h devant Graslin sont une énorme lessiveuse où se déversent les misères d'une société fracturée mais aussi où se profilent les contours d'une lutte dépassant largement les revendications sectorielles de la culture. Dans cette lutte, c'est bien d’un choix de société qu’il s'agit. L'écho de nos occupations est énorme à Nantes comme ailleurs, sans que soit encore bien compris le terreau de cette lutte et ses ambitions. C'est donc le moment de rappeler nos revendications et de revenir sur quelques malentendus ou idées reçues qui se font jour çà et là :

1- OUI le Théâtre Graslin est occupé. Mais il ne l'est pas par les seul.e.s intermittent·e·s du spectacle mais par l'ensemble des professionnel.le.s de la culture : artistes et technicien.ne.s du spectacle, autrices et auteurs, salarié.e.s d'associations culturelles, étudiant.e.s en formation culturelle (Conservatoire, Université...)...

2- Oui nous voulons la réouverture des espaces de rencontres artistiques avec le public puisque les récentes études sanitaires ont montré que, grâce aux protocoles, elle ne serait pas source de nouvelles contaminations. Mais sans un plan massif de soutien à l'emploi et de reprise de l'activité, cette réouverture serait vaine car elle ne prendrait pas en compte la situation catastrophique dans laquelle se trouvent aujourd'hui nombre d'artistes et technicien.ne.s du spectacle, de petites compagnies ou collectifs d'artistes, de petits lieux de spectacle.

3- Oui notre lutte est sectorielle. Mais elle n'est pas corporatiste. Bien sûr nous exigeons des mesures d'urgence pour soutenir les caisses sociales spécifiques du spectacle (retraite, formation, médecine du travail, congés spectacle...) dont l'existence est aujourd'hui menacée par la baisse des cotisations. Bien sûr nous exigeons aussi la sauvegarde du régime d'assurance chômage de l'intermittence du spectacle : prolongation de l'année blanche et baisse immédiate du seuil d'accès à l'indemnisation chômage pour les primo-entrant·e·s et intermittent·e·s en rupture de droits. Mais nous demandons aussi son élargissement à tous les travailleur·se·s précaires qui sont les variables d'ajustement d'un système qui profite surtout aux grandes fortunes.

4- Oui notre lutte prend appui sur la situation du secteur culturel. Mais notre première revendication est l'abrogation de la réforme de l'assurance chômage qui, en pleine crise, risque d'accroître la paupérisation d'un très grand nombre de salarié.e.s et de demandeur.euse.s d'emploi. Nous voulons aussi que soient garantis tous les droits sociaux, en particulier congés maternité et maladie, pour tous les salarié·e·s à emploi discontinu et les artistes auteurs.trices.

5- Oui nous tentons de sauvegarder l'emploi culturel. Mais notre lutte n'est pas une lutte de "privilégié·e·s". L'une de nos revendications principales concerne des moyens et des mesures pour la jeunesse qui se retrouve aujourd'hui dans une grande précarité et vit difficilement l'insertion professionnelle.

6- Oui beaucoup d'entre nous bénéficient du régime d'assurance chômage dit de l'intermittence du spectacle. Mais celle-ci n'est pas un statut. Le salariat ou la fonction publique le sont. À cet égard, nous nous opposons à la transformation du régime de la fonction publique qui a des effets délétères sur l'ensemble du secteur culturel.

7- Oui nous occupons jour et nuit le Théâtre Graslin. Mais notre occupation n'est pas une fête. Elle est une lutte sociale qui établit un rapport de forces avec un Gouvernement resté à ce jour totalement sourd à nos revendications. Une lutte sociale qui s'amplifie à travers tout le pays et qui va désormais passer à de nouvelles actions de blocages et de perturbations.

Les occupant·e·s du Théâtre Graslin

> 2 semaines d'occupation

Déjà deux semaines que le théâtre Graslin est occupé par les travailleurs et travailleuses du spectacle et de la culture.
Nationalement, nous en sommes à 78 lieux de culture occupés !

Ces occupations nous offrent un espace de convergence et de discussion qui fait du bien dans cette période de crise sanitaire. Graslin est devenue le point d'arrivée de toutes les manifs, livreurs à deux roues, santé-social, marche climat, Carnet... Une matérialisation symbolique de la convergence des luttes. Chaque jour on y croise également des salarié.e.s de différents secteurs, des militant.e.s de différentes organisations syndicales associatives ou politiques. Tous les midi, à 13h, a lieu une agora avec des prises de parole libres sur la place Graslin.

Des journées thématiques sont organisées, calées sur les mobilisations ayant lieu le jour même. Les acteur-ices de ces luttes sont invité.es à venir s'exprimer à l'agora et/ou proposer des actions ou performances.
Jeudi 25 mars la journée sera consacrée à la mobilisation contre la loi fonction publique, vendredi 26 mars un grand débat aura lieu contre la loi assurance chômage, samedi 27 c'est le logement, en lien avec la manif organisée par le DAL 44 - Droit Au Logement Loire-Atlantique
. Dimanche 28, la Commune de Paris !

La revendication première de ce mouvement d'occupation reste le retrait de la loi assurance chômage. Mais beaucoup de directeurs de lieux et de patrons de la culture ont rejoins le mouvement pour mettre en avant la seule question de la réouverture. Une question davantage mise en avant dans les médias que les revendications sociales des salarié.es du secteur ! Une flopée d'élus et politiciens de "gauche" tentent également de vernir leur image à coup de grands discours sur la culture ! Mais encore une fois on y perd les revendications premières. Autre piège, bien évité pour le moment, c'est l'enfermement dans la routine de l'occupation et l'isolement qui peut en suivre. De ce point de vue la mise en place d'actions contre la réforme de l'assurance chômage tous les vendredis est une bonne chose !