"Hold-Up" : une analyse politique du complotisme

Mis a jour : le mardi 17 novembre 2020 à 14:06

Mot-clefs: Médias Resistances complotisme coronavirus
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En 2020, le complot, ça fait vendre. Il n’y a qu’à voir le récent succès du rappeur Freeze Corleone, qui surfe sur les histoires de pédophiles satanistes et de nouvel ordre mondial pour se dire que le climat est propice à ce genre d’affabulations. Et pour cause, la pandémie de COVID-19 et son atmosphère anxiogène laissent aux imaginations les plus débridées l’espace pour voir des conspirations partout.

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Depuis quelques jours, un “documentaire” provoque des émules sur les réseaux sociaux et hérisse le poil des journalistes. En effet, “HoldUp”, se présente comme une série de révélations au sujet de l’épidémie de COVID-19. Très attendue, la production avait récolté plusieurs centaines de milliers d’euros en financement participatif. 
Si on devait pitcher le film, on dirait qu’en réalité, le COVID est un virus fabriqué en laboratoire par les élites (Bill Gates et Rockfeller en tête) pour implanter des cryptomonnaies fonctionnant grâce à la 5G dans nos corps par le biais des vaccins. Tout serait prévu pour créer “the great reset”, à savoir un nouveau gouvernement mondial dont nous serions tous esclaves (rien que ça).

De nombreuses rédactions ont commencé à sortir des articles de fact-checking pour démonter les contre-vérités présentées dans le film (LibérationLe HuffpostFrance InfoLe ParisienLe Monde). Au Poing, on s’interroge surtout sur la construction du discours tenu par le film et ce qu’il veut dire en creux. Qui sont les gens qui ont contribué à réaliser ce film ? Comment le propos est amené, et pourquoi on pourrait y croire ? Et surtout, quel propos politique sous-tend le film ? Le Poing vous propose un voyage au pays des conspi’ aux fort penchants de droite.

Le casting du film : gratin de la complosphère française

Avant de s’intéresser au propos tenu par le film, il parait important de dresser le pedigree des réalisateurs et des intervenants :derrière la production on retrouve Nicolas Réoutsky, producteur du film Thanatos, l’ultime passage, qui raconte l’expérience de gens qui auraient vu l’au-delà. Son collègue Pierre Barnérias, le réalisateur est lui aussi porté sur le mysticisme : il a réalisé M et le troisième secret, une “enquête” sur des apparitions de la Vierge Marie.

Les deux comparses savent bien s’entourer : dans “Hold-up”, on retrouve une grande partie de la complosphère française : des cathos tradis d’extrême-droite tendance Civitas, créationnistes anti-avortement (Alexandra Henrion-Caude et Valérie Bugault, intervenante du média d’extrême droite TV Libertés), Silvano Trotta , un Youtubeur pro-Trump qui explique que la lune est artificielle…-ou l’avocat souverainiste Régis de Castelnau, accusé de complicité de trafic d’influence. On trouve également dans ce film la nébuleuse qui gravite autour de France Soir (ancien journal devenu une plateforme alimentée par des bénévoles) et qui sont membres de l’association BonSens, un « lobby citoyen », fondée par l’ex-députée LREM Martine Wooner, très critique de la crise sanitaire et qui a relayé beaucoup de fake-news sur l’épidémie de COVID-19.

Le film rassemble aussi une flopée de pseudo-experts aux CV entachés ou aux diplômes falsifiés, avec Christian Perronne en tête de file. Ce chef du service maladies infectieuses à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches, partisan de Didier Raoult et de son protocole s’est fait connaître pour ses thèses controversées sur l’origine de la maladie de Lyme (qui serait due à une prolifération cachée de tiques modifiées par un chercheur nazi).

On peut également évoquer Luc Montagnier, professeur et directeur du Centre de biologie moléculaire et cellulaire au Queens College de l’université de la ville New York, avant de prendre la direction d’un institut de recherche à l’université Jiao-tong de Shanghai. Depuis la fin des années 2000, il multiplie les prises de positions sans rapport avec les connaissances en biologie et en médecine et dépourvues de tout fondement scientifique. Il défend notamment les théories de la « mémoire de l’eau » de Jacques Benveniste, de la téléportation de l’ADN et prend position contre les vaccins.

En plus de ces médecins très contestés, plusieurs “experts” de pseudo-sciences, tous septiques au sujet des vaccins : les naturopathes Miguel Barthéléry et Astrid Stuckelberger, l’homéopathe Edouard Broussalian…Mention spéciale à Jean Dominique Michel, “anthropologue” sans diplôme, et à Nadine Touzeau, “profiler” qui pratique la Physiognomonie. Pour rappel, la physiognomonie connut son essor au XIXe siècle, en particulier avec les thèses du criminologue Cesare Lombroso, portées dans son ouvrage L’Homme criminel (ce qui vaut encore à cette théorie d’être parfois appelée le lombrosianisme). Cette théorie permit notamment l’avènement d’une école positiviste italienne, qui visait à « mettre la science au service de l’ordre social ».Cette théorie a été profondément critiquée par le corps médical, des philosophes, ainsi que par des juristes. Dénuée de méthodologie scientifique, cette pseudo-science est, d’après ces critiques, un élément du mouvement de racisme scientifique qui s’est développé au cours du XIXe siècle, et du nazisme.

Seule “erreur de casting”, Monique-Pinçon-Charlot, sociologue nettement marquée à gauche, qui s’est depuis désolidarisée des propos du film. (elle y tient quand même un propos très problématique, nous y reviendrons).

Donc si on résume, ce documentaire est un melting pot de cathos-tradi d’extrême droite anti-science, de pseudo-experts anti-vaccins et de complotistes aux idées elles aussi très à droite. On ne peut à ce stade que douter de la légitimité du discours tenu par cette joyeuse clique, et pourtant…

« Y a des choses fausses, mais y a aussi du vrai, non ? »

Cette phrase récurrente sur les réseaux sociaux, sans le savoir, synthétise parfaitement la mécanique du complotisme. Utiliser des choses vraies, ou vaguement vraies, des statistiques souvent sorties de leur contexte ou extrapolées, des figures plus ou moins reconnues (ministre, prix Nobel de telle ou telle discipline, ce qui n’a jamais empêché quiconque de dire des âneries), etc.

En effet, une partie des constats présentés dans « Hold-Up » sont justes. Les décisions des gouvernements sont parfois arbitraires, souvent incohérentes, et découlent de la logique propre à ces dirigeants : celle d’administrer le capitalisme, c’est-à-dire de valoriser les propriétaires et d’exploiter les travailleurs. D’où l’autoritarisme et l’apparente incohérence qui, si on se donne la peine de l’analyser de plus près, n’est pas si incohérente que ça. Il s’agit de la préservation illusoire de « l’économie », perçue par nos dirigeants comme une abstraction séparée de la société.

On dirait parfois que les auteurs du documentaire, et les personnes qu’ils interrogent, redécouvrent l’eau tiède. Oui, les gouvernements mentent et dissimulent. Il suffit de regarder le passé récent pour s’en rendre compte : Lubrizol, la pollution de la Seine au plomb après l’incendie de Notre-Dame, ou, un peu moins récemment, les prétendues armes de destruction massive en Irak ou encore le nuage de Tchernobyl. A la fois pour maintenir l’ordre, comme ils disent, se défausser de leurs responsabilités et échapper au discrédit, les dirigeants mentent, et mentent grossièrement, d’autant plus à l’ère d’Internet et des réseaux sociaux où tout est vérifiable. Dommage que certains débusquent ces mensonges pour aussitôt nous resservir un discours trompeur, comme c’est le cas ici.

Ce qui frappe immédiatement au visionnage de ce documentaire prétendument iconoclaste, c’est le manque de « fraîcheur », de nouveauté, de la plupart des théories qu’il avance. Le mythe de l’efficacité de l’hydroxychloroquine, le faux scandale du Rivotril ou des tests PCR… Tous ces sujets mis sur le tapis depuis l’hiver dernier ont maintes fois été rigoureusement traités par des spécialistes de ces questions. Mais dans le monde merveilleux des « faits alternatifs », si chers à Donald Trump, les voilà qui renaissent et prospèrent.
Le Poing n’ayant pas vocation à faire du « débunkage » mais de l’analyse politique, nous nous contenterons de renvoyer le lecteur vers quelques sources, notamment des threads de Samuel Alexander, docteur en biologie bien connu (et jusque-là apprécié) des Gilets jaunes pour ses recherches sur la dangerosité des gaz lacrymogènes.

Incohérences et révélations farfelues

Même sans grandes connaissances scientifiques, il est facile de comprendre à quel point les « révélations » de ce documentaire sont au mieux farfelues, souvent dangereuses. Par exemple, l’une des preuves avancées pour expliquer que la pandémie actuelle a été fabriquée de toutes pièces, c’est que plusieurs scientifiques et politiques avaient annoncé par avance l’actuelle deuxième vague. « Hold-Up » sous-entend qu’il s’agit donc d’une construction machiavélique, organisée depuis des années, en s’appuyant notamment sur des simulations bâties pour l’OMS dans les années 2000 pour se préparer à de futures épidémies (le gouvernement Français en avait en outre fait de même, avant de liquider, pour des raisons budgétaires, tous les éléments de son « plan pandémie »). Il suffisait pourtant de se repencher sur l’histoire de la mal-nommée « grippe espagnole » du siècle dernier pour comprendre qu’une deuxième vague, et même une troisième et une quatrième, étaient, sinon inéluctables, au moins fort probables.

De manière surprenante, le documentaire aligne, contre le port du masque, une série d’arguments que ne renierait pas Sibeth Ndiaye, notamment sur leur mauvaise utilisation qui engendrerait de nouvelles contaminations, d’autant que beaucoup réutilisent des masques qu’ils auraient dû jeter à la poubelle. Certes, mais au lieu d’en tirer la conclusion qu’il ne faut donc pas porter le masque, les auteurs de « Hold-Up » pourraient plaider pour leur gratuité, afin de garantir qu’ils ne soient pas réutilisés, et pour une meilleure pédagogie sur la façon de les porter. Il est clair que les masques n’empêchent pas la transmission du virus, mais, ajoutés à d’autres gestes-barrières, ils permettent d’enrayer la diffusion de l’épidémie. Une utilisation raisonnée de cet outil est donc possible, en le cantonnant aux personnes symptomatiques et aux lieux publics fermés par exemple.

Le cas Raoult

Très présent dans le documentaire, le cas du Professeur Raoult mérite qu’on s’y arrête. Ce dernier serait un homme dévoué et héroïque qui se battrait, quasiment seul, contre l’horrible « Big Pharma ». Quand bien-même il a fait sa carrière entière grâce à Big Pharma (notamment Sanofi) et a été et est toujours soutenu par une grande partie du monde politique, surtout de droite (Douste-Blazy, Muselier, Estrosi…). Il a même reçu la visite de Macron et l’approbation, plus mesurée, de Mélenchon. L’antisystème logé, nourri, choyé au cœur de celui-ci aurait donc un remède miracle à sa portée. Etrangement, ce médicament, utilisé selon Raoult et ses aficionados par plus de la moitié de la planète pour traiter le Covid-19, n’a aucune étude rigoureuse à présenter pour faire la preuve de son efficacité. Les seules qui s’y risquent se trouvent dans des revues prédatrices, où il suffit d’aligner les biftons pour être publié.

Mais sans revenir sur la controverse médicale en elle-même, un élément du discours de Raoult et de ses groupies interroge l’esprit. D’un côté, le druide marseillais affirme que le Covid est une « grippette » sans grand danger, qu’il ne sert à rien d’en faire tout un foin. Elle passera d’elle-même. En un sens, on pourrait lui donner raison : hormis dans ses formes graves, le Covid-19 se traite avec du doliprane et quelques jours de repos (bien que les séquelles qu’il laisse soient encore en partie inconnues). Mais, d’un autre côté, Raoult explique que s’il n’a pas conduit de protocole en double-aveugle rigoureux pour démontrer l’efficacité de sa potion, c’est qu’en période d’épidémie, on n’a pas le temps d’attendre. Des gens meurent, il faut agir ! Curieux, non ? La grippette n’est pas assez grave pour s’inquiéter, mais trop grave pour respecter les formes et les traditions de l’épidémiologie. Le documentaire s’enfonce lui aussi dans ce même double-discours : l’épidémie est à la fois bénigne, voire imaginaire, et en même temps un nouvel holocauste, rien que ça !

Avec la chloroquine, « Hold-Up » ouvre une porte dangereuse, en partant d’un élément bien réel : les études médicales, même dans les revues reconnues, sont de plus en plus sujettes à caution, et depuis longtemps critiquées par des consciences de la profession, comme en atteste l’épisode rocambolesque de l’étude du Lancet, évoquée avec gourmandise dans le film. Mais la réponse apportée par le documentaire, fidèle à celle de Raoult, consiste à s’affranchir de toute rigueur et de nier l’intérêt des protocoles en double-aveugle ou des relectures par des pairs pour s’en remettre à l’autorité de tel ou tel, aux sentiments et aux sondages (dont Raoult raffole).
L’émergence de personnages comme Raoult, dans une période d’incertitude et de chaos, est de nature à déstabiliser durablement nos sociétés, et le documentaire « Hold-Up » en est une conséquence directe. Celui-ci a offert une histoire alternative de l’épidémie, et de nombreuses personnes s’y sont engouffrées, car le récit officiel était trop incertain et trop déprimant. Mieux vaut un bon complot machiavélique qu’un enchevêtrement de décisions plus ou moins autoritaires doublées souvent d’une incompétence crasse.

La responsabilité des “élites”

Il nous faut ajouter que les mal-nommées « élites », en pleine « crétinisation » collective selon le mot d’Emmanuel Todd, n’aident pas beaucoup à diffuser des positions claires et nuancées. On l’a dit, la classe dominante est là au titre d’un projet de société particulier, fondé sur la propriété privée des moyens de production et l’exploitation de l’homme et de la nature par une poignée de profiteurs. Ces « établis » (plus que des élites, les gouvernants forment un « établissement », c’est-à-dire qu’ils ont acquis des positions dans l’appareil d’Etat, productif et médiatique et exercent leur pouvoir depuis elles) ont en outre la sale manie d’être eux-mêmes complotistes. Il n’est pas rare de voir, par exemple, un fondé de pouvoir affirmer dans la presse que, derrière telle ou telle mobilisation sociale (comme les Gilets jaunes), c’est la main du gouvernement russe, ou d’un obscur groupe d’influence, qui agit.

Mais au-delà de ces délires fréquemment diffusés à des heures de grande écoute, le pouvoir le plus important aux mains de ces établis, notamment journalistiques, réside dans leur capacité à invisibiliser des sujets (les violences policières, notamment dans les quartiers, les souffrances des personnels soignants et enseignants, etc.) pour ne servir que la soupe gouvernementale, en boucle et sans distance critique. La propagande gouvernementale est relayée sans ciller, même quand les mensonges crèvent les yeux.
Quant aux journalistes d’investigation, qui travaillent par exemple sur les liens entre les pouvoirs et l’industrie pharmaceutique, ils sont peu audibles. De fait, les grands médias laissent un vide dans le débat et créent le malaise. Quelque chose n’est pas dit, de toute évidence. La nature ayant horreur du vide, c’est là que surgissent les opportunistes.

Les médias mainstream sont d’ailleurs largement responsables de l’émergence de personnages comme Didier Raoult, à qui ils accordent énormément de temps d’antenne en les plaçant généralement face à des « contradicteurs » hors de leur spécialité, incapables de leur donner la réplique. Dans une seule logique : faire de l’audience, quitte à contribuer à diffuser des discours dangereux et mensongers.

Il est enfin important de rappeler que le débat médical et scientifique ne peut pas être mené à la schlague, et il est normal que des citoyens fassent entendre leurs préoccupations sur tel ou tel sujet. Il ne sert à rien d’y répondre de manière dogmatique. Un des principaux problèmes du moment réside dans la difficulté à mener un débat audible, nuancé, qui accepte des opinions discordantes.

“A qui profite le crime ?” Un discours qui penche bien à droite

Derrière le propos critique envers les multinationales véreuses et les Etats autoritaires qui ne pensent qu’à s’enrichir dans une mondialisation effrénée, on pourrait presque y trouver une analyse anticapitaliste. Mais celle ci est plus romantique que matérialiste, et se base sur des abstractions métaphysiques niant toute la complexité des systèmes de dominations (c’est : élites contre les pauvres gens, le peuple éclairé contre une oligarchie corrompue). Et si on pousse l’analyse du discours plus loin, on y retrouve tous les éléments centraux des théories conspirationnistes d’extrême droite. Le raisonnement purement manichéen se poursuit dans une opposition claire entre science et nature : selon le film, le virus a été crée par l’homme -donc par la science-. C’est la nature qui nous a sauvé du virus car il serait lui-même devenu moins dangereux en mutant, se débarrassant des souches de malaria que l’institut pasteur lui aurait inoculé (ouioui, tout à fait, on a plus qu’à remercier le bon dieu de nous avoir sauvé la mise).

Même chose pour la critique de la 5G ou du transhumanisme : ce n’est ni l’impact environnemental que ces technologies pourraient avoir ou la question de qui possède les moyens de productions qui gênent les intervenants du film (questions qu’il faudrait pourtant se poser). La critique porte essentiellement sur une utilisation fantasmée de ces technologies qui seraient en rupture avec une éthique religieuse. Ce discours anti-science récurrent dans l’extrême droite se double d’un autre aspect bien connu des conspi de la fachosphère : le complot juif. En effet, Rockfeller et la CIA -cités comme acteurs du “great reset” dans le film- sont des cibles qui reviennent souvent dans les théories du complot dont la thèse est que les juifs sont une élite qui dominent le monde en secret. (On retrouve également cette rhétorique chez Soral, Dieudonné, ou plus récemment chez le rappeur Freeze Corleone que nous citions en introduction).

Là où le bat blesse, c’est quand des gens qu’on pense être des alliés viennent donner du crédit à ces thèses en comparant le COVID à l’holocauste (Oui Monique, on ne s’en remet pas). Ce discours produit un double effet : une minimisation du génocide juif au profit d’un autre, qui serait actuellement orchestré par nos élites (juives, du coup). Cet inversement des faits et des valeurs est au centre de la doctrine négationniste et néo-nazie. Attention, nous ne disons pas ici que Monique Pinçot-Charlot est une néo-nazie, mais cette assertion dans un film complotiste produit un discours qu’on peut clairement assimiler à de l’antisémitisme voilé.

Ne manquait à ça que des affabulations sur la pédophilie pour que le film réussisse à caser toute les fantasmes qui nourrissent les théories complotistes d’extrême-droite (les réseaux pédo-satanistes, c’est bien ça dont on parle ici).Quand une intervenante parle des effets néfastes du confinement elle évoque des chiffres surestimés sur les viols d’enfants en en évoquant “12 000 par jours”, soit près de 4 millions par ans. Or, les décomptes réalisés par des associations de protection de l’enfance parlent de 160 000 viols par an, bien que ces chiffres soient difficiles à établir.

Cette lubie de l’extrême droite pour la pédo-criminalité se retrouve récemment dans les théories et le mouvement Qanon. Né aux USA et importé en Europe pendant la crise du coronavirus, la thèse de cette théorie du complot serait que Donald Trump serait actuellement le dernier rempart contre un immense réseau pédo-sataniste contrôlé par la CIA et d’autres magnats de la finance et des nouvelles technologies (avec un fort relent de racisme et d’antisémitisme). Et Justement, Donald Trump est évoqué dans le film comme le seul qui n’adhérerait pas à la grande machination du“Great reset”. Bingo, ou plutôt… kamoulox.

En clair, ce film regorge de tous les éléments constituant la matrice de toutes les théories du complot d’extrême droite, Mais là où il fait fort, c’est que ces éléments sont savamment distillés au milieu de constats que partage tout un chacunPas étonnant, quand on se rappelle le pedigree des intervenants. Encore moins étonnant de voir l’Action française (groupuscule d’extrême droite royaliste et antisémite) partager la promo du film sur son site internet.

Un anticapitalisme qui s’ignore

Et pourtant, parfois, sous le complotisme (qui trouve plus de confort à s’imaginer un monde aux prises avec une élite dégénérée pédosataniste que de concevoir l’existence d’une bourgeoisie hors-sol qui pille et détruit la planète pour son propre compte et sabre le champagne en guettant l’apocalypse), affleure un discours anticapitaliste qui s’ignore. « Hold-Up » n’échappe pas à la règle, et s’il réinvente régulièrement l’eau tiède, il pourrait offrir à ses spectateurs quelques pistes plus fertiles que ses nombreux sous-entendus antisémites et la glorification de personnages loufoques.

Il pourrait par exemple signaler que le désastre que nous traversons actuellement est le fruit de dizaines d’années d’austérité. Que si la France n’avait pas bradé ses services publics, ses hôpitaux pourraient mieux faire face aux vagues de malades. Que nous avons besoin de personnels, dans les CHU, les écoles, les EHPAD, ainsi que de locaux et de moyens techniques pour affronter les épreuves diverses. Que la logique du flux tendu, de la tarification à l’acte, du moins-disant social est mortifère et proprement criminelle dans un pays aussi riche que le nôtre.

« Big Pharma », si souvent citée, n’est pourtant traitée que sous un angle quasi-mystique. On nous parle d’un monstre sans nom et sans visage aux multiples tentacules, qui gouverne déjà le monde en sous-main… Non ! Les actionnaires de l’industrie pharmaceutique ont des noms, des visages, des relais politiques. « Hold-Up » pourrait nous proposer de confisquer les brevets et les titres de propriété de ces grandes entreprises qui font de la maladie un business pour les mettre en gestion collective, plutôt que d’ouvrir des pistes absconses menant à des impasses. Rappelons qu’un Trump, érigé subtilement en héros par le documentaire, a largement accru le pouvoir et les bénéfices des grandes sociétés aux Etats-Unis en liquidant le peu d’impôts dont elles devaient s’acquitter et en supprimant toutes sortes de normes, notamment environnementales.

« Hold-Up » se vautre d’ailleurs allégrement dans le mythe du gouvernement mondial. Il serait absurde de nier qu’il existe, dans certains secteurs de la bourgeoisie, le fantasme de transcender toutes les frontières (commerciales) et de soumettre l’ensemble des travailleurs du monde à un joug unique, forme parfaitement aboutie de la division du travail. L’Union Européenne telle qu’elle est bâtie est une tentative allant dans cette direction. Or, il est clair que c’est un mirage. Les identités nationales et même régionales, les résistances étatiques (parfois égoïstes) à l’uniformisation et les multiples rivalités entre les pays y font nettement barrage. On ne gomme pas l’histoire d’un trait de plume, et celle du capitalisme est aussi traversée de luttes intestines pour la domination. Malheureusement, la réponse à ce genre de projets mortifères est bien souvent nationaliste et autoritaire, quand elle devrait être internationaliste et créatrice de possibles.

Voilà une réponse rationnelle aux dérives de nos dirigeants ! La démocratie réelle, active et directe, et l’autogestion populaire de tous les aspects de nos vies.

Pour conclure, qu’apporte un tel documentaire ? Que cherche-t-il à accomplir ? La réponse est évidente : faire du fric, avant toute chose. Il y a un business de la fausse dissidence, ouvert par des Soral et des Dieudonné. Ces flux de données, d’intervenants, de « on dit », nourrissent la confusion et, au fond, l’impuissance.

C’est un film qui désarme les gens, donc qui sert l’ordre social en place dans une sorte de fatalisme où tout est déjà joué d’avance.. L’ennemi à abattre est trop opaque, trop puissant, trop ancré. Pourtant, à partir de certains constats justes apportés par « Hold-Up », il serait tout à fait possible, par une approche matérialiste, d’ouvrir une critique opérante. Cela nécessiterait évidemment une analyse concrète de la situation concrète, qui passe par la recherche des causes, aussi bien fortuites que structurelles (surtout structurelles), de la crise actuelle.

https://iaata.info/Hold-Up-une-analyse-politique-du-complotisme-Le-Poing-4495.html

Commentaire(s)

> pas de commentaire possible alors

j'avais poster deux textes en commentaires suite a ce texte
un qui parlait de la liberté d'expression quoi qu'on pense de hol up. et un autre qui parlais du complotisme chez les anticomplotismes.
je suis certaine qu'il s'agissait là d'un debat
pas même sur hold up mais sur la bien pensance qui ce crois si droite en le descendant d'une piece et pour qui c'est plus facile de crier avec les loups au complotisme que de se poser des questions sur tout le tintouin autour du covid

> risqué

mais n'est-ce pas un peu risqué de parler du covid sur indymedia ?
n'est-ce pas un peu risqué de dire que c'est risqué de parler du covid sur indymedia ?

> Ouf!

Je n’étais pas venus sur indymedia depuis longtemps, très longtemps... or, je cherchais un discours, que je comprenne, je me sentais seul face à cet hold up populiste cherchant à attendrir et à faire pleurer dans les chaumières .
Donc non ce n’est pas risqué diffuser un tel discours, bien au contraire.
En cette période trouble il est bon de voir que certains gardent encore les pieds sur terre.
Merci.

> @ ouf

non, ce qui est surement un peu risqué c'est de parler de covid (mais tu veux pas l'entendre)
ça parler de "prise d'otage" populiste non c'est sûr tu as le droit...

et moi je rage d'etre obliger d'aller chercher chez "les populistes" (comme toi tu les appelle) une critique radicale de la gestion d'une population au pretexte d'un nouveaux virus.
non on as a peut pres pas le droit de parler covid et de ce qu'on en pense sur indy comme aupres d'une partie du milieu militant qui a viré sa cutie du coté du principe de précaution et de l'alarmisme
(si c'est pas du populisme ça!)

> ça va loin là

"Mais la réponse apportée par le documentaire, fidèle à celle de Raoult, consiste à s’affranchir de toute rigueur et de nier l’intérêt des protocoles en double-aveugle ou des relectures par des pairs pour s’en remettre à l’autorité de tel ou tel, aux sentiments et aux sondages (dont Raoult raffole).
L’émergence de personnages comme Raoult, dans une période d’incertitude et de chaos, est de nature à déstabiliser durablement nos sociétés, et le documentaire « Hold-Up » en est une conséquence directe."

donc pour les test en double aveugle c'est ma mere ou bien ton grand pere qui va avoir de l'eau sucrée ??
la clorotruc est un vieux medoc pas cher et dont les effets secondaires sont connus et QUI A ETE RETIRER DE LA VENTE libre juste avant l'epidemie en france ! tu en doute aussi de ça ?

c'est qui ou quoi qui est de nature a destabilisé notre societe ? hé mais tes ouf toi ! tu la vois stable ta belle societe ? decidement on vie pas dans le même monde !

> pas trop loin

Le virus est un sujet casse-gueule comme la question du virus et des médicaments. Autre sujet celui de la réction du milieu militant face à ces questions.
C'est pas simple. Un texte sur ces questions est d'ailleurs en débat depuis plus de six mois du Indy ! Ici : https://nantes.indymedia.org/articles/49789

> ...

"un qui parlait de la liberté d'expression quoi qu'on pense de hol up. et un autre qui parlais du complotisme chez les anticomplotismes. "

Oui, oui ! Et les antifascistes sont des fascistes, et les féministes sont sexistes etc. On connait la chanson !

"et moi je rage d'etre obliger d'aller chercher chez "les populistes" (comme toi tu les appelle) une critique radicale de la gestion d'une population au pretexte d'un nouveaux virus. "

Cherche mieux. Y'a eu plusieurs textes publiés sur Indymedia qui critiquaient très vertement les mesures gouvernementales et tout ce qu'elles induisaient. Même sur Libération ou Le Monde y'avait des textes intéressants. Même sur Youtube on peut trouver des analyses sensées épidémiologiques et politiques. Si t'es "obligé" d'aller chercher tes infos chez des gens qui les prennent eux-mêmes au sein de tout ce qui tombe du ciel numérique de Facebook, c'est sans doute que t'as un peu envie d'y aller.
Ceci étant dit je t'accorde que la réaction de beaucoup de gens face à cette épidémie n'a consisté en rien d'autre qu'à suivre bêtement les directives de l'Etat en s'abritant derrière un principe de précaution dont personne ne parlait avant. Et ça, c'est moche.

"donc pour les test en double aveugle c'est ma mere ou bien ton grand pere qui va avoir de l'eau sucrée ?? "

Passons la tentative un peu vilaine de jouer sur l'affectif pour réfuter un protocole, mais... sais-tu seulement ce qu'est le double aveugle et à quoi il sert ? Oui, certaines personnes recevront de l'eau sucrée, c'est pour éviter de donner un médoc à tout le monde pour qu'on se rende compte un an plus tard que ça sert à rien voire, pire, que c'est dangereux. Dans un monde où le respect de ces règles ne protège même pas toujours de la rapacité des capitalistes de la pharmacie, je trouve ça étonnant de vouloir s'en séparer...

"la clorotruc est un vieux medoc pas cher et dont les effets secondaires sont connus et QUI A ETE RETIRER DE LA VENTE libre juste avant l'epidemie en france ! tu en doute aussi de ça ?"

Oui, et ? Vu que ça sert à rien on s'en fout non ? Dans la majorité des cas les gens prennent des Doliprane et passent quelques jours au lit. Le Doliprane est-il toujours disponible en pharmacie ? Combien de médicaments sont retirés de la vente chaque année ?

> d'ailleur je suis pas loin de penser que tu fait partie du complot

ben t'es pas honnête parce que oui je sais ce que c'est le double-aveugle mais c'est pour des nouveaux medoc.
là la clorotruc est utiliser partout depuis tres longtemps si le medecin pense qu'elle va etre adapter pourquoi en donner a un sur deux puisque les effet secondaire sont connu
est-ce qu'ils ont fait une double aveugle sur le doliprane ?

et pourquoi tu fini par dire que on s'en fou puisque ça sert a rien ? tu as donc fait une etude en double aveugle toi ? et donc c'etait juste un hazard, on interdit un medoc qui sert et que les gens utilise depuis longtemps

mais je suis un peu bête et beaucoup complotiste...
d'ailleurs je suis pas loin de penser que tu fait partie du complot ;)

> ...

"ben t'es pas honnête parce que oui je sais ce que c'est le double-aveugle mais c'est pour des nouveaux medoc."

Donc tu ne vois pas bien à quoi sert le double-aveugle du coup. C'est pas parce que la chloroquine est utilisée depuis longtemps qu'on peut l'utiliser n'importe comment pour n'importe quelle maladie. On sait contre quoi est utile la chloroquine, et si on veut pouvoir dire rigoureusement qu'elle est utile contre autre chose, et ben il faut refaire des tests, sinon c'est au petit bonheur la chance et ça peut mal tourner. Et là je m'embarque même pas dans le débat sur la foi en la science etc., je dis juste que c'est comme ça que ça marche.
Je n'ai effectivement pas conduit de tests en double-aveugle sur la chloroquine. Je ne suis pas biochimiste ni médecin, mes maigres connaissances me poussent donc à observer que 1°) Un médecin à peu près seul vante un médicament en admettant n'avoir pas fait de tests sérieux et 2°) Plusieurs médecins de par le monde ont fait des tests et ont conclu à l'inutilité du médicament. A partir de là, à moins d'imaginer que tous les médecins du monde sont à la solde du Nouvel Ordre Mondial SAUF le docteur Raoult, je vois pas quelle conclusion on peut tirer autre que cette histoire de chloroquine, c'est du flan, ou pour être plus exact, du placebo, ce qui est une autre affaire.

"on interdit un medoc"

Il n'a pas été interdit. Sa vente libre a été interdite. Le produit circule toujours, c'est juste que maintenant on doit passer par un médecin pour l'obtenir. Du coup à moins que le plan secret n'ait été de causer le surmenage des médecins de campagne... Mais bon, dans le cercle du complot, on commence à connaître la mécanique : déformer, tronquer, gonfler, affirmer. On en connait d'autres qui fonctionnent comme ça.

"et donc c'etait juste un hazard"

Peut-être ? Ca semble à ce point impossible ? Des dizaines de millions d'évènements se produisent tous les jours, parfois ils sont liés, parfois non.

"d'ailleurs je suis pas loin de penser que tu fait partie du complot ;)"

Et oui, ça m'étonne pas. Le monde étant binaire, soit je dénonce les Rockefeller, soit je suis leur esclave, n'est-ce pas ? :)

> compoteuse

ben dit t'es pas drôle toi !
mais je peux te retourner l'idée si je ne denonce pas tout ce qui se dit contre l'etat

bon visiblement LE medecin n'est pas tous seul hein, de part le monde et tout simplement en france pas mal de medecin utilise la cloro truc pour les gens qui ont le covid 19 ou ses symptome. il dit depuis le debut qu'il faut l'utiliser en amont de la phase critique du covid c'est a dire dés les premier signe d'une possible phase critique. et beaucoup de medecin de ville le font et demande a avoir le droit de le faire. il font pareil avec tous les virus... sans double aveugle, depuis leur cabinet et ça marche quand même souvent

voir ici:https://manifestes-libertes.org/wp-content/uploads/2020/11/LA-QUATRIEME-VOIE-Vdef.pdf

mais bon la y a quelques ostéopathes c'est forcement complotiste...

> Source initiale

Voici le lien vers la source de l'article:

https://lepoing.net/hold-up-une-analyse-politique-du-complotisme/