Dossier apartheid : hommage à Zeev Sternhell

Mis a jour : le vendredi 17 juillet 2020 à 12:41

Mot-clefs: antifascisme anti-repression
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Ainsi en va-t-il de l’historien israélien Zeev Sternhell, dont on peut sans doute dire bien des choses, mais certainement pas qu’il est antisémite ou anti-israélien. Ce rescapé de l’extermination nazie des ghettos juifs de Pologne et d’Ukraine, installé en Israël depuis 1951, fut lauréat en 2008 du “Prix Israël” pour ses travaux en sciences politiques, et il est membre de l’Académie israélienne des sciences et des lettres.

Sternhell est notamment l’auteur d’un  monumental ouvrage (un bon millier de pages) érudit sur “L’idéologie fasciste en France”. L’émergence du fascisme est donc, à priori, un sujet qu’on ne peut pas l’accuser de ne pas maîtriser.

 

Je me demande souvent comment les historiens interpréteront notre période dans 50 ou 100 ans. Quand,  se demanderont-ils, les Israéliens ont-ils commencé à réaliser que l’État qui avait été établi pendant la Guerre d’Indépendance [de 1947-1948], sur les ruines de la communauté juive européenne et au prix du sang de combattants dont certains étaient des survivants de l’Holocauste, était devenu une véritable monstruosité pour ses habitants non-juifs 2. Quand certains Israéliens ont-ils compris que leur cruauté et leur capacité à intimider les autres, Palestiniens ou Africains, commençaient à éroder la légitimité morale de leur existence en tant qu’entité souveraine ?

La réponse, pourraient dire ces historiens, était ancrée dans les actions des membres de la Knesset tels que Miki Zohar et Bezalel Smotrich et dans les projets de loi proposés par le ministre de la Justice Ayelet Shaked. La loi de l’État-nation, qui semble avoir été formulée par les pires des ultranationalistes européens, n’était que le début.

Comme la gauche n’a pas protesté contre elle dans ses manifestations du boulevard Rothschild 3, elle a servi de premier clou du cercueil de l’ancien Israël, celui dont la déclaration d’indépen­dance restera comme un objet exposé dans une vitrine de musée. Cette relique archéologique enseignera aux gens ce qu’Israël aurait pu devenir si sa société ne s’était pas désintégrée sous l’effet de la dévastation morale provoquée par l’occupation et l’apartheid dans les territoires 4 [palestiniens occupés].

La gauche n’est plus capable de vaincre l’ultranationalisme toxique qui a évolué ici, semblable à celui dont la souche européenne a failli anéantir une majorité du peuple juif. Les interviews que Ravit Hecht, de Haaretz, a réalisées avec Smotrich et Zohar (3 décembre 2016 et 28 octobre 2017) devraient être largement diffusées dans tous les médias israéliens et dans le monde juif. Dans ces deux interviews, nous ne voyons pas seulement un fascisme israélien grandissant, mais un racisme semblable au nazisme à ses débuts 5.

Comme toute idéologie, la théorie raciale nazie s’est développée au fil des années. Au début, elle a seulement visé à priver les Juifs de leurs droits civils et humains. Il est possible que, sans la Seconde Guerre mondiale, le “problème juif” ne se serait soldé que par l’expulsion “volontaire” des Juifs des territoires du Reich. Après tout, la plupart des Juifs d’Autriche et d’Allemagne se sont débrouillés pour partir à temps. Il est possible que ce soit l’avenir auquel seront confrontés les Palestiniens.

En effet, Smotrich et Zohar ne veulent pas blesser physiquement les Palestiniens, à condition qu’ils ne se dressent pas contre leurs maîtres juifs. Ils veulent seulement les priver de leurs droits humains fonda­mentaux, tels que l’autonomie dans leur propre État et la liberté face à l’oppression, ou l’égalité des droits dans le cas où les territoires où ils vivent sont officiellement annexés par Israël.

Pour ces deux représentants de la majorité à la Knesset, les Palestiniens sont condamnés à rester sous occupation [israélienne] pour toujours. Il est probable que le Comité central du Likoud pense aussi de cette façon. Le raisonnement est simple : les Arabes ne sont pas des Juifs, ils ne peuvent donc reven­diquer la propriété d’aucune partie de la terre promise au peuple juif.

Selon les théories de SmotrichZohar et Shaked, un Juif de Brooklyn qui n’a jamais mis les pieds dans ce pays est le propriétaire légitime de cette terre, alors qu’un Palestinien dont la famille vit ici depuis des générations est un étranger, ne vivant ici que par la grâce des Juifs. “Un Palestinien”, a déclaré Zohar à Hecht, “n’a pas le droit à l’autodétermination nationale puisqu’il ne peut prétendre posséder la terre de ce pays. Par décence, je veux qu’il soit ici comme résident, puisqu’il est né ici et qu’il vit ici – je ne lui dirai pas de partir. Je suis désolé de le dire mais ils ont un inconvénient majeur – ils ne sont pas nés en tant que Juifs”.

De ceci, on peut supposer que même s’ils s’étaient tous convertis [au judaïsme], s’ils s’étaient laissé pousser des papillotes et avaient étudié la Torah, cela ne les aiderait pas. C’est la situation des deman­deurs d’asile soudanais et érythréens et de leurs enfants, qui sont devenus Israéliens à toutes fins utiles. C’était aussi comme ça avec les nazis 6. Vient ensuite l’apartheid, qui pourrait s’appliquer dans certaines circonstances aux Arabes qui sont citoyens d’Israël. La plupart des Israéliens ne semblent pas s’en inquiéter.»

 

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