Grèce : répression et résistance pendant la pandémie

Mis a jour : le mardi 19 mai 2020 à 15:29

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Alors que l'État grec profite de la pandémie de COVID-19 pour intensifier son contrôle et sa répression, les anarchistes, les migrant·e·s, les prisonnier·ère·s et d'autres personnes s’organisent et ripostent.

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En coordination avec le collectif de médias anarchistes RadioFragmata, nous présentons le compte-rendu suivant venu de Grèce. Ce dernier décrit les actions entreprises actuellement par le gouvernement grec, ainsi que par les propriétaires d'entreprises, la police et les fascistes, pour tirer profit de la pandémie de COVID-19 dans le but d'intensifier la répression – mais également celles que les anarchistes, les migrant·e·s, les prisonnier·ère·s, les travailleur·euse·s rebelles et les autres mettent en place pour riposter et ouvrir des espaces de liberté.

Ces mises à jour sont adaptées de la contribution mensuelle de RadioFragmata au podcast « Bad News Report » sur la situation actuelle en Grèce. Nous espérons sensibiliser les gens à cette situation et amener davantage d'auditeur·rice·s à écouter ce podcast ; nous recommandons d’écouter « Bad News Report » ainsi que le réseau radio anarchiste/antiautoritaire dans son ensemble.

 

Avril 2020

En Grèce, l'État a profité de l'épidémie de coronavirus pour expérimenter diverses méthodes de loi martiale et de contrôle social. La police est massivement présente dans les rues comme s’il s’agissait pour elle d’un jour de fête – situation qui n’est pas sans rappeler l'époque de la junte, la dictature qui a dirigé la Grèce dans les années 1960.

Nombre de ces mesures ont des implications politiques pour nos mouvements et pour les luttes sociales qui existent dans cette région.

La situation des réfugié·e·s s'intensifiait déjà en raison de l'envoi opportuniste par l'État turc de réfugié·e·s désespéré·e·s à la frontière grecque. En fin de compte, les réfugié·e·s ont dû faire face à des attaques à la fois du côté turc et du côté grec. Beaucoup de gens ont négligé ce fait à cause du virus – mais bien qu'elles n'aient pas fait la une des journaux, ces attaques ont attiré les louanges des fascistes, des patriotes et d'autres personnes qui souhaitent voir le génocide passif des réfugié·e·s et des migrant·e·s.

L'État grec tente de confiner les réfugié·e·s dans des camps qui sont totalement insalubres, dans lesquels il y a déjà des cas de COVID-19 et où il est impossible pour les gens de maintenir une distance de sécurité les un·e·s par rapport aux autres. Ces lieux sont quelque chose entre des camps de concentration et des zones de mort pures et simples. En outre, de nouvelles mesures sont mises en place pour créer des camps de réfugié·e·s supplémentaires sur l’ensemble du territoire grec afin d'isoler les réfugié·e·s ; beaucoup ont décrit ces camps proposés comme étant des boîtes de Petri massives d'infection et de mort. Se cachant derrière sa réputation d'être débordé et sous-financé, l'État grec a envoyé la MAT (police anti-émeute) et diverses autres forces de l'État sur ses îles et dans les camps de réfugié·e·s pour imposer un verrouillage des lieux et contenir les réfugié·e·s qui luttent pour leur survie face à la pandémie. Les tests effectués dans certains hôtels qui accueillent des réfugié·e·s ont révélé un taux d'infection supérieur à 70 % ; le nombre de morts dans certains camps de réfugié·e·s reste quant à lui inconnu.

L'État a pris des mesures agressives pour réprimer les protestations des réfugié·e·s. De plus, les réfugié·e·s détenu·e·s sur les îles ont été victimes d'attaques de milices ; pendant la semaine du 23 avril, des miliciens ont tenté de tuer des réfugié·e·s qui rentraient chez elleux à pied sur l'île de Lesbos, l’île sur laquelle se trouve le camp de réfugié·e·s de Moria, qui accueille actuellement dix fois plus de personnes que la capacité qui était initialement prévue. Cette attaque perpétrée par des fascistes ou des « patriotes » locaux s'inscrit dans un schéma plus large de violences envers les migrant·e·s et les réfugié·e·s qui implique également les forces de police.

L'État a également arrêté un·e migrant·e anarchiste pour avoir relayé des appels de soutien envers celles et ceux qui font face à ces conditions insupportables à la frontière. Les autorités ont justifié cette arrestation en invoquant des messages postés en ligne, en exigeant une peine de dix ans de prison et en affirmant que la personne arrêtée voulait armer les réfugié·e·s pour qu'ils et elles puissent se défendre. Elles n'ont cité aucune autre preuve contre lui/elle que ces posts prônant l'autodéfense générale. Cela met en évidence un nouveau niveau de répression en Grèce, alors que l'État met en œuvre de nouvelles politiques préventives et draconiennes introduites sous l'administration d'extrême droite de Mytsotakis.

Le jeudi 9 avril 2020, un soulèvement a éclaté dans les prisons pour femmes d'Éléonas-Thèbes, déclenché par la mort d’une personne arrêtée, Azizel Deniroglou. Elle a peut-être été tuée des suites du coronavirus, car elle souffrait de fièvre, d'essoufflement et d'une forte toux dans les jours précédant sa mort. Les prisonnier·ère·s de la prison de Korydallos à Athènes ont également manifesté pour leur propre protection et survie. Comme d'autres prisonnier·ère·s dans le monde, les prisonnier·ère·s grec·que·s demandent une libération anticipée ou de nouvelles mesures sanitaires et de protection. Tout comme les réfugié·e·s laissé·e·s pour mort·e·s, la façon dont les prisonnier·ère·s sont traité·e·s montre que l'État les considère comme des personnes dont on peut se passer.

Le groupe anarchiste de soutien aux prisonnier·ère·s Tameio fait circuler un appel à la solidarité et à une levée de fonds d'urgence : Un fonds de solidarité pour les prisonnier·ère·s anarchistes et les combattant·e·s persécuté·e·s. Depuis sa création en 2010, le groupe tire principalement son financement de dons laissés dans les caisses de soutien des bars et des restaurants, ainsi que de collectes de fonds ; les mesures de confinement ont provoqué un grave manque de ressources pour le groupe. À cet égard, le confinement a perturbé les actions de soutien envers celles et ceux qui sont confronté·e·s à la répression, qui doivent payer les frais de justice et l'aide juridique – et par-dessus tout, le confinement a fortement impacté les 24 prisonnier·ère·s politiques que le fonds soutient directement chaque mois. Vous pouvez trouver plus d'informations sur cette situation ici.

Les équipes d’anarchistes, les membres de différents centres sociaux squattés, ainsi que celles et ceux appartenant à d'autres groupes d'entraide et de secours en cas de catastrophe – groupes indépendants de l'État – développent de nouvelles initiatives et mènent de nouvelles formes d’actions. Officiellement, « aider celles et ceux qui sont dans le besoin » est l'une des six justifications acceptables par les autorités pour quitter son domicile pendant le confinement. Cependant, nombre de ces groupes et les espaces qui les accueillent ont été victimes d'un harcèlement et d'une intimidation incessants de la part des forces de l’ordre, simplement parce qu'ils et elles essayaient de coordonner des livraisons de nourriture aux personnes dans le besoin. Le 25 avril, la police a procédé à de multiples arrestations à Exarchia, ciblant celles et ceux qui ne faisaient que collecter des vivres qui autrement seraient gaspillées et ce, afin de les redistribuer aux personnes qui luttent au quotidien pour s'en sortir.

De nombreux groupes d'entraide ont continué à fonctionner et ce, quelles qu'en aient été les conséquences. Alors que les lois sont floues quant à définir ce qui constitue ou non une « aide aux personnes », la police a reçu l'autorisation d'interpréter cela à sa guise, et elle maintient une politique flagrante de deux poids, deux mesures en refusant toute initiative visant à aider spécifiquement les migrant·e·s ou les personnes exclu·e·s. De même, alors que le groupe anarchiste Rouvikonas a reçu les éloges des médias officiels pour avoir apporté le matériel nécessaires aux établissements de soins athéniens, les gestes de soutien et de solidarité qu'il a entrepris à l'égard des personnes vivant dans les camps de Roms n'ont pas suscité le même engouement. Il est dangereux d'essayer d'aider les gens lorsque la police considère cela comme un affront à son autorité et à l'État, et ce risque augmente en fonction des personnes que l'on essaie d'aider.

Malgré la répression et l'intimidation de ces flics miliciens dans les rues de Grèce, le mouvement a mené de nombreuses actions de solidarité avec les travailleur·euse·s de la santé, les prisonnier·ère·s et les réfugié·e·s. C'est une période effrayante, mais il est inspirant de constater que même dans ces circonstances, notre mouvement reste visible grâce à une énorme quantité d’initiatives basées sur l’entraide, sans parler des graffitis révolutionnaires, affiches et bannières que l’on voit dans tout le pays.

La police s'est également servie de la pandémie pour justifier son déploiement dans les rues d'Exarchia et terroriser ses habitant·e·s, en particulier les migrant·e·s et celles et ceux qui entrent ou sortent des squats. Les contrôles visant à s’assurer du bon respect des mesures de confinement sont plus visibles à Exarchia qu'ailleurs. La police a arrêté et fouillé des personnes au hasard et leur a donné des contraventions pour des infractions fabriquées de toutes pièces afin de terroriser le quartier. Les unités de police habituellement utilisées pour attaquer le mouvement anarchiste, connues sous les noms de MAT et Delta, ont mis en place des points de contrôle et des zones d’occupations dans tout Exarchia, en affirmant que « le quartier tel qu’on le connaissait autrefois ne reviendra jamais. »

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