Nous, femmes et mamans de Mantes la Jolie, avons vu nos enfants mis à genoux et humiliés pendant plusieurs heures par la police alors qu’ils se mobilisaient contre les réformes dans l’éducation nationale, il y a un an.

Nous, mamans de Mantes la Jolie, sommes en première ligne, en tant que femmes et que mères, face aux discriminations dont sont victimes nos enfants et les quartiers de banlieues en général depuis des dizaines d’années. Nous sommes aussi en première ligne face à la casse des services publics et au manque de moyens, dont nous et nos enfants sont les premières victimes. Nous sommes en première ligne face une école de plus en plus intolérante qui nous discrimine pour port du foulard lors des sorties scolaires.

Heureusement, nos solidarités entre femmes et au sein de nos quartiers sont encore fortes et nous croyons plus que jamais au combat collectif.

Malheureusement, nous assistons depuis quelques années à l’utilisation et au détournement d’arguments féministes au profit d’une islamophobie aujourd’hui assumée.

La marche féministe de samedi dernier est sans conteste un événement historique. Nous y avons vu des lignes bouger, ce que nous constations déjà sur le terrain concernant le racisme et l’islamophobie en particulier. Il faut creuser ce sillon.

Nous, femmes et mamans de Mantes la Jolie, voulons construire un monde plus juste, plus solidaire, plus égalitaire, libre de toute domination, un monde dans lequel les femmes, les enfants, et spécifiquement les enfants des quartiers les plus défavorisés – nos enfants – pourraient enfin être réellement libres de s’épanouir, en sécurité et avec les mêmes chances et droits que l’ensemble de la population.

C’est pourquoi nous vous appelons à nous soutenir et à nous rejoindre lors de la marche que nous organisons le 8 décembre à Paris, pour la justice et la dignité et pour l’amour de nos enfants, à 14h à Barbès.

Nous espérons vous y retrouver nombreuses afin que la vague d’espoir qu’on voit naître en France et un peu partout dans le monde soit également porteuse de changements pour les enfants de banlieues afin que ni eux ni personne ne soit plus jamais mis à genoux.

Le Collectif de Défense des Jeunes du Mantois

https://blogs.mediapart.fr/collectif-de-defense-des-jeunes-du-mantois/blog/251119/appel-aux-feministes-rejoindre-la-marche-des-mamans-le-8-decembre

Voir aussi :

151. Ils étaient 151 enfants, agenouillés et mains sur la tête pendant plusieurs heures, victimes d’une violence policière inouïe, ce 6 décembre 2018 à Mantes-La-Jolie. Aujourd’hui, 151 mamans, femmes de Mantes-la-Jolie et du Mantois se dressent contre l’arbitraire policier et pour « l’amour de leurs enfants ». Elles appellent à une marche nationale le 8 décembre prochain à Paris.
« Nous sommes en guerre ! »

Le président François Hollande ne croyait pas si bien dire lorsqu’il prononçait ces mots au lendemain des terribles attentats du Bataclan qui ont ensanglanté Paris en novembre 2015.

Il omettait simplement de dire que de cette guerre, il en était l’un des principaux instigateurs, lui et tous les gouvernements de gauche ou de droite qui l’ont précédé.

Oui, ils sont en guerre.

Ils sont en guerre tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières.

Ils sont en guerre contre les banlieues ségréguées et contre les cités d’immigration.

N’ont-ils pas instauré l’état d’urgence pendant les émeutes de 2005 puis après les attentats de 2015 ciblant tout particulièrement les musulmans, coupables idéaux d’un terrorisme qui trouve ses causes dans le désordre d’un monde qu’ils fabriquent eux-mêmes ?

Ils sont en guerre contre la jeunesse des quartiers. Ne laissent-ils pas se perpétuer les crimes policiers en abandonnant les familles endeuillées à leur désarroi ?

Ils sont en guerre contre nos enfants. Ne les ont-ils pas humiliés lors de la répression brutale dont ils ont été victimes à Mantes-la-Jolie lors des mobilisations lycéennes de l’automne 2018 enfonçant dans leur cœur un sentiment hélas trop partagé ? Ils ne sont pas légitimes dans ce pays à cause de leurs origines sociales, mais aussi parce qu’ils sont Africains, Maghrébins, Rroms, Turcs, musulmans, etc.

Ils sont en guerre contre les sans-papiers. Ne les ont-ils pas chassés violemment de l’église Saint-Bernard en 1995 et du Panthéon cet été ?

Ils sont en guerre contre les migrants. Ne multiplient-ils pas les entraves à la libre circulation à l’encontre de ce qu’exige la convention des droits de l’homme ? Les conséquences dramatiques, nous les connaissons : la Méditerranée est devenue un véritable cimetière marin pour ces nouveaux damnés de la terre.

Ils sont en guerre contre le mouvement social et contre le mouvement syndical. N’ont-ils pas réprimé brutalement les mobilisations contre la loi Travail ?

Ils sont en guerre contre les classes subalternes. N’ont-ils pas usé sans vergogne d’armes soi-disant non létales, mais qui ont tué Mme Rédouane à Marseille, Steve Maia Caniço à Nantes, éborgné, blessé des centaines de gilets jaunes manifestant à juste titre pour plus de justice sociale ?

Ils sont en guerre contre les militants politiques. La justice et la police ne s’acharnent-elles pas contre des militants antifascistes pendant qu’elles ferment les yeux sur les agissements de groupuscules ouvertement fascistes ?

Ils sont en guerre contre les actuelles colonies françaises (DOM-TOM) comme ils sont en guerre contre leurs anciennes colonies. L’armée française n’est-elle pas déployée dans de nombreux pays d’Afrique soi-disant pour faire la « guerre au terrorisme » alors que les véritables enjeux sont les profits des multinationales françaises ? La France ne soutient-elle pas directement ou indirectement – et depuis le début – le colonialisme israélien participant ainsi à l’oppression du peuple palestinien ?

OUI, ils sont en guerre ! En guerre contre tout ce qui résiste et conteste l’ordre raciste et néolibéral qu’ils veulent nous imposer par la force.

Hollande et ses prédécesseurs ont déclaré cette guerre tous azimuts, Macron la perpétue. Leur guerre est antisociale, elle est raciste, elle est impérialiste.

Nous, mamans des cités, mamans des quartiers, mamans des enfants agenouillés de Mantes-La-Jolie, nous n’acceptons plus cet état d’injustice permanent. Nous ne souhaitons qu’une seule chose : la paix.

Mais nous avons une conviction : aucune paix ne pourra s’instaurer durablement sans le respect de notre dignité à tous et sans un minimum de justice que nous sommes de plus en plus nombreux à réclamer à corps et à cris.

Aujourd’hui, nous sommes inquiètes de savoir que nos enfants ne sont plus protégés.

Aujourd’hui, nous sommes en colère et nous sentons humiliées par le mépris de la justice.

Mais surtout, nous ne sommes pas naïves. Nous entrons dans une période électorale et nous savons que les divers candidats aux municipales qu’ils soient de gauche ou de droite viendront chercher nos voix pour gagner des mairies. Nous refusons d’être un simple réservoir de voix. Nous le disons haut et fort et le proclamerons tout le temps des municipales : pas une voix pour les candidats qui ne soutiendront pas notre combat.

Aujourd’hui, nous sommes mobilisées plus que jamais pour nous faire entendre tant à l’échelle locale qu’à l’échelle nationale.

  • Nous exigeons de Brigitte Julien, cheffe de l’IGPN et de Catherine Denis, procureure de Nanterre qu’elles rouvrent l’enquête : 151 lycéens interpellés sont autant de victimes que de témoins. Seuls 4 d’entre eux ont été auditionnés. Nous exigeons que tous nos enfants soient entendus.
  • Nous disons STOP au traitement d’exception réservé à nos enfants, discriminés dès leur plus jeune âge sur le chemin de l’école ou aux abords de celle-ci. Nous n’acceptons plus que leur droit à l’insouciance de l’enfance soit bafoué. L’école ghetto, on n’en veut plus !
  • Nous disons STOP aux contrôles au faciès, aux palpations, aux atteintes constantes à l’intégrité physique des enfants de banlieues.
  • Nous disons STOP à l’État policier omniprésent dans nos quartiers en lieu et place de l’État social.
    -* Nous disons STOP aux violences policières qui s’étendent au-delà de nos cités et touchent aujourd’hui le mouvement social en général, les Gilets jaunes en particulier, et quiconque ose opposer sa résistance face à ceux qui nous gouvernent.

Pour l’amour de nos enfants et pour donner de l’ampleur à ces revendications, nous appelons à une grande marche pour la justice et la dignité le 8 décembre 2019 à Paris, Barbès.

Nous appelons tous les comités Police/Justice, toutes les organisations antiracistes, les comités de blessés, les gilets jaunes, les syndicats et les partis à nous rejoindre pour réclamer avec nous « Justice pour nos enfants ».

Si collectivement, nous ne sommes pas capables d’obtenir justice pour les enfants des quartiers les plus défavorisés de France, alors que les « évènements de Mantes » ont dévoilé un flagrant délit policier aux yeux de la terre entière, si notre jeunesse est abandonnée, il ne sera plus permis à personne de rêver à un monde meilleur.

Tous à Barbès le 8 décembre prochain !

https://paris-luttes.info/marche-des-maman-de-mantes-la-12896