Les « anti-impérialistes » occidentaux réduisent au silence les voix du Moyen-Orient et d’Afrique du nord – Daliah Lina

Mis a jour : le vendredi 18 septembre 2020 à 17:18

Mot-clefs: Resistances antifascisme
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Les « anti-impérialistes » occidentaux réduisent au silence les voix du Moyen-Orient et d’Afrique du nord – Daliah Lina

« Tu es du côté des terroristes. Tu es une djihadiste. » Cela ne recouvre qu’une partie des calomnies auxquelles j’ai du faire face ces dernières semaines, suite à la frappe aérienne de Trump visant Qassem Soleimani. Une personne ayant participé à des débats politiques pourrait supposer que ces accusations proviennent de militants très à droite, mais la réalité s’avère vraiment inquiétante, voire absurde. Mes accusateurs sont des soit disant « anti-impérialistes » occidentaux. La raison ? Je suis une militante de gauche palestino-iranienne qui s’oppose à toutes les formes mondiales ou régionales d’impérialisme et d’autoritarisme. Une position qui semble incompréhensible à certains, puisque, de leur point de vue, il faut choisir un camp pour manifester une solidarité. Y compris si cela signifie se situer du côté de criminels de guerre. Le fait que ces soi-disant camarades nous prennent pour cible en nous opposant leur programme « anti-impérialiste » n’est pas nouveau pour moi. En réalité, depuis le soulèvement en Syrie, un front composé d’un certain nombre d’ « occidentaux pro-Assad » a émergé, déterminé à se ranger du côté de tout régime qui diffuse une propagande contre l’impérialiste américain, et fermant volontairement les yeux sur le massacre de civils syriens.

En décembre 2017 et janvier 2018, les Iraniens issus de la classe ouvrière ont exprimé leur frustration face aux bas salaires et au taux de chômage de plus de 40 %, la plupart des chômeurs étant de jeunes adultes. À cette époque, ces personnes ont protesté contre la politique économique de Rohani, la corruption et le taux élevé d’inflation et de chômage. Les manifestants réclamaient également la fin de la République islamique, brûlaient des images de Khamenei et demandaient la fin des interventions militaires de l’Iran dans le reste du Moyen-Orient, alors que ces Iraniens, pour la plupart des membres de la classe ouvrière de moins de 25 ans, étaient à peine capables de subvenir à leurs besoins dans leur pays. Les manifestations se sont arrêtées après que 40 personnes ont été tuées et 5000 arrêtées.

Un an plus tard, en novembre 2019, un autre soulèvement de jeunes, pour la plupart issus de la classe ouvrière et sans emploi, a éclaté. Après avoir bloqué les réseaux sociaux et les applications de messagerie, le gouvernement s’est engagé dans une répression brutale qui, selon l’agence de presse Reuters, a entraîné la mort de 1500 manifestants et l’arrestation de plus de 7000 personnes. Le fait que la majorité des participants au soulèvement étaient des membres de la classe ouvrière n’a pas empêché les autorités iraniennes de recourir à la violence contre les civils.

 

Argument n°2 : L’Iran combat Daech.

 

Alors que la lutte de l’Iran contre l’État islamique est présentée comme un fait glorieux par certains Occidentaux de gauche, un aspect essentiel est délibérément occulté : l’Iran recrute des enfants afghans comme soldats dans sa « glorieuse guerre antiterroriste ». Au cours de mon travail au camp de réfugiés dit « Moria », à Lesbos, en Grèce, j’ai côtoyé un nombre incalculable de mineurs isolés afghans, âgés de 14 à 17 ans, qui avaient été utilisés comme combattants en Syrie. J’ai été le témoin direct des immenses dégâts et du traumatisme incompréhensible que le régime iranien a imposé à ces enfants. Après avoir été traités comme des citoyens de seconde zone depuis leur naissance parce qu’ils étaient afghans en Iran, ces enfants ont été forcés à combattre dans la division Fatemeiyoun du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), ce qui a également été confirmé par Human Rights Watch (2017). Selon le droit international, l’enrôlement d’enfants de moins de 15 ans est considéré comme un crime de guerre.

 

En outre, ces campagnes militaires contre l’État islamique en Irak n’ont pas pour but de construire une alternative progressiste, mais de consolider le système politique sectaire et néolibéral dominé par les mouvements fondamentalistes chiites et les milices alliées à Téhéran.

 

Argument n°3 : L’Iran est le seul État qui exprime une solidarité réelle quand il s’agit de la cause palestinienne.

 

En tant que Palestinienne et en tant que militante, je peux répondre que le soutien de l’Iran à la résistance militaire palestinienne contre l’État colonial d’Israël n’est pas la voie à suivre pour libérer et émanciper les populations palestiniennes. La République islamique finance le Hamas par le biais d’une aide à la fois militaire et financière, non pas pour faire avancer la libération du peuple palestinien, mais pour faire avancer ses propres objectifs géopolitiques et son influence dans la région. Sans cela, comment peut-on comprendre la réduction de l’aide financière au Hamas après le début du soulèvement syrien en raison des désaccords politiques entre le Hamas et l’Iran sur la question ? Plus tard, le Hamas et l’Iran ont réglé leur désaccord à mesure que la nouvelle direction du Hamas se rapprochait de l’Iran.

De plus, comment peut-on apprécier ce « soutien politique », tout en sachant que l’Iran est responsable, avec la Russie et les États-Unis, de la création de la « pire crise humanitaire » du monde dans notre pays voisin, la Syrie ? Comment peut-on glorifier le soutien d’une nation opprimée tout en fermant les yeux sur la discrimination et l’oppression par l’Iran de sa propre population kurde, qui comprend de nombreux types de violations des droits de l’homme ? La manière dont ceux qui prétendent défendre la justice sociale font preuve d’une empathie sélective lorsqu’il s’agit de la répression brutale des civils me semble incompréhensible.

La libération des peuples palestinien et kurde passe par la libération et l’émancipation des classes populaires de la région contre toute les formes de réaction, qu’il s’agisse de régimes autoritaires ou de mouvements fondamentalistes religieux, ainsi que de toutes les forces régionales et impérialistes.

Nous devons être unis dans la lutte et dans la solidarité pour contrer tous les actes d’impérialisme et d’autoritarisme.

Certains secteurs de la gauche occidentale, comme dans d’autres régions du monde, semblent voir clairement et à juste titre la propagande de guerre impérialiste américaine, mais ne voient pas l’équivalent iranien et russe. Cela les amène à relayer la propagande de ces régimes avec des moyens puissants et à salir ceux qui s’opposent à tous les actes mondiaux et régionaux d’impérialisme et d’autoritarisme.

En tant que militante, féministe socialiste du Moyen-Orient, et simplement en tant qu’être humain, je refuse de me ranger aux côtés de gouvernements oppressifs, de dirigeants meurtriers comme Assad, tout comme je refuse de me ranger du côté de l’impérialisme occidental ou des groupes d’opposition djihadistes. Si vous êtes anti-impérialiste par pur esprit de droiture et de justice, comment pouvez-vous soutenir un dirigeant qui profite de la souffrance humaine ? L’empathie sélective reflète les valeurs néolibérales, capitalistes et colonialistes qui imposent la répétition de l’histoire, au prix de vies au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. C’est pourquoi il est essentiel de s’unir dans la lutte et de faire preuve de solidarité, pour soutenir les soulèvements populaires de la classe ouvrière et de la société civile dans toute la région.

 

Publié initialement le 28/01/2020 sur le site de l’Alliance des socialistes du Moyen-Orient et d’Afrique du nord : https://allianceofmesocialists.org/western-anti-imperialists-silence-middle-eastern-and-north-african-voices/?fbclid=IwAR3awk0yP0hl-zmq5xC5V8tNiz2OHOUxzsVyI-wkDjTF_7ydk4fqYiNli_s

Commentaire(s)

> publié dans un but polémique

"Cela ne recouvre qu’une partie des calomnies auxquelles j’ai du faire face ces dernières semaines, suite à la frappe aérienne de Trump visant Qassem Soleimani"

ça date donc de début janvier, et récupéré par solitudes intangibles pour relancer la polémique contre les "anti-impérialistes" en général

http://solitudesintangibles.fr/wp-content/uploads/2020/02/SI_voix-MO-et-iran-silence_2020_Linaprpdf-1.pdf

on peut être tout à fait d'accord avec ce que dit daliah lina mais lui faire remarquer que personne ne propose de remplacer l'iran pour soutenir la résistance palestinienne

les solidarités se bousculent pas au portillon et on reste dans les postures politiques pendant que les palestinien-n-es trinquent tous les jours

> Trés selectifs les "Anti impérialistes" Francawi

Pareil je te ferait remarquer avec les Iraquiens qui reprennent les manifs le 1er Octobre, les Iraniens qui morflent de plus en plus grave. Et les Syriens, les Kurdes et les Libanais dont tout nos "Zanti Inpérialistes" Françawi se contrefoutent royalement quand il ne les enfoncent pas avec leur vision binaires à la con

Suffit juste de lire les saloperies véhiculées la dessus, par les stals de la poubelle d'Acta zone

> Petit rappel quand même

Solitudes intangibles a pour vocation de publier des textes issus de différentes traditions marxistes.

2 ) La traduction et publication de textes issus des différents courants théoriques et politiques de la gauche allemande marxiste post-1968 et post-réunification (Théorie critique, Neue Marx-Lektüre, gauche antideutsch et antinationale, Wertkritik).

http://solitudesintangibles.fr/a-propos/

Les antideutsche sont des impérialistes pro USA et pro Israel

https://fr.wikipedia.org/wiki/Anti-allemand_(Allemagne)

"Les Antideutsche révèlent de nombreuses contradictions, se positionnant contre l’Etat Allemand par un anti-nationalisme virulent d’une part, affichant un soutien sans failles à l’Etat sioniste d’autre part. De gauche en Allemagne, de droite en Israël. Et par conséquent contre l’extrême-gauche israélienne.

Face à l’Allemagne, il s’agirait de défendre le « peuple juif » à travers le sionisme et la défense de la politique d’Israël. Ainsi, les anti-allemands soutiennent de façon systématique l’Etat d’Israël et se positionnent comme pro-américains, amorçant une critique de l’anti-impérialisme. Avant 1967, on pouvait en effet observer une large fascination dans la gauche allemande pour le nouvel Etat Israélien, qui apparaissait comme un refuge pour les survivants du génocide nazi. Deux camps sur Israël ont donc émergé au début des années 90, avec la réunification de l’Allemagne : les anti-impérialistes et les « antideutsch ». Pour ces derniers, l’anti-impérialisme est une nouvelle forme d’antisémitisme. Cette idéologie est à mettre en lien avec le concept de Schuldfrage, (question de la culpabilité) selon lequel chaque allemand appartiendrait au « peuple coupable ». Israël serait « la forme organisée de la violence émancipatrice révolutionnaire du peuple juif », un refuge pour les juifs victimes de l’Holocauste. La colonisation représente pour eux une forme d’émancipation face aux nouveaux antisémites que seraient les Arabes et les immigrés musulmans en général. Israël serait une réponse d’auto-défense révolutionnaire des Juifs contre le fascisme. En outre, la violence de l’Etat d’Israël serait justifiable en tant que compensation de la violence du génocide juif.

Cette position clairement islamophobe se révélera au grand jour après les attentats du 11 septembre 2001 : les Antideustche mettent désormais l’accent sur l’islamisme comme ennemi principal de la gauche progressiste. Ils ne se concentrent non plus sur la lutte contre l’Etat allemand, mais sur la « sécurité d’Israël » face à la menace d’un fascisme-islamique. Ils assument leur islamophobie au grand jour, organisant par exemple des conférences dans lesquelles ils interrogent le « mythe sur l’islamophobie ». Leur lutte contre le terrorisme prend la forme d’un soutien à l’impérialisme américain. Durant la guerre contre l’Irak, ils iront jusqu’à qualifier George Bush « d’homme de paix ».

http://www.revolutionpermanente.com/Mouvement-Antideutsch-anti-allemand-de-gauche-en-Allemagne-de-droite-en-Israel

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"la frappe aérienne de Trump visant Qassem Soleimani"

c'est un peu daté pour relancer un débat, non ?