Grèce : Pogrom Raciste de l'Etat

Mis a jour : le dimanche 12 juillet 2020 à 14:42

Mot-clefs: Racisme Resistances contrôle social antifascisme logement
Lieux:

Analyse et compte rendu.

Résistance et défense collective contre les violences policières.

Place Viktoria à Athènes le week-end du 4 et 5 juillet 2020.

Déclaration / analyse :

Ce que nous pouvons voir sur la place Viktoria, c’est que, peu importe votre statut juridique, en tant que migrant.e vous serez constamment persécuté.e, rejeté.e et maltraité.e. Nous voyons des bus emmener des gens au centre de détention d’Amygdaleza, qu’ils aient ou non des papiers, qu’ils soient ou non inscrits comme demandeurs d’asile ou reconnus comme réfugiés - car la seule chose qui est prise en compte, c’est la couleur de leur peau. Chaque jour, les flics viennent harceler, intimider et convaincre les gens que leur place est ailleurs, qu’ils savent mieux qu’eux ce qui est bon pour eux. En 48 heures, nous avons vu le déploiement d’une série de stratégies différentes, de la violence physique avec des matraques, des gaz lacrymogènes et des sprays au poivre, à la manipulation psychologique avec de fausses promesses et des discours paternalistes, recourant à différents types d’intermédiaires pour atteindre leurs objectifs et finalement jouer sur l’état d’épuisement que tout cela crée. C’est ce qui s’est passé dimanche lorsque, enfin, après ne pas avoir dormi, mangé à peine pendant tout le week-end et assisté à des niveaux de brutalité inattendus, les gens ont accepté de monter dans les bus.

L’État a isolé ces personnes, en les envoyant dans des camps éloignés, et en ciblant les citoyens qui se tenaient solidaires à leur côté. Ainsi, l’Etat prive les gens de leur droit à l’autodétermination et à protester, et tente de les rendre, eux et leurs luttes, invisibles. Avec la deuxième attaque de samedi, qui s’est terminée par 23 arrestations, dont 4 poursuites, nous constatons que quiconque tente de briser cet isolement et cette invisibilisation est criminalisé et devient une cible de l’État et de ses alliés (mass media, propagande des ONG, etc.).

Les demandes des personnes qui restaient sur la place étaient très claires et basiques : maison, papiers, nourriture et éducation, et une opposition au plan du gouvernement de les emmener dans des camps, qui ne fait que cacher le problème plutôt que le résoudre. Bien sûr, de toutes ces demandes, le logement et le fait de pouvoir rester dans une zone centrale sont les plus cruciales car elles rendent toutes les autres plus faciles d’accès. Il est important de rappeler qu’il n’y a pas que les personnes qui restent sur la place qui sont confrontées à ces problèmes ; à l’heure actuelle, plus de 3 000 personnes s’attendent à être expulsées de leurs logements fournis par les ONG.

Dans une ville pleine de bâtiments vides qui subit un processus de restructuration et de gentrification forcée, le marché du logement est servi sur une plateau d’argent au capital internationale et nationale, et privatisé pour les riches et les touristes, ce qui entraîne un ’’nettoyage’’ classiste et raciste de la ville. Telle est la véritable signification du slogan du maire de la ville, « Athènes propre », qui sonnerait très bien dans la bouche d’autres fascistes de l’histoire. En même temps, l’État mène une guerre ouverte et directe contre le logement et les autres squats politiques, étouffant ainsi nos espaces et nos possibilités d’auto-organisation et de résistance.

En ce moment, les bases sociales sont attaquées sur tous les fronts ; l’oppression des migrants, la militarisation des frontières et des espaces publics, la privatisation des soins de santé, de l’eau et des autres besoins fondamentaux, les attaques à but lucratif dans les espaces naturels telles que l’interdiction de camper, et la répression à Agrafa et dans les îles, les restrictions de déplacement, et le renforcement des mesures de contrôle social sous prétexte de COVID, les arrestations massives lors des manifestations, et une loi contre les manifestations, etc. Ce qui s’est passé ce week-end, la cruelle descente dans Exarchia et la violente opération sur la place Viktoria démontre jusqu’à quelle extrémité la violence de l’Etat est prête à s’exercer quand il se sent vulnérable face à la résistance.
C’est pourquoi nous sommes solidaires de tous ceux et celles qui luttent, des squats dans les montagnes, des migrant.e.s et de tous ceux et celles qui résistent contre toutes les sortes de prisons et d’oppressions. Alors que la solidarité est de plus en plus criminalisée, nous serons complices dans une solidarité radicale et active avec tous ceux et celles qui résistent.

SOLIDARITÉ ET LUTTE COMMUNE ENTRE MIGRANTS ET LOCAUX

EN DÉFENSE DES ESPACES PUBLICS CONTRE LES VILLES STÉRILISÉES ET HOMOGÈNES

CONTRE LE FASCISME ET SON MONDE DE FRONTIÈRES

TOUT LE MONDE DETESTE LA POLICE

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Compte rendu – 3, 4, 5 Juillet 2020

La semaine dernière, sur la place Viktoria, il y avait environ 120 personnes qui dormaient avec toute leur famille et tous leurs bagages, pour certain.e.s depuis plus d’une semaine. Certain.e.s avaient déjà été emmené.e.s au camp de prisonniers d’Amygdaleza la semaine précédente et étaient maintenant de retour sur la place. D’autres étaient arrivé.e.s de Lesbos à Athènes plus tôt dans la semaine.

Le chef de l’Union afghane, qui avait gagné la confiance de certaines personnes la semaine précédente et qui les avait convaincues de se laisser emmener à Amygdaleza par les flics, est revenu pour approcher les nouveaux arrivant.e.s. Il a été repoussé par des gens qui s’assuraient de partager leurs expériences afin que chacun.e ait suffisamment d’informations pour comprendre la situation et prendre ses propres décisions, plutôt que de croire les paroles de la police. Pendant le reste de la semaine, les gens ont adopté la même position : refuser d’aller dans aucun camp et rester sur la place jusqu’à l’obtention de leur AFM et de leur inscription au programme de soutien de l’État (Helios) pour obtenir leur propre logement. Une personne du ministère est venue inscrire les personnes sur une liste et le lendemain leur a remis des certificats de sans-abri de la municipalité d’Athènes, leur disant qu’avec ce papier, ils pouvaient désormais obtenir un AFM. Les gens sont allés au bureau des impôts le lendemain matin pour commencer leur procédure d’AFM, mais se sont fait remballer, car ce papier ne valait rien, seule une preuve de domiciliation permettant l’ouverture de la procédure.

Après une semaine d’absence, de nombreux flics, dont un bus de la police anti-émeute, sont venus sur la place vendredi soir, pour emmener les gens, offrant à nouveau le déplacement dans des camps comme la meilleure option. Les gens ont refusé et la situation n’a pas dégénéré cette nuit-là. Mais samedi, les flics ont aggravé la situation. Plus d’escouades de policiers que la nuit précédente (MAT, DIAS et beaucoup d’autres en civil) sont arrivées vers 23 heures - sans traducteurs ni représentants d’autres services - et sont directement allées voir les gens leur disant de se lever et de monter dans les bus. Ils ont violemment attrapé un jeune homme et l’ont traîné vers le bus, ce qui a provoqué une forte réaction parmi le reste des migrant.e.s et la quarantaine de solidaires présent.e.s à ce moment. A ces premiers signes de violence, migrant.e.s et solidaires se sont réunis d’un côté de la place et ont spontanément organisé une défense collective. Les MAT ont chargé vers les personnes qui, pour leur faire front, avaient formé une ligne criant des slogans et hurlant d’indignation. Les gens ont repoussés les boucliers et se sont fermement accrochés les un.e.s aux autres et à ceux et celles que les flics ont tenté de prendre. On pouvait entendre des femmes crier « non » en continu, exprimant très clairement leur refus.

La première vague d’attaque avait pour but d’expulser de force les occupant.e.s de la place ; les flics ont brutalisé les gens et ont emmené certaines personnes dans les bus pour les arrêter, mais après quelque minutes, ils les ont tous libérés, et se sont repliés. Après un certain temps, une deuxième attaque a été lancée, qui semblait viser spécifiquement les solidaires. Ils ont cercler la place et les MAT et les DIAS ont pourchassé des gens qui couraient vers les rues adjacentes. Ils sont allés directement au milieu d’un cercle de familles pour aller chercher les solidaires parmi eux. Les gens se tenaient pour se protéger, les migrant.e.s tentaient de cacher les solidaires sous leurs couvertures. Dans le chaos, un homme s’est évanoui et des solidaires l’ont emmené à l’hôpital. Lors de cette attaque, de nombreuses personnes ont été rouées de coups, certaines ont été blessées et 23 ont été arrêtées et emmenées au poste de police de Kipseli. Quatre d’entre eux attendent actuellement d’être jugés, ceux qui ont été le plus violentés par la police. Cette nuit-là, la place Viktoria était en guerre.

Dimanche, la police est revenue dans l’après-midi avec des unités de policiers complètement différentes, dont beaucoup de femmes, avec de nouvelles stratégies pour convaincre les gens. Ils sont allés avec des traducteurs pour parler à chaque groupe, leur proposant de les emmener dans un « meilleur » camp - Skaramangas. Les gens se sont assis ensemble et ont continué à refuser, renvoyant les traducteurs. Les flics ont mis tout le monde sous pression, les MAT prenant position à chaque coin de la place alors que de nombreux solidaires se rassemblaient. L’événement de la Ligue de foot Antifa, censé avoir lieu cet après-midi à Agias Panteleimonas, en co-organisation avec le Réseau d’entraide et de lutte et Mano Aperta, a été déplacé sur la place Viktoria pour rester en solidarité avec les gens et s’opposer à la brutalité policière.

Finalement, une personne du ministère est venue engager des négociations. Les gens ont d’abord refusé de traiter avec elle, disant qu’ils ne croiraient plus à ses mensonges et qu’ils ne lui parleraient pas avant la libération des quatre personnes arrêtées la nuit précédente. Elle les a persuadés qu’elle s’occuperait de toutes leurs demandes administratives et leur a même donné son propre numéro de téléphone. Seules quelques familles ont refusé de bouger et ont été harcelées jusqu’à la fin de la journée, pour au moins quitter la place avec toutes leurs affaires. Le lendemain, le ministère des Migrations est venu avec une armée de flics pour montrer aux caméras qu’ils géraient la situation et que le problème n’existait plus.