Dossier rouge-brun : hommage à Zeev Sternhell

Mis a jour : le vendredi 17 juillet 2020 à 12:06

Mot-clefs: antifascisme
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Une republication d’un dossier autour du livre Ni droite, ni gauche. L’idéologie fasciste en France en l’honneur de l’auteur, Zeev Sternhell, historien spécialiste de l’extrême-droite en France, qui nous a quitté·e·s ce 21 juin 2020.

Nous republions en hommage à Zeev Sternhell, mort le 21 juin 2020, notre discussion critique des analyses existantes du phénomène rouge-brun s’inspirant notamment de son analyse dans Ni droite, ni gauche. L’idéologie fasciste en France. Dans ce dossier, nous ((sortir du capitalisme)) analysons rapidement la critique antifasciste et anti-confusionniste militante, plus longuement celle de Jean-Loup Amselle dans Les nouveaux rouges bruns et celle des libéraux ; et nous essayons de cartographier les différents courants rouges-bruns de notre point de vue racialiste ((sortir du capitalisme)) .

  • Discussion critique des analyses existantes du phénomène rouge-brun

La critique anti-fasciste (lesenrages.antifa-net.fr) et anti-confusionniste (confusionnisme.info) du phénomène rouge-brun, en se limitant parfois à une approche journalistique en termes de réseaux et de contacts, souffre d’un manque d’analyse, d’une certaine confusion et de raccourcis. Néanmoins, elle effectue un travail de veille qu’il convient de saluer, même s’il faut rester critique vis-à-vis de ses analyses souvent trop rapides et de certaines personnalités « anti-fascistes ».

Notre analyse se distingue donc des analyses existantes du phénomène rouge-brun, qu’il s’agisse de celle des anti-fascistes et des anti-confusionnistes, de celle de l'anthropologue antiracialiste Jean-Loup Amselle et de celle des libéraux.

* La critique de Jean-Loup Amselle dans Les nouveaux rouges-bruns (Lignes, 2014), intéressante à certains égards, notamment sa condamnation de l’idéalisation primitiviste des sociétés de chasse et de cueillette (principalement écologiste et du MAUSS), du fétichisme de l’identité collective, de l’ethno-différencialisme, du populisme de Jean-Claude Michéa (même si on ((sortir du capitalisme)) ne qualifiera pas celui-ci de rouge-brun, mais plutôt comme incarnant l’extrême-droite de l’extrême-gauche en raison de son populisme et de son conservatisme) et des dérives brunes-rouges (antisémitisme, négationnisme, conspirationnisme) d’un certain anti-colonialisme (Serge Thion, Dieudonné, Kémi Seba), souffre néanmoins d’un manque de rigueur analytique sur un certain nombre de sujets.

Il effectue ainsi de nombreux raccourcis, se livrant à un amalgame fréquent des conservateurs de gauche (qu’il faut critiquer comme tels, et non comme rouges-bruns) et de l’extrême-droite. Plus précisément, le Parti des Indigènes de la République, en dépit de son discours populiste, interclassiste, identitaire, essentialiste, « anti-impérialiste » soutenant des dictatures tiersmondistes, homophobe, anti-féministe et antisémite (cf. "Pour une critique matérialiste de la question raciale"), ne peut être considéré stricto sensu comme « rouge-brun » puisqu’il s’agit avant tout d’une organisation antiraciste se situant en-dehors du clivage politique gauche-droite.

De même, on ne peut dire qu’il y a une dérive vers l’extrême-droite de Noam Chomsky, en dépit de son « anti-impérialisme » tronqué.

En outre, la critique de l’universalisme « blanc » n’est nullement une critique brune-rouge, mais au pire une critiqueracialiste ou  anti-raciste essentialiste, au mieux une critique anti-raciste appuyé sur un corpus non-essentialiste et matérialiste, les critical whiteness studies, qu’Amselle disqualifie arbitrairement.

La critique du pseudo-universalisme blanc peut d’ailleurs appeler à une connaissance « objective » et « universelle » en réseau et produite à partir de multiples points de vue situés (en fonction de notre position sociale de « race », de genre et de classe) plutôt qu’à un relativisme culturel, contrairement à ce que dit Jean-Loup Amselle : c’est d’ailleurs déjà ainsi qu’une partie de notre connaissance critique a été produite, avec des femmes l’enrichissant grâce à un point de vue féministe, des hommes racisés grâce à un point de vue antiraciste et des femmes racisées grâce à un point de vue intersectionnel.

Jean-Loup Amselle s’attaque indistinctement aux identitarismes de dominants et de dominés dans une critique de l’essentialisme qui vire à une négation de l’existence des « races » comme constructions sociales réellement existantes du fait du caractère structurellement raciste de notre société (cf. le dernier Théorie communiste).

Il disqualifie, alors qu'il est antiraciste, de manière caricaturale toute posture faisant du racisme une structure centrale des sociétés contemporaines comme identique à celle du PIR (essentialiste, anti-universaliste), occultant l’ensemble d' analyses  articulant classe, genre et race comme structures fondamentales de notre société (cf. le dernier Théorie communiste) qu’il s’agit de dépasser (et donc d’abolir) de manière révolutionnaire.

* Notre analyse se distingue enfin complètement du discours libéral d’une prétendue « convergence des extrêmes », d’une indifférenciation de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite, voire d’interprétations fallacieuses du nazisme et du fascisme comme des mouvements d’extrême-gauche simplement en raison d’un discours « ouvriériste » et du rouge du drapeau nazi (cf. la critique de Sergio Bologna), alors même que ces mouvements une fois au pouvoir ont menées une féroce répression du mouvement ouvrier (cf. Fascisme et grand capital de Daniel Guérin) et n’avaient auparavant qu’un discours pseudo-anticapitaliste ne s’attaquant jamais aux fondements du capitalisme et des classes dominantes. En réalité, il y a toujours une dominante « brune » ou « rouge » dans un discours, une filiation intellectuelle ou une organisation – qui, dès lors, est plutôt d’extrême-gauche ou plutôt d’extrême-droite –, ensuite parce qu’on ne peut être « rouge » et « brun » en même temps sur un champ donné, et enfin parce qu’il existe également des convergences entre extrême-droite et libéralisme. Certes, l’existence de transfuges de l’extrême-gauche vers l’extrême-droite (Mussolini, Jacques Doriot, Roger Garaudy, Pierre Guillaume, Serge Thion, Thierry Meyssan, Charles Robin) et de stratégies d’attraction de l’extrême-droite d’une partie de l’extrême-gauche (stratégie d’attraction d’Egalité&Réconcliation des gauchistes anti-impérialistes) démontrent qu’il existe des convergences idéologiques entre une partie de l’extrême-gauche (sa droite) et une partie de l’extrême-droite (sa gauche). Toutefois, la critique de ces convergences par une partie de l’extrême-gauche (sa gauche) prouve qu’il y a bien une différence radicale entre « extrême-gauche » et « extrême-droite », et ce d’autant plus qu’il existe une radicale opposition entre la gauche de l’extrême-gauche et toute l’extrême-droite, supérieure à celle entre libéralisme et extrême-droite.

 

Cartographie (provisoire) des courants rouges-bruns

Nous identifions provisoirement de nombreux courants rouges-bruns, malgré des convergences entre certains courants, avec chacun une généalogie historique très particulière, malgré des figures communes à plusieurs courants :

  • Le courant rouge-brun écolo-néopaïen, incarné aujourd’hui par des personnalités comme Alain de Benoist, avec une généalogie allant des romantiques anti-industriels réactionnaires allemands aux anti-conformistes des années 1930 (Pelletier).
  • Le courant rouge-brun anti-industriel, incarné aujourd’hui par une personnalité comme Yannick Blanc du groupe anti-industriel de Grenoble Pièces-et-main-d’œuvre, et ses écrits anti-migrants, islamophobes, chauvins, transphobes, homophobes, anti-féministes, natalistes, pro-ordre moral et conspirationnistes, avec comme figure de référence comme Jacques Ellul, techno-critique anarchisant mais également homophobe, islamophobe, anti-féministe et minimisant l’importance du capitalisme comme catégorie d’analyse des sociétés modernes.
  • Le courant rouge-brun néo-proudhonien, avec comme figure emblématique Thibault Isabel (rédacteur en chef de Krisis, et auteur de L’anarchie sans le désordre) et comme auteurs de référence Proudhon (et son anti-féminisme), Le cercle Proudhon (amalgame du « monarchisme social » antisémite de Charles Maurras et du syndicalisme révolutionnaire anti-rationaliste d’Edouard Berth) et Alain de Benoist.
  • Le courant rouge-brun « national-libertaire », défendant un monde post-étatiste fondé sur un séparatisme racial de communautés « anarchistes »  ( Ndt : Il manque des exemples !  ) .
  • Le courant rouge-brun stalinien, avec comme figure contemporaine Annie Lacroix-Riz, stalinienne négationniste de l’Holodomor (famine organisée en Ukraine sous Staline) et conspirationniste, nationaliste « gaullisto-thorézienne » favorable au capitalisme d’État et « anti-impérialiste » pro-russe, avec comme figure de référence Michel Clouscard, stalinien partisan de l’ordre moral, nostalgique de l’autorité traditionnelle, étatiste, anti-68, confusionniste (amalgame des libéraux et des libertaires, et qualification de ce « libéralisme-libertaire » comme « néo-fascisme »), homophobe et anti-féministe, et comme maison d’édition Delga, véritable entreprise de réhabilitation révisionniste de l’URSS et de Staline, négationniste de ses crimes et conspirationniste anti-trotskyste (tendanciellement antisémite).
  • Le courant rouge-brun antisioniste-antisémite, faisant d’Israël une création purement colonialiste ou même carrément fasciste, l’assimilant au nazisme, faisant de lui un super-impérialisme manipulant l’ensemble des États occidentaux et responsable de l’intégralité des guerres au Moyen-Orient, et ce dans une rhétorique caractéristique de l’antisémitisme.
  • Le courant rouge-brun conspirationniste, expliquant l’ensemble des événements historiques – et surtout des ravages du capitalisme – comme le produit de conspirations mondiales qu’il attribue aux organisations secrètes d’une oligarchie libérale financière cosmopolite, et ce dans une rhétorique caractéristique de l’antisémitisme structurel, puisque c’est aux juifs qu’historiquement ont été attribués de manière systématique l’ensemble de ces ravages du capitalisme (Postone).
  • Le courant rouge-brun national-bolchévique, avec comme courant historique de référence celui des nationaux-bolchéviques des années 1920, comme figure de référence Ernst Niekisch (fondateur du national-bolchévisme), Staline, Otto Strasser (nazi « de gauche ») et certains membres de la « révolution conservatrice » intellectuelle allemande des années 1920 (notamment Spengler).

 

Émissions de Sortir du capitalisme à ce sujet ou en lien

http://sortirducapitalisme.fr/207-analyse-critique-du-populisme

http://sortirducapitalisme.fr/211-une-analyse-critique-des-idees-d-etienne-chouard

Au sujet de l’extrême-droite

http://sortirducapitalisme.fr/themes/52-extreme-droite

Au sujet des altercapitalismes, principalement d’extrême-gauche

http://sortirducapitalisme.fr/themes/39-altercapitalismes

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La brochure entière mise à jour : https://iaata.info/IMG/pdf/rougesbrunsdossiersortirducapitalisme.pdf

ou lire l’ancienne version sur le site.

Voir des émissions de Sortir du capitalisme sur ce sujet ou en lien :
Analyse critique du populisme
Une analyse critique des idées d’Étienne Chouard
Le fascisme qui vient
Fascisme, capitalisme et classe ouvrière
Au-delà des Lumières capitalistes, contre l’extrême-droite anti-Lumières
L’antisémitisme de l’extrême-droite néo-païenne

Voir sur le sujet la nouvelle émission d’Histoire radicale : Aux racines historiques du fascisme et du néo-fascisme

Commentaire(s)

> et la modé-prudence ?

"Plus précisément, le Parti des Indigènes de la République, en dépit de son discours populiste, interclassiste, identitaire, essentialiste, « anti-impérialiste » soutenant des dictatures tiersmondistes, homophobe, anti-féministe et antisémite (cf. "Pour une critique matérialiste de la question raciale"), ne peut être considéré stricto sensu comme « rouge-brun » puisqu’il s’agit avant tout d’une organisation antiraciste se situant en-dehors du clivage politique gauche-droite.

De même, on ne peut dire qu’il y a une dérive vers l’extrême-droite de Noam Chomsky, en dépit de son « anti-impérialisme » tronqué."

La modé-prudence des modos a fait censurer des articles pour beaucoup moins que ça :

"De même, les articles à propos de ou par Houria Bouteldja ou le PIR sont refusés. Le collectif souhaite que cette question importante du racisme et du vécu des personnes racisées puisse être visibilisée sans polariser autour de deux positions dans lesquelles il ne se reconnait pas, cette polarisation ne permettant pas un débat sur le fond."

https://nantes.indymedia.org/articles/50303

> validation

Cet article ne rentre pas dans la modé-prudence dans le mesure ou il n'est pas "à propos de ou par Houria Bouteldja ou le PIR" et porte des positions qui ne sont pas les leurs ni celles des "anti-racialistes".

> J'admet

Vous avez accepté un article sur le BDS ce qui prouve votre bonne foi.

> J’aimerais bien comprendre

L’article refusé pour ces mêmes raisons de « modé prudence » avait encore plus de raisons d’être validé, puisque ce n’était pas un article sur le PIR ni sur Houria Bouteldja, mais sur la lutte contre l’antisémitisme. Il y avait juste cette citation :

https://nantes.indymedia.org/articles/50303

« Les campagnes calomnieuses accusant Houria Bouteldja et le parti des indigènes de la République (PIR) d’antisémitisme, ou encore les nombreux procès pour appel à la haine raciale contre nos camarades de la campagne Boycott, Désinvestissement et Sanction (BDS), en témoignent violemment. »

Il s’agissait de la dénonciation d’attaques calomnieuses, justement, et pas une adhésion. Par contre, cet article pose plus problème, et il s’agit bien de calomnies pures : « Plus précisément, le Parti des Indigènes de la République, en dépit de son discours populiste, interclassiste, identitaire, essentialiste, « anti-impérialiste » soutenant des dictatures tiersmondistes, homophobe, anti-féministe et antisémite… »

Rien que ça ! Il s’agit bien de l’opinion de l’auteur de l’article, et c’est ça que vous avez validé, alors que vous refusez l’autre article. Ça serait donc bien de valider les deux ou de refuser les deux.

> -

Cet article assume un idéologie "racialiste" ( malgré des critiques du pir/Bouteldja ) ... cela ne pose pas de problème, cela fait plaisir de voir quelle position ne pose pas de soucis à la modé team d'indynantes

> -

Ce que dit ce texte est très clair : le Parti des Indigènes de la République « a un discours populiste, interclassiste, identitaire, essentialiste, « anti-impérialiste » et soutient des dictatures tiersmondistes, homophobe, anti-féministe et antisémite… » ça c’est ce que pense l’auteur, ce sont des accusations graves contre le PIR, exactement celles des « anti-racialistes » qui ont amené dans le passé les modos à instituer la modé-prudence.

Le texte ajoute seulement que le PIR « ne peut être considéré « stricto sensu » comme « rouge-brun » puisqu’il s’agit avant tout d’une organisation antiraciste se situant en-dehors du clivage politique gauche-droite. » Autrement dit, si le PIR ne peut pas être considéré « stricto sensu » comme « rouge-brun », c’est juste une question de positionnement gauche-droite.

Quant au « courant rouge-brun antisioniste-antisémite », il est directement inspiré des élucubrations du CRIF et de Mondialisme-Coleman.

En résumé, s’il y a un texte qui mérite la modé-prudence, c’est bien celui-là, à moins de vouloir relancer la guerre des anti-racialistes sur Indymedia, avec cette fois aucun contrôle sur ces gens-là.

> aucun rapport avec la modé prudence

Ce n'est pas parce que certains arguments sont partagés avec ceux des "anti-racialistes" que ce texte fait partie de cette mouvance. Les "anti-racialistes" portent également bien d'autres arguments et pratiques. Ce texte propose au contraire une lecture différente, qui n'est ni celle de Bouteldja ou du PIR, ni celle des "anti-racialistes" (comme on l'a déjà exprimé plus haut d'ailleurs, on ne va pas se répeter sans arrêt) et s'en démarque clairement dès l'introduction. Il ne soutien ni les un.e.s ni les autres. Dans ce sens il ne rentre pas dans la modé prudence puisqu'il semble plus ouvrir le débat en amenant d'autres positions.

> Commentaire caché, modé à priori

Un autre commentaire répétait la même chose que les deux autres auxquel on a déjà répondu, alors que les commentaires ne sont pas fait pour discuter de la modération. On ne va pas non plus répéter notre réponse. Du coup on passe les commentaires en modé à priori pour éviter que ça boucle et que ça spamme. Ca devait arriver sous un article sur ce sujet malheureusement...

> Apprendre à lire

Ce texte ne dit pas que tous les rouge-bruns sont des antisionistes,

Ce texte ne dit pas que tous les antisionistes sont des rouge-bruns,

Ce texte ne dit pas que tous les antisionistes sont des antisémites,

mais ce texte dit qu'il existe un «courant rouge-brun antisioniste-antisémite»