Aujourd'hui à l'Assemblée nationale : criminalisation de l'antisionisme

Mis a jour : le mardi 3 décembre 2019 à 01:02

Mot-clefs: Racisme Répression Resistances fascisme
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Le CRIF va-t-il dicter sa loi ?

"Dire que l’antisionisme est une nouvelle forme de l’antisémitisme, c’est la reconnaissance d’une réalité qu’au CRIF, nous martelons depuis longtemps, notamment à travers notre combat contre le mouvement BDS. Il faudrait maintenant sortir du déclaratif. La réflexion doit désormais porter sur la manière dont on réprime ce nouvel antisémitisme. La législation française, très aboutie dans la lutte contre l’antisémitisme “classique”, ne dispose pas encore d’un arsenal juridique pour combattre l’antisionisme ."

Francis Kalifat

" […] Comment accepter qu’un sujet qui devrait rassembler, - la lutte contre l’antisémitisme et toutes les autres formes de racisme -, soit manipulé et transformé en sujet de division, pour assurer l’impunité de l’État d’Israël et tenter de faire taire les critiques qui lui sont adressées ? Si la résolution fait autant polémique, c'est en effet parce qu'elle n'est pas ce qu'elle prétend être. La Plateforme des ONG pour la Palestine, forte de ses 39 organisations, en a assuré le décryptage dans une brochure qui a été envoyée à tous les députés.

S’il faut lutter de manière résolue contre l’antisémitisme comme contre toute autre forme de racisme, les voies proposées par la résolution sont pour le moins contestables. En contradiction avec les études publiées sur le sujet, elle fait d’abord de l’antisionisme la cause principale de l’accroissement des signalements d’actes antisémites et une « expression moderne de l’antisémitisme ». C’est oublier un peu vite que l’antisionisme est une opinion politique, longtemps majoritaire dans les communautés juives européennes. Si le terme de « sioniste » peut parfois masquer des expressions antisémites, les tribunaux savent l’apprécier sur la base des lois existantes, et il est objectivement impossible d’aller plus loin sauf à vouloir contrôler les pensées de chaque citoyen !

C’est là qu’intervient la « définition IHRA de l’antisémitisme », dont l’adoption est au cœur de la « résolution Maillard », ainsi que les exemples associés à cette définition, qui ont pour unique objet de faire planer le soupçon d’antisémitisme contre toute critique de l’État d’Israël et de sa politique, alors que celle-ci est largement condamnée par la communauté internationale." […]

https://blogs.mediapart.fr/afps-association-france-palestine-solidarite/blog/221119/il-est-temps-de-renoncer-la-resolution-maillard

 

S’appuyant sur une interprétation de lois anciennes que certains juristes ont mises en cause, interprétation clarifiée en 2010 dans une circulaire par la ministre de la Justice d’alors, Michèle Alliot-Marie, la Cour de cassation a condamné cinq militants de la campagne BDS pour une action menée dans un supermarché d’Illzach le 26 septembre 2009. Depuis, toute action visant à appeler au boycott est susceptible d’être poursuivie en justice.

IL CONVIENT DE RAPPELER QUE DEUX SEULS PAYS AU MONDE PÉNALISENT LES MILITANTS APPELANT AU BOYCOTT DANS LE CADRE DE CETTE CAMPAGNE : LA FRANCE ET ISRAËL.

 

Voir le point de vue de Schlomo Sand sur cette loi scélérate :

[…]  La tentative du président français Emmanuel Macron et de son parti visant aujourd’hui à criminaliser l’antisionisme comme une forme de l’antisémitisme s’apparente à une manœuvre cynique et manipulatoire. Si l’antisionisme devenait une infraction pénale, je recommanderais à Emmanuel Macron de faire condamner, à titre rétroactif, le bundiste Marek Edelman, qui fut l’un des dirigeants du ghetto de Varsovie et totalement antisioniste. Il pourrait aussi convier au procès les communistes antisionistes qui, plutôt que d’émigrer en Palestine, ont choisi de lutter, les armes à la main, contre le nazisme, ce qui leur a valu de figurer sur « l’affiche rouge ».

S’il entend faire preuve de cohérence dans la condamnation rétroactive de toutes les critiques du sionisme, Emmanuel Macron devra y joindre ma professeure Madeleine Rebérioux, qui présida la Ligue des Droits de l’Homme, mon autre professeur et ami : Pierre Vidal-Naquet, et aussi, bien évidemment : Éric Hobsbawm, Edouard Saïd, et bien d’autre éminentes figures, aujourd’hui décédées, mais dont les écrits font encore autorité.

Si Emmanuel Macron souhaite s’en tenir à une loi réprimant les antisionistes encore en vie, la dite-future loi devra aussi s’appliquer aux juifs orthodoxes de Paris et de New-York qui récusent le sionisme, à Naomi Klein, Judith Butler, Noam Chomsky, et à bien d’autres humanistes universalistes, en France et en Europe, qui s’auto-identifient comme juifs tout en s’affirmant antisionistes.

On trouvera, bien évidemment, nombre d’idiots à la fois antisionistes et judéophobes, de même qu’il ne manque pas de pro-sionistes imbéciles, judéophobes aussi, pour souhaiter que les juifs quittent la France et émigrent vers l’Etat d’Israel. Faudra-t-il les inclure également dans cette grande envolée judiciaire ? Prenez garde, Monsieur le Président, à ne pas vous laisser entraîner dans ce cycle infernal, au moment précis où la popularité décline !

Pour conclure, je ne pense pas qu’il y ait une montée significative de l’antijudaïsme en France. Celui-ci a toujours existé, et je crains, hélas, qu’il n’ait encore de beaux jours devant lui. Je n’ai, toutefois, aucun doute sur le fait que l’un des facteurs qui l’empêche de régresser, notamment dans certains quartiers où vivent des gens issus de l’immigration, est précisément la politique pratiquée par Israel à l’encontre des Palestiniens : ceux qui vivent, comme citoyens de deuxième catégorie, à l’intérieur de « l’Etat juif », et ceux qui, depuis 52 ans, subissent une occupation militaire et une colonisation brutales.

Faisant partie de ceux qui protestent contre cette situation tragique, je soutiens de toutes mes forces la reconnaissance du droit à l’autodétermination des Palestiniens, et je suis partisan de la « désionisation » de l’Etat d’Israel. Devrai-je, dans ce cas, redouter que ma prochaine visite en France, ne m’envoie devant un tribunal ?

https://www.ujfp.org/spip.php?article6972

P. S.

Les députés français qui s’apprêtent à voter la définition de l’antisémitisme telle qu’elle est proposée par Sylvain Maillard, devraient d’abord prendre connaissance de ce qu’en pensent bon nombre de Juifs israéliens et de rescapés du génocide juif par les nazis. Il n’est pas trop tard pour que vous leur adressiez quelques-unes de leurs citations.

http://www.europalestine.com/spip.php?article672

Commentaire(s)

> modé à priori

en prévention du rituel échange trollesque, modération des commentaires en à priori

> Complément d'information

Appel de 127 universitaires juifs aux députés français : « Ne soutenez pas la proposition de résolution assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme »

Un collectif d’intellectuels juifs du monde entier appelle, dans une tribune au Monde (publiée le 2 décembre 2019), les députés français à ne pas apporter leur soutien à un texte sur la lutte contre l’antisémitisme, qui doit être débattu et voté les 3 et 4 décembre, à l’Assemblée nationale.

Premiers signataires : Jean-Christophe Attias, professeur et titulaire de la chaire de pensée juive médiévale, Ecole pratique des hautes études, université de Paris Sciences Lettres ; Jane Caplan, professeure émérite d’histoire européenne moderne, université d’Oxford ; Alon Confino, professeur, directeur de l’institut d’études de l’holocauste, du génocide et de la mémoire, université du Massachusetts ; Tamar Garb, professeur d’histoire de l’art, directrice de l’Institute of Advanced Studies in Humanities and Social Sciences, university College, Londres ; Sonia Dayan-Herzbrun, professeure émérite, faculté de sciences sociales, université Paris-Diderot ; Amos Goldberg, professeur, département d’histoire du judaïsme et du judaïsme contemporain, université Hébraïque de Jérusalem ; David Harel, professeur, département de sciences informatiques et mathématiques appliquées, institut Weizmann des sciences à Paris ; Amnon Raz-Krakotzkin, professeur d’histoire juive, université Ben-Gourion du Néguev ; Alice Shalvi, professeur émérite, département d’anglais, Université Hébraïque de Jérusalem et université Ben-Gourion du Néguev ; Joan Wallach Scott, professeure émérite, Institute for Advanced Study, Princeton ; David Shulman, professeur, département d’études asiatiques, université Hébraïque de Jérusalem ; Zeev Sternhell, professeur émérite, université Hébraïque de Jérusalem.

Voir aussi :

http://www.france-palestine.org/Appel-de-127-universitaires-juifs-aux-deputes-francais-Ne-soutenez-pas-la

> Antisionisme et antisémitisme : un amalgame très intéressé

Que des antisémites se fassent passer pour des antisionistes pour échapper à la loi n’autorise pas le législateur à entretenir la confusion. L’antisionisme ne conteste pas l’existence d’Israël, mais la façon dont ce droit est mis en œuvre au détriment des Palestiniens.

L’antisionisme n’est pas une « forme réinventée d’antisémitisme », comme le prétend à nouveau M. Macron. Il y a un abîme entre l’abjection de la haine raciste et le rejet d’un projet politique discutable. Nombre de juifs, d’ailleurs, furent et sont antisionistes. Quels « arguments » sont avancés pour fonder un tel amalgame ? Il y en a couramment deux.

Le premier est le fait que des antisémites se déguisent en antisionistes pour exprimer leur haine raciste tout en échappant à une sanction judiciaire. Ce fait est indiscutable. Mais en quoi l’utilisation malhonnête d’une invocation de l’antisionisme disqualifie-t-il celui-ci ? L’identité des deux notions n’en est nullement prouvée. Le tortionnaire nazi Eichmann se disait kantien… Faut-il rendre Kant responsable de la Shoah sous prétexte qu’un criminel antisémite se déclare kantien ?

Le deuxième argument est en apparence plus solide. En apparence seulement. Le voici. En critiquant Israël, l’antisionisme nierait le droit du peuple juif de se constituer en communauté nationale et rejoindrait ainsi l’antisémitisme comme discrimination infligée à un peuple. Pourtant, si l’on est de bonne foi, on sait bien que ce n’est pas le droit à l’existence d’Israël qui est contesté, mais la façon dont ce droit est conçu et mis en œuvre, au détriment du peuple palestinien. Si l’on admet le droit du peuple juif de se constituer en nation, on accordera qu’il ne peut se réaliser en niant ce même droit aux Palestiniens. La Palestine, en effet, ne fut jamais « une terre sans peuple » disponible pour « un peuple sans terre ». Ce que nul ne peut contester, c’est le droit à l’existence d’un État dans lequel le peuple juif cesserait d’être victime de rejet et de discrimination. Mais cela n’implique nullement qu’un tel État lui soit exclusivement dévolu, du moins là où vit déjà un autre peuple.

> c'est fait

Ca y est c'est voté.

> Loi Maillard sur l’entisémitisme : 351 députés pris d’un envie pressante au moment du vote...

Sur 577 députés que compte le Parlement, 154 ont voté pour la résolution du lobby israélien, 72 ont voté contre, et 351 ont été pris d’une envie pressante au moment du vote... Courageux!

Pour rappel, le lobby israélien, qui n’a pas obtenu du gouvernement le vote d’une loi interdisant le boycott d’Israel, s’est rabattu sur ce lot de consolation : une définition mensongère de l’antisémitisme.

La lutte continue, contre le sionisme, l'apartheid, la colonisation, l'occupation et le nettoyage ethnique !