Frank Beauvais nous parle

Mis a jour : le mardi 25 août 2020 à 20:31

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Dans notre si beau pays démocratique, il est des artistes qui nous rappellent combien faire oeuvre de création personnelle est un combat de tous les jours. Heureusement, comme pour Asterix et Obelix, il existe des villages gaulois où la résistance s'organise ; où des oeuvres créatives voient le jour grâce de véritables artistes et passionnés de l'image et des films. Et Frank Beauvais en est un bon exemple avec son film "ne croyez surtout pas que je hurle"(2019), oeuvre foisonnante composée d'extraits de films qui font sens les uns avec les autres, en liaison avec une actualité française dramatique (les attentats du 13 novembre 2015 au Bataclan) . Frank Beauvais ne fait pas que hurler, il nous parle aussi.

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Ne croyez surtout pas que je hurle

 

1°) Quelle est l'idée première de ce film?

https://www.youtube.com/watch?v=lHCecUCorYA

La toute première idée a été de partir d'une base d'images préexistantes extirpées du flux de films de fiction que je voyais au quotidien pendant la période abordée dans le film : d'avril à octobre 2016. Et d'organiser ces images, ces plans en les réutilisant hors de leur contexte originel.

https://www.youtube.com/watch?v=Q24MOPQs6fM

2°) Des critiques web ont asséné que votre film est aussi un manifeste, une dénonciation artistique du marasme ambiant et surtout des attentats du 13 novembre 2015 ; manifeste contre la violence sociétale en opposition à votre film, film pour dénoncer et faire éclater sa rage personnelle, sa colère...opposition marasme/artistique, d'accord avec ça?

 

Je dirais qu'il s'agissait pour moi d'une tentative de mettre en parallèle l'état d'urgence dans laquelle la France était plongée à ce moment-là (et ses conséquences directes sur la société) avec un état d'urgence personnel, intime, alimenté à la fois par la colère, l'impuissance et un profond désarroi.

3°) Film à caractère universel car chacun peut s'y retrouver de manière personnelle (le côté opposition Ville/campagne ; mentalité alsacienne un peu arriérée/ mentalité parisienne) ; chose que l'on peut retrouver en Vendée (opposition ville/campagne).

 

Il s'agissait d'éviter, dans le cadre d'un tel projet, de sombrer dans le piège l'onanisme, de la déjection verbale qui aurait pour seule finalité de se soulager soi-même, mais bien, tout en se mettant à nu, de s'adresser et de dialoguer avec l'intimité du destinataire, le spectateur. Il ne m'appartient pas de déterminer si cela débouche sur quelque chose d'universel. Si c'est le cas, cela en dit long sur l'état d'anxiété politique et personnel dans lequel le spectateur comme moi sommes plongés.

4) Problème de droits d'auteur pour les films projetés? Comment avez-vous résolu cela?

 

 

Un tel film ne peut exister qu'en faisant fi de cette question, en assumant son statut pirate. Les extraits utilisés sont extrêmement courts et, par ailleurs, tous crédités au générique de fin. Il ne s'agit pas d'une oeuvre commerciale destinée à engranger des millions mais d'un collage, selon le principe du found footage, d'une démarche artistique, poétique et non pas industrielle. Ce type de film existe depuis près d'un siècle et se développe fortement, par ailleurs, depuis l'avènement d'internet et la prolifération d'images qu'il a entraîné.

 

5) Le journal "Le Monde" a écrit dans sa critique que votre film rentrait dans le cadre des films souterrains parlés à l'image des films de Marguerite Duras "India Song", de Guy Debord ou de Chris Marker "la jetée", d'accord avec cet état de fait?

https://www.youtube.com/watch?v=Y_TG0FPFht0

 

C'est un film soutenu par une voix off mais qui relève du discours autobiographique, ce qui le distinguerait peut-être des oeuvres de fiction de Duras et de "la Jetée" qui sont, tous comme ceux de Guy Debord, des films qui me tiennent toutefois très à coeur. On pourrait tout aussi bien l'insérer dans la ligne des essais à la première personne, de cinéastes qui ont pratiqué le journal filmé ou la chronique intime. D'Alain Cavalier à Chantal Akerman, de David Perlov à Joseph Morder, de Jonas Mekas à Jochen Kuhn, ils sont très nombreux. C'est une orientation qui a questionné et renouvelé le genre documentaire, il y a déjà bien des années.

6) Facile de rendre public votre homosexualité par le biais de ce film?

Je n'avoue rien du tout. De quoi serais-je coupable ? J'aborde ma sexualité de façon périphérique, au même titre que d'autres constituantes de mon domaine intime, et ne sens nullement besoin de la justifier aux yeux de qui que ce soit.

7) Avez-vous été surpris par l'accueil critique et public de votre film?

 

https://www.youtube.com/watch?v=341JX-uWAOM

J'ai été surpris, en effet, que le film parle à autant de spectateurs, de la résonance particulière qu'il a eu pour nombreux d'entre eux qui m'ont contacté d'une manière ou d'une autre. De constater que ma solitude d'alors, mes questionnements, ma perplexité et ma colère en rencontraient autant d'autres. A croire que dans ce pays mais aussi hors de ses frontières, de nombreuses personnes ont toujours et encore des raisons de hurler, silencieusement ou pas.

8) Vos derniers coups de coeur au cinéma, en littérature ou TV?

En littérature : "Les Vagabonds de la terre" de Tom Kromer, "La Vie sur Terre" de Baudoin de Bodinat et "Avant que j'oublie" d'Anne Pauly. En cinéma : dans des registres différents : "L'époque" de Matthieu Bareyre, "Les Enfants d'Isadora" de Damien Manivel, "Tutto l'oro che c'è" d'Andrea Caccia, un film-poème italien encore inédit. Je ne regarde pas la télévision mais pour citer une série récente qui m'a fortement impressionné : "Too Old to Die Young" de Nicolas Winding Refn.

 

 

 

Link_go Ne croyez surtout pas que je hurle

https://www.youtube.com/watch?v=7gCrZYud5xw

Link_go Ne croyez surtout pas que je hurle

https://www.youtube.com/watch?v=341JX-uWAOM

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