[ Thèse 11 ] : Une rupture consciente avec nos habitudes actuelles est necessaire

Mis a jour : le mardi 25 août 2020 à 20:36

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            La critique de la politique radicale de gauche que nous formulons dans ces thèses n’est pas nouvelle. Depuis le milieu des années 1980, elle a été discutée à plusieurs reprises par divers groupes et, dans certains cas, mise en évidence. Cette critique ne porte pas (pour l’essentiel) sur des phénomènes périphériques mais sur un malaise partagé dans de larges cercles et sur l’insatisfaction de sa propre politique – comme le montrent les nombreuses réunions de discussion et les congrès organisés ces dernières années. Lorsque cette critique fondamentale est reformulée toutes les années, et que de nombreux radicaux de gauche sont d’accord, on peut se demander pourquoi de tels débats n’ont jusqu’à présent pas réussi à changer la pratique quotidienne.

 

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These n°11

Nous avons identifié dans les dernières thèses un certain nombre de facteurs qui, selon nous, empêchent un réel changement de notre pratique radicale de gauche. C’est pourquoi il était important pour nous, dans cette onzième thèse, de réitérer la contradiction entre la discussion et la pratique et d’énumérer certaines des causes susmentionnées.

 

Les causes mentionnées ci-dessus sont : les facteurs sociaux et psychosociaux qui sont encore présents aujourd’hui et qui conduisent à une politique radicale de gauche se manifestant principalement comme une subculture (thèse n° 6). L’hostilité à l’égard de l’organisation, c’est-à-dire le manque de compréhension de la nécessité de l’organisation. Cela contribue au fait que le changement dans la pratique reste bloqué dans les individus ou les petits groupes. Les tentatives d’organisation échouent souvent à cause du petit nombre de personnes (thèse n°2). La politique identitaire et le sectarisme au sein de la scène radicale de gauche mettent principalement l’accent sur les différences et compliquent ainsi le changement (thèses 6 et 9). Le cours quotidien des événements en relation avec les développements politiques ne change pas en fonction des exigences changeantes de la lutte et des circonstances sociales contemporaines (thèse n°4).

 

Une cause importante que nous n’avons pas encore identifiée, cependant, est que la conversion de la critique en pratique, à notre avis, est souvent considérée comme une pensée après coup; comme quelque chose qui doit se produire en même temps que toutes les autres “choses quotidiennes”. En conséquence, la nécessité de changer le cours quotidien des événements devient moins urgente et est rapidement reléguée au second plan en raison de luttes partielles et défensives.

 

  • Que voulons-nous ?

Le développement d’une scène orientée vers la subculture, déterminée par une lutte partielle et des actions défensives, en un mouvement émancipateur avec un potentiel de changement sociétal, ne peut pas seulement être un ajout à notre pratique actuelle. Nous devons formuler des objectifs basés sur les critiques discutées en commun, remettre en question notre pratique ensemble et l’adapter de manière cohérente si nécessaire.

Cela nécessite des points de convergence différents et nouveaux, et une volonté de rompre avec nos pratiques actuelles, même si cela est inconfortable, voire parfois effrayant. Cela ne signifie pas que les efforts de lutte partielle ou défensive étaient superflus. Nous constatons également combien il est difficile de voir les proportions toujours plus grandes et de ne pas retomber dans nos habitudes et notre “actionnisme” réactif. Aussi parce que la construction de structures durables n’apporte pas de résultats directement visibles.

La réorientation fondamentale de la politique radicale de gauche exige que chacun soit prêt à changer, y compris au niveau individuel. Le changement révolutionnaire inclut également le personnel, car il peut aussi signifier fixer des priorités et sortir de l’environnement convivial et des structures sociales familières. C’est pourquoi l’organisation et le changement réel exigent également du sérieux, de l’engagement et de la discipline. Le temps et la capacité dont chacun dispose pour un tel projet dépendent bien sûr fortement des différentes circonstances sociales et de la différence de situation de vie de chacun.

 

 

 

  •                                              Epilogue


Nous ne nous faisons pas d’illusions sur la situation sociale actuelle. Nous ne pensons pas que l’émergence d’un mouvement de masse révolutionnaire dépend uniquement de la façon dont nous façonnons notre politique. À notre avis, cependant, le potentiel présent dans la société et les formes actuelles de lutte de la gauche radicale ne correspondent pas. Par conséquent, une grande partie de ce potentiel reste inutilisé ou n’est pas pris suffisamment au sérieux.

 


Les propositions formulées dans ces onze thèses pour une réorientation en profondeur de nos actions ne garantiront pas le succès. Toutefois, nous pensons que la discussion, l’organisation et l’élaboration de stratégies communes constituent la base d’une politique qui peut réellement contribuer au changement social et que si nous ne le faisons pas, nous resterons ce que nous sommes: (au mieux) une correction progressive des abus du système bourgeois-capitaliste.

 

 

 

https://idcgent.noblogs.org/post/2020/07/09/these-11-une-rupture-consciente-avec-nos-habitudes-actuelles-est-necessaire/

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