Que veut vraiment la coupole de "Sauvons la Recherche"?

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{{Depuis un an, la contradiction est évidente entre ce que déclarent les
fondateurs-dirigeants de
"Sauvons la Recherche"
devant les médias à grande
diffusion, voire même ce que signent leurs représentants avec le CIP ({Comité
d'Initiative et de Proposition}), et ce pourquoi les personnels de la recherche
se mobilisent. Malgré les revendications communes sur le budget de la
recherche, la différence d'approches est flagrante en ce qui concerne l'avenir et le statut des personnels. Rien de très étonnant: depuis deux décennies, les hiérarchies scientifiques réclament sans cesse davantage de pouvoir et des revenus plus élevés, au détriment de "ceux d'en bas".}}

Si la grande majorité des personnels de la recherche défend l'actuel statut de
fonctionnaire titulaire et s'oppose à la précarisation des jeunes chercheurs,
le "sommet" de
"Sauvons la Recherche"
met en cause ce statut et réclame plus de
précarité. Voir nos précédents communiqués.

Mais jusqu'à présent, sauf méprise de notre part, on n'avait pas vu des "animateurs" à haut niveau de
"Sauvons la Recherche"
attribuer ouvertement à "leur base" des revendications
directement contraires à l'actuel statut de fonctionnaire titulaire et
favorables à davantage de précarité. Enorme, inimaginable? Mais non!


La revue américaine Science, la plus prestigieuse des USA, ne brade pas ses
éditoriaux, ni ne les confie tous les jours à des "personnalités extérieures".
Mais cette fois-ci, apparemment, elle a jugé que l'enjeu en valait la
chandelle.
Dans son numéro 307 du 25 février 2005, elle publie un éditorial de l'un des
fondateurs et animateurs de
"Sauvons la Recherche"
à Marseille et qui
apparemment entend s'exprimer au nom de ce mouvement dont il expose les
revendications dans une version pour le moins très
sui generis
.

Incroyable
mais vrai: c'est au nom de la mobilisation de
"Sauvons la Recherche"
que ce
Monsieur attaque le statut de fonctionnaires des personnels de la recherche et
défend la précarité, notamment pour les jeunes chercheurs.

L'auteur de l'éditorial, signé:

{"Jean-Michel Claverie

Jean-Michel Claverie is professor at the
Université de la Méditerranée School of Medicine and head of the Structural
and Genomics Information Laboratory ­CNRS, Marseilles, France. E-mail:
Jean-Michel.Claverie@igs.cnrs-mrs.fr "} (fin de citation)

écrit notamment:

{"There is also frustration that a year-long movement did not result in
bolder proposals to reform the French academic research system and put it more
in line with the organization prevailing in other leading scientific countries,
including our closest European partners. In particular, the civil
servant status uniquely enjoyed by French researchers from the very beginning of
their careers remains unchallenged, even if it
limits the number of research positions offered to postdocs and Ph.D.
students and corresponds to salaries 30% lower than those offered in Germany or
Switzerland. Also unchallenged is the absence of a stringent selection process
for entering French universities (all of them government-funded), creating
a population of rather unmotivated students. Professors are overwhelmed by
teaching loads and mentoring responsibilities incompatible with serious
research. Thus, despite an increase in government support, the French public
research system might not retain international competitiveness without
addressing these politically touchy issues. Offering more attractive (better
salary, less teaching) and more numerous (but perhaps less secure) entry-level
jobs will be key to retaining our most promising young scientists as well as
attracting foreign-based talent.

Fortunately, things are not yet settled. The Save Research movement is gaining
momentum again..."}

Traduction:

{{"Il y a également frustration du fait qu'un mouvement qui dure depuis un an n'ait pas
suscité des propositions}} [du Gouvernement] {{plus conséquentes de réformer le système de recherche
académique français et le rapprocher du mode de fonctionnement qui prévaut dans
d'autres puissances scientifiques, y compris chez nos partenaires européens les
plus proches. En particulier, le statut de fonctionnaire dont seuls les
chercheurs français bénéficient depuis le début de leur carrière n'est toujours
pas mis en cause, et pourtant il limite le nombre des postes post-doctoraux et
de doctorant et comporte des salaires 30% plus bas qu'en Allemagne et en
Suisse. Reste également sans être mise en cause l'absence d'un processus de
sélection conséquent pour l'accès aux universités (financées toutes par
l'Etat), lacune qui génère une population d'étudiants peu motivés. Les
professeurs sont submergés de tâches d'enseignement et de responsabilités de
conseil incompatibles avec une activité de recherche sérieuse. C'est ainsi que,
malgré un renforcement de l'aide de l'Etat, la recherche publique française
risque de ne pas pouvoir préserver sa compétitivité internationale sans aborder
ces questions politiquement sensibles. La clé pour retenir nos jeunes
scientifiques les plus prometteurs et attirer des talents de l'étranger réside
dans la création de davantage de postes pour des jeunes, avec de meilleurs
salaires et moins de tâches d'enseignement, même s'ils offrent moins de
sécurité d'emploi.

Heureusement, ce n'est pas fini. Le mouvement "Sauvons la Recherche" reprend de l'ampleur..."}} (fin de la traduction)

On ne voit pas très bien pourquoi des emplois précaires "mieux rémunérés"
coûteraient moins cher que des postes de chercheur titulaire. Quant à la
comparaison avec deux pays européens où les salaires dans tous les métiers
sont plus élevés qu'en France, elle est pour le moins démagogique. Et opposer les "jeunes chercheurs" aux "fonctionnaires", c'est tenter de diviser pour régner. Mais le pire est que Monsieur Claverie attribue ces revendications contraires à l'actuel statut des chercheurs au mouvement des chercheurs lui-même! Le mouvement
"Sauvons la Recherche"
serait déçu parce que le
gouvernement n'a pas davantage mis en cause notre statut de fonctionnaires
titulaires, et d'après M. Claverie va se mobiliser à nouveau à cette fin. Dans ce cas, qui est, qui incarne, qui représente le mouvement
"Sauvons la Recherche"
? Car les chercheurs qu'on a vu manifester depuis un an étaient, et restent, très majoritairement favorables à l'actuel statut de fonctionnaire titulaire.

Indépendance des Chercheurs

indep_chercheurs@yahoo.fr





P.S. Précision sur la traduction

La phrase :
"There is also frustration that a year-long movement did not result in bolder proposals..."
se traduit par :
"Il y a également frustration du fait qu'un mouvement qui dure depuis un an n'ait pas abouti à des propositions plus conséquentes..."
. Mais elle fait partie d'une série de critiques adressées aux mesures récentes prises par le gouvernement, notamment au dernier budget de la recherche.
C'est vrai que certains mandarins peuvent regretter de ne pas avoir "obtenu", au sein des Etats Généraux de la Recherche, des attaques plus franches contre l'actuel statut des personnels. Mais il fallait s'y attendre, du fait de l'inévitable résistance que la base allait opposer à une telle politique.

D'autre part, les appels du pied du sommet de
"Sauvons la Recherche"
et du CIP à un passage en force de la part du gouvernent ont été permanents depuis un an, avec des mises en cause très claires du statut de fonctionnaire titulaire dit "à vie".

Email Email de contact: indep_chercheurs_AT_yahoo.fr

Commentaire(s)

> Jean-Michel Claverie, "directeur en colère"

Il y a un an, le

Nouvel Observateur
nous exposait la saga de Monsieur Claverie :

Mais dans un cas comme dans l'autre, on ne voit pas ce qu'il a pu y avoir de progressiste dans la démarche de ce "directeur en colère" qui, déjà dans le récit du

Nouvel Obs
, brandit trois millions d'éuros d'
Aventis
et se livre à toutes sortes de pressions pour que le CNRS et l'Université mettent de plus en plus de moyens de la recherche publique française au service de cette multinationale privée. Où est l'intérêt public, où est celui de la recherche ?

Et le pire, c'est que d'après le

Nouvel Obs
tout le labo de M. Claverie manifeste avec son directeur avec des objectifs que l'on pourrait traduire par le slogan :

"Nous voulons travailler pour les multinationales"

Lorsqu'on joue à ça, il ne faut pas s'étonner des conséquences.