Etre en première ligne à l’hôpital - journal de bord d’une soignante

Mis a jour : le lundi 6 avril 2020 à 01:38

Mot-clefs: coronavirus
Lieux: occitanie

Du 16 Mars au 30 Mars,

Lundi 16/03

A 9h du matin la cadre infirmière du service de médecin passe avec pour consigne de mettre des masques.

10h : On ne doit plus mettre de masque car les stocks sont trop faibles. Beaucoup de questions de la part des soignants sur les conduites à tenir en cas de suspicions, beaucoup d’informations contradictoires…

Les consultations externes sont annulées.

Mardi 17/03

Pas trop d’information en plus de mon côté, j’apprends seulement que les médecins ont des réunions tous les matins avec l’équipe de direction, les retours que j’en ai ne sont pas très clairs. Beaucoup de blabla, rien de concret, et notamment rien de clair au niveau des protocoles soin/hygiènes pour les soignants.

Mercredi 18/03

Toujours pas de consignes claires, un peu plus d’angoisses pour les soignants. Peur notamment de contaminer leurs proches en rentrant chez eux.

Beaucoup de questions autour de l’habillement : mettre des pyjamas, gardes vêtements de villes sous la blouses… Qu’est-ce qu’on doit faire ?

Mais aussi : quelles conduites à tenir si suspicion ? Quel masque prendre (chirurgicaux, ffp2, etc.) ?

Lundi 23/03

On aura désormais le droit à 1 masque toutes les 8h (un masque vaut pour 4 normalement) ; mais toujours pas de gants.

L’ARS nous a envoyé que 150 masques (pour 500 salariés), on a eu des dons d’autres institutions mais c’est un peu la merde. Apparemment le CHU a reçu une grosse quantité avec ordre de distribuer les stocks, comme s’ils n’avaient que ça à faire… pour rappel ce sont eux qui accueillent une large majorité des cas.

On a 9 patients suspectés covid dont on attend les résultats. Notre service de réa’ n’est pas opérationnel, du coup les soignants sont dans l’attente et le stress de savoir quoi faire de ces patients.

On a eu une réu avec la direction (pour les cadres), qui n’a été qu’une grosse mascarade. Dès qu’un membre de personnel soulevait une question concrète il ou elle se faisant envoyer bouler, limite humilié verbalement par le directeur, un connard fini, méprisant au possible. Ce directeur attaque directement ceux qui prennent la parole, par exemple avec des petites phrases comme : « non mais ça c’est votre petite angoisse personnelle » ; « vous avez juste peur de l’inconnu » (en réponse à une cadre aide-soignante qui appuie le fait que la maternité est sans protocole, a 10 jours de retard sur la préparation et qu’après discussion avec une autre maternité il en ressort que le service n’est absolument pas prêt.

En gros toujours pour renvoyer les questions de fond dans le registre de la petite angoisse personnelle.

Au final donc impossible de conclure sur quoi que ce soit. Nous n’avons quasiment aucun protocole de posé (et notamment pour le service de maternité qui est plein). Aucune perspective de soin et de prise en charge. On nous parle de plusieurs plans qui se contredisent comme le soulignent plusieurs soignants et qui, au niveau du parcours de soin, sont même plutôt dangereux (par exemple installer un barnum de « triage des patients » à l’entrée), d’autant plus que nous n’avons pas de tests pour dépister (donc tout triage est en réalité fallacieux).

A ce jour les soignants n’ont toujours pas eu leur formation habillage/déshabillage (pour ne pas se contaminer en enlevant la tenue) et de toute façon on manque de beaucoup de masques.

Une soignante était au bord des larmes en sortant, mais vraiment impossible de parler de choses concrète, on a eu beau essayer d’y revenir ça n’a rien donné.

Et y a aussi tout un truc de contrôle de l’information : on nous exhorte à ne pas parler des problèmes aux soignants de terrain qui ont besoin de « positifs » – dixit la directrice des soins proche du directeur.

L’équipe ménage n’a plus de masque apparemment…Cette équipe, externalisée et privatisée depuis 2 ans environ, est en bout de chaîne et dispose de peu de moyens de se défendre.

Côté soignant ça s’organise un peu, il y a une volonté de faire tant que possible sans la direction (ce qui est intéressant), ne serait-ce que pour faire l’inventaire des stocks, repérer les besoins, savoir quel secteur a quoi (car oui tout ça n’a toujours pas été fait).

Mardi 24/03

Nouvelle réunion, la salle est très silencieuse, peu de personnes prennent la parole car cela ne mène à rien.

Voilà cependant ce qui ressort des rares échanges :

Question : « Où en sommes-nous de la préparation des parcours de soin ? »

Réponse : « On y travaille » / « on va voir ça » / « on va travailler là-dessus » ; on va travailler sur les « flux » / …. bref une liste longue comme le bras de phrase abstraites qui ne disent rien de concret.

Question : « Qu’en est-il du barnum censé être installé et servir pour l’organisation des parcours de soin ? »

Réponse : « rire (oui oui) » de la directrice des soins proche du directeur de l’hôpital. C’est elle qui coupe aussi souvent la parole, qui donne de multiples informations contradictoires et envoie balader les soignants. « On va s’y mettre on a essayé de le mettre à l’entrée mais il ne passait pas on va l’installer ailleurs ».

Pour remettre dans le contexte, ils voulaient d’abord le mettre à l’entrée de l’hôpital, or c’est là que passent les ambulances il était donc évident que ça ne passerait pas, cela montre qu’ils ne connaissent pas l’hôpital (la fameuse directrice de soins, après 1 an de poste ne savait toujours pas où était l’hôpital de jour alors qu’elle est censée coordonner l’ensemble des services).

On nous annonce la suspension des réunions cadres et médecins pour le moment, car ils ont créé un « comité scientifique » chargé, dans le cadre du plan blanc, de gérer la crise. Dans ce comité il y a des médecins et la direction principalement, aucun infirmier ou infirmière, aucun aide-soignant ou aide-soignante, en gros personne qui n’est constamment sur le terrain (à l’exception d’une infirmière hygiéniste qui nous a été envoyé d’une autre clinique, mais qui semble très proche de la direction …) – Les médecins sont plutôt absents des services (sauf pour la consultation quotidienne) difficile pour les équipes sur le terrain).

Les urgences et d’autres services font remonter que le personnel vient à manquer (maladie, départ, ou autre). Pas de réaction de la part de la direction.

On relève de plus en plus de patients qui nous sont adressés (notamment par les médecins traitants avec des symptômes de covid sévères (dyspnée notamment), alors que nous n’avons pas de service de réanimation opérationnel (nous devons donc les renvoyer vers le CHU). Il est demandé à la direction de transmettre l’information aux médecins traitants, la direction répond vaguement qu’ils le feront.

La cadre des aides-soignants insiste : « le CHU ne pourra pas tout absorber on va en recevoir nous aussi, et on ne peut pas prévoir en avance si, ni quand, il y aura détresse respiratoire ». La direction répond simplement : « oui on en aura » – Inquiétude importante de la part des soignants qui ont peur de ne pas pouvoir réanimer les patients qui feront des détresses respiratoires dans notre hôpital. Pour le moment la consigne serait d’appeler le SAMU, mais dans ce genre de situations souvent le temps manque ….Il y a de quoi mettre sous respirateur dans les blocs mais cela doit rester plutôt exceptionnel si j’ai bien compris.

Sinon toujours manque de matériel, bien sûr masques, mais aussi Unité de soin mobile et Unité de protection mobile (ces deux unités sont des mobiliers de soins portatifs contenant ce qui est nécessaire pour le soin ou pour se protéger, par exemple surblouses, gants, masques). Il n’y a pas de coordination d’organisée entre les services donc on ne sait pas qui a quoi, on voit juste passer des gens venir chercher notre matériel.

Une unité covid devrait être créée dans le secteur de la chirurgie, soit-disant pour accueillir les patients suspects mais non positifs avérés, or nous n’avons pas de tests en quantité suffisante, donc au final les soignants ne comprennent pas trop le principe.

Il en ressort encore beaucoup de flou, rien ne semble clair si ce n’est le mépris affiché envers les soignants. La cellule de « scientifiques » est plutôt inquiétante également car cela va dans le sens d’un contrôle encore plus resserré de l’information je pense. A voir si des parcours de soin et des protocoles clairs en sortiront.

Mercredi 25/03

J’ai pu discuter un peu avec des membres du personnel de ménage aujourd’hui. Ce secteur a été, il y a quelques temps déjà, externalisé auprès d’une entreprise privée spécialisée. J’ai donc appris qu’ils ne disposent que d’un seul masque par jour par membre du personnel (pour rappel un masque vaut normalement pour 4h), alors qu’ils restent toute la journée sur la structure la plupart du temps (l’idéal serait donc au moins 3 masques, voir 2 (puisque nous sommes nous-mêmes soumis à un masque toutes les 8h).

Concernant la tenue du « conseil scientifique » un compte-rendu a été fait (uniquement) aux cadres. Il est assez succinct et confus car beaucoup de cas particuliers ne sont pas pris en considération. Par exemple, il est indiqué que tous les patients venant de l’extérieur ayant consultation à l’hôpital devraient passer par le barnum, mais les patients d’oncologie, du fait de leur état de santé déjà fragile, ne devraient pas avoir à passer par là car cela est dangereux pour eux, mais rien n’est précisé dans ce sens. Ce n’est qu’un exemple il y en a d’autres. On voit également que la maternité n’a pas obtenu la commande de toute ce qu’elle juge nécessaire. De plus, c’est un petit barnum, donc pour les patients arrivants en brancard via les ambulances ça risque d’être vite compliqué. Une seule infirmière d’accueil me paraît juste en cas de pic épidémique (mais n’étant à proprement parlé personnel médical ce n’est qu’une réflexion perso, pas appuyée sur une expérience de terrain).

De plus nous n’avons sur ce document aucune information concernant le service de médecine interne. À ce jour, le CHU absorbe les cas COVID, mais ils vont arriver à saturation, nous allons donc très certainement recevoir des COVID également et sans service de réanimation cela est compliqué pour les équipes. Surtout que nous n’avons toujours pas assez de masques et, notamment, de FFP2 (essentiels si cas COVID avéré). Des FFP2 devraient toutefois être mis à disposition du service qui va ouvrir pour les « COVID suspects », dans le service maternité et aux urgences. Malheureusement c’est un tri un peu de surface puisque sans test on ne sait pas qui est positif ou non. À ce jour les études médicales laissent penser qu’il y a une majoration des symptômes à j+7.

Information très importante aussi, nous n’avons toujours pas de test, donc en réalité il est très difficile de savoir si nous avons des cas COVID ou non, avant l’apparition des symptômes graves (surtout que beaucoup de symptômes peuvent être associés à d’autres pathologies, notamment par exemple chez les patients en post-chimio). La question des masques et des tests est vraiment centrale. Nous n’avons toujours pas de gants en continu non plus (des gants sont toutefois disponibles pour les soins bien entendu). Les mails à l’ARS, au gouvernement et autres restent pour la plupart sans réponse. On a rien reçu en masque depuis les 150 du week-end dernier…(pour rappel on est 500 salariés).

A ce jour les soignant du secteur de médecine interne (je ne sais pas pour les autres services) n’ont toujours pas eu la formation habillage/déshabillage. Je crois par contre que les soignants ont été formés massivement au CHU (information à vérifier cependant). A noter également le manque de pyjamas et de chaussures de protection, il a été rappelé le risque de ramener chez soi des éléments contaminants. Conseil est donné de se déshabiller en entrant et de mettre le linge dans la machine (pour ceux qui en ont ….on est nombreux à vivre dans des petits appart’ donc sans machine) et d’aller à la douche (même les chaussures sont sources de contamination, mais pas de chaussures plastiques pour tous les membres du personnel). Là clairement les conditions matérielles d’existences de chacun sont inégales.

Beaucoup de questions techniques n’ont pas encore été abordées. Par exemple, s’il y a un cas de décès COVID, comment réaliser la toilette mortuaire ? Doit-on la faire ? – car c’est un moment de possible contamination importante.

Aussi on ne sait toujours pas précisément quel secteur à quoi en termes de matériel.

A noter également que de nouveaux signes avant-coureurs du COVID semblent avoir été repérés :

– étourdissement et confusion chez les personnes âgés

– chutes

– perte de goût et d’odorat

– diarrhée et autres problèmes digestifs

Reste que sans tests ces éléments de repérages sont complexes à interpréter … (notamment pour les patients ayant déjà d’autres pathologie ou traitements type chimio par exemple).

Il ressort en tout cas de tout cela qu’au moment du pic nous aurons des patients COVID en médecine et dans d’autres services et que manifestement nous ne serons pas prêts. Il y a aura donc mise en danger des patients et des soignants.

J’ai pu discuter aussi avec quelques membres du personnel de secrétariat. Certains ont pu obtenir un télétravail souhaité, pour d’autres celui-ci a plutôt été imposé.

Lundi 30/03/2020

Toujours pas de protections (masques ; gants) supplémentaires, nous aurions en revanche reçu quelques tests (assez peu je crois, mais je n’ai pas les chiffres exacts)

Les parcours de soin sont encore très flous, les soignants reçoivent des informations contradictoires. Un exemple d’un patient repéré COVID dans le service de médecin, deux informations contradictoires : l’envoyer dans le secteur dédié aux cas suspicions de COVID ou le garder dans la chambre pour éviter les déplacements, potentiellement source de contamination.

J’ai pu discuter un peu avec le personnel d’entretien (entreprise privée externe), aucune information ne leur parvient (par exemple ils ne savaient pas que notre hôpital n’était pas repéré COVID), ils ne sont pas formés à cette situation particulière (par exemple changer d’équipement lorsque l’on sort d’une chambre suspectée COVID pour ne pas transporter le virus avec soi). Ce sont donc les infirmières qui informent au moment où elles perçoivent la situation. Pareil pour les ASH qui s’occupent des plateaux ou des brancardiers (qui ont la particularité de se déplacer dans tout l’hôpital, leur formation est donc importante).

Une difficulté que rencontre l’équipe soignante, qui est liée indirectement à la situation COVID, concerne la question de la fin de vie des patients dans un contexte où les visites extérieures sont extrêmement limités : comment les accompagner dans cette étape, rendue encore plus difficile du fait de l’accès aux visites limitées pour les proches ?

Le barnum a été installé et 2 infirmières y sont en postes de façon permanente.

Il a enfin été demandé aux cadres des services de faire remonter leurs besoins en termes d’équipement (calcul pour une semaine environ).

 

synthèse

 

Les expériences retranscrites ici nous donnent à voir des situations singulières dans le secteur large du « médico-social ». Nous avons pu trouver entre les différents entretiens quelques résonances :

– des équipes de direction prises au dépourvu, qui appliquent la technique du « sauve qui peut » tout en envoyant en première ligne les travailleurs considérés comme « moins qualifiés »… Et nous savons bien que les décisions prises dans l’urgence et la panique sont et seront lourdes de conséquences pour les travailleurs (que ce soit pendant la durée du confinement ou même très probablement après, nous pensons ici notamment à la généralisation du télétravail).

– la difficulté de créer un véritable rapport de force dans un contexte où le chantage affectif et la dimension sacrificielle inhérente à ces professions – et sans aucun doute à la grande vulnérabilité des personnes accueillies – sont, à ce stade de la crise tout le moins, encore très efficace sur les travailleurs de ces secteurs.

De là découlent alors à la fois un sentiment d’impuissance de quelques individus souvent isolés souhaitant résister à la situation mais aussi des premières initiatives de solidarité et de luttes de travailleurs qui émergent ici et là. Ce sont ces éléments que nous souhaitons partager largement car nous pensons que la liaison entre les personnes et collectifs derrière ces récits constitue la première arme de notre autodéfense.

Mars 2020

Dans le cadre de la crise COVID, cet écrit se propose de témoigner d’une expérience de vie au sein de l’hôpital. Si les conditions d’exercices de nos métiers évoluent beaucoup au jour le jour, il y a toutefois des lignes de forces qui méritent d’être soulignées, en ce qu’elles éclairent les effets du capitalisme et de l’exploitation de classe sur les métiers du soin.

Petite précision : l’hôpital dont il est question n’est pas un hôpital repéré COVID, nous ne devrions donc pas être appelés à recevoir énormément de patients COVID, mais plutôt à accueillir les patients non COVID des autres services (toutefois en l’absence de test, cela reste assez hypothétique).

La lutte de classe à l’hôpital

Ce que je retiens pour commencer, c’est l’actualité (toujours) d’une lecture en termes de lutte de classe. L’hôpital est un lieu où s’exerce les diktats de la hiérarchie bourgeoise. Il y a d’abord la direction de l’hôpital, puis les médecins et enfin les soignants et le personnel d’entretien.

Le droit à la parole suit cette même hiérarchie et ceci est d’autant plus visible dans une situation dite de « crises ». Alors que les aides-soignant(e)s et infirmièr(e)s sont très souvent les mieux placé(e)s pour témoigner des difficultés et besoins du terrain, leur parole est désavouée dans toutes les réunions que nous menons pendant la période COVID. Dès qu’ils ou elles posent des questions concrètes, la direction balaie la question (à laquelle ils n’ont probablement pas de réponse) pour la renvoyer dans le registre de la petite angoisse personnelle : « vous avez juste peur de l’inconnu » ; « ça c’est juste la manifestation de votre angoisse », etc. A croire donc, que l’absence de parcours et de protocole de soin en cette période particulière n’est que l’affaire d’une angoisse personnelle et non pas quelque chose à laquelle nous devons réfléchir et nous préparer, alors que nous avons la chance de disposer d’un temps de latence – n’étant pas un hôpital repéré COVID.

Au-delà de ce refus de la parole du soignant (et parfois de sa disqualification), il s’organise également un contrôle de l’information. L’information est segmentée et diffusée d’abord dans hautes sphères (direction et médecin) avant d’être transformée et diffusée avec parcimonie dans les autres corps de métiers – sous l’argument massue avancée par la directrice des soins : « les équipes n’ont pas besoin de savoir tous les détails, il faut leur donner du positif »…

La lutte de classe se joue également au niveau des conditions matérielles d’existences puisqu’en l’absence de protections par exemple, il revient au personnel de laver ses vêtements de ville (utilisés au travail). Ceux qui ont une machine à laver sont donc moins mis plus en difficulté. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Enfin la décision du télétravail est parfois choisie mais parfois aussi imposée par la direction, ayant désormais de plus en plus de pouvoir à cause des décrets imposés par le gouvernement qui ne visent qu’une chose : donner au patronat la possibilité d’exploiter encore plus aisément les travailleurs.

La lutte de classe concerne également les patients bien entendu, puisque les populations les plus précarisées par le capitalisme, ne disposant pas d’habitation et/ou de revenu pour vivres, sont aujourd’hui dans une situation complexe au moment où beaucoup d’associations et structures d’accueils ont été fermées. Pour notre hôpital c’est le centre de délivrance des traitements de substitution qui risque de fermer pendant cette période (cela est en discussion), laissant les patients en difficulté avec leur traitement (et l’accès au soin, puisque le médecin de la structure ne pourra plus les recevoir comme il le fait habituellement). Pour l’heure ce sont déjà les consultations psy’ et assistante sociale qui ont été fermées, faute d’avoir des locaux pouvant accueillir les patients sans risque de contamination.

L’absence d’organisation

Autre trait frappant, c’est l’absence d’organisation de la direction dans ce temps de crise. Alors que nous avons la chance de disposer d’un laps de temps précieux pour organiser la prise en charge des patients, la direction ne semble pas vouloir l’entendre. À ce jour nous ne disposons donc toujours pas de protocole de soin et de parcours de soin pour la situation COVID.

Alors que plusieurs soignants font remonter que le CHU ne pourra pas tout absorber et que nous recevrons très probablement des cas COVID, la direction ne fera que répondre : « oui on en aura », sans se soucier visiblement du personnel qui devra improviser le moment venu.

Il faut savoir que la direction a eu à cœur de s’entourer d’amis proches, solidarité de la classe bourgeoise qui lui permet de s’appuyer donc sur une équipe qui ne le contredira pas. Cette équipe n’hésite pas à exprimer son mépris vis à vis des travailleurs, tout en se dédouanant de son propre travail. Deux exemples assez parlants : la directrice des soins après 1 an de poste qui ne sait toujours pas où se trouve l’hôpital de jour ; Cette même directrice qui veut installer un barnum de tri des patients à l’entrée alors que c’est par là que passent les ambulances. En plus de mépriser le personnel, la classe bourgeoise met donc les soignants en difficulté et en retard du fait de son incompétence

La disparition programmée de l’hôpital public

Enfin nous n’étonnerons personne en disant que l’hôpital souffre depuis plusieurs années déjà d’un manque d’investissement financier permettant des soins de qualités et une protection réelle des travailleurs en poste.

Aujourd’hui cela se repère par exemple au niveau de l’absence de matériel de protection. Les masques manquent, alors que nous sommes environ 500 salariés sur site, l’ARS nous a envoyé une enveloppe de 150 masques. Il nous faudrait également des gants, des protections de corps, voir des surchaussures (puisque vecteur de contamination également).

Le personnel est donc mis en danger faute d’avoir les protections adéquates (et les patients aussi bien entendu, puisque nous recevons des populations fragilisées du fait de leur traitement et de leur pathologie médicale).

Le personnel n’a à ce jour pas été formé à l’habillage/déshabillage, alors qu’il s’agit d’un temps de risque contamination important. Ils n’ont pas été formé non plus à des pratiques importantes (par exemple toilette mortuaire d’un patient COVID).

Au niveau matériel pour ce qui nous concerne c’est aussi le manque d’un service de réanimation (fermé il y a 6 ans pour faire des économies), mais aussi manque d’« Unité de soin mobile » et d’ « Unité de protection mobile » (ces deux unités sont des mobiliers de soins portatif contenant ce qui nécessaire pour le soin ou pour se protéger, par exemple surblouse, gants, masques).

Le manque de masques touche aussi les métiers les plus précaires et notamment pour ce qui nous concerne, le personnel d’entretien qui n’a le droit qu’à un masque par jour (un masque ne vaut que pour 4h normalement), alors que les soignant ont le droit à un masque toutes les 8h. Il faut savoir que ce service a été privatisé est aujourd’hui gérer par une entreprise qui leur impose une cadence de travail extrêmement difficile au quotidien et qui ne prend même pas la peine de les protéger convenablement, alors que dans le cas des virus ce métier est très fortement exposé.

Enfin il nous manque surtout des tests sans lesquels il n’est en réalité pas possible de respecter les parcours de soin que nous mettrons en place, car les symptômes peuvent apparaître assez tardivement.

Solidarité

Enfin pour ne pas témoigner que du négatif, devant l’incompétence de la direction, les soignants s’organisent, discutent entre eux, appellent les services des uns et des autres pour connaître les besoins et les astuces de chacun. Ce savoir qui se constitue est précieux, de même que les liens qui se tissent. L’hôpital tient grâce à ça, mais le capitalisme, l’Etat et l’exploitation restent les ennemis à abattre.

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