SNU : contre le service militaire 2.0, contre l’encasernement, pour l’insoumission

Mis a jour : le jeudi 7 novembre 2019 à 15:00

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Le Service National Universel, SNU, arrive bientôt dans la réalité de notre quotidien. Quelle que soit sa potentielle forme définitive, le SNU, c'est aussi un élément dans cette fascination nouvelle et sidérante pour l'armée, la nation, la France, le résultat du matraquage idéologique post-attentat qui curieusement, et de façon désolante, a l'air de marcher beaucoup plus que ce qu'on aurait pu imaginer. C'est le moment ou jamais de renouveler la critique du sale discours de la France-défenseuse-des-valeurs-occidentales et dernier-rempart-contre-la-barbarie. Il est indispensable d'agir contre le SNU, contre l'armée, contre la nation.

Discussion publique le samedi 9 novembre à 19h à la bibliothèque Les Fleurs Arctiques, 45 rue du Pré Saint Gervais, Paris 19ème

« Il n'y aura pas d'insoumis, au sens pénal du terme, il n'y aura que des jeunes ayant échoué - à un moment de leur trajectoire - à comprendre le plein sens des valeurs d'égalité et de fraternité, passagers clandestins d'une société à l'amélioration et à la générosité de laquelle ils apparaitront comme ayant renoncé. »

Le Service National Universel, SNU, arrive bientôt dans la réalité de notre quotidien. Aujourd'hui plus que jamais, les pubs pour l'armée sous ses diverses formes poussent sur les abribus, sur les panneaux publicitaires, et dans les « salons de l'étudiant », l'armée est présentée comme une solution au désœuvrement et à l'échec scolaire, un environnement sain où l'on va pouvoir prouver sa valeur à soi et à la société tout en faisant le Bien. Une propagande éculée est vomie à nouveau dans une sauce modernisée, avec inclusivité et anti-racisme (sur les affiches seulement, on imagine...) pour les besoins du moment. Et plus le temps passe, plus l'armée devient à nouveau normale, acceptable, voire potentiellement désirable, elle qui, depuis les années 90, avait fini par perdre globalement son aura auprès de tout un chacun, processus finalement clôt avec la fin du service militaire obligatoire. Le bidasse viril se traînant dans la boue ne faisait plus recette. Et voilà que le processus inverse se déroule sous nos yeux, favorisé par les aspirations médiatiquement manufacturées au repli patriotique et protectionniste post-attentats, il prend forme avec une rapidité déroutante, en même temps que se développe par tous les bouts du champ politique institutionnel le recours aux valeurs moisies du populisme et du nationalisme que personne ne peut considérer de nos jours (si ça a jamais été le cas) comme « des idées de droite ».

Ce retour en force prétend pourtant à la nouveauté : ce « projet de société », comme l'appelle l'Etat, se propose comme un « compromis », un parfait équilibre atteint entre la précédente et relativement insignifiante Journée d'Appel (qui, avec les cours d'éducation civique, a quand même maintenue la place de l'armée dans nos vies, avec cet égalitarisme formidable qui l'a généralisée à toute la population) et le bon vieux service militaire. Au menu de la caserne 2.0, on apprendra dès l'adolescence la cohésion de groupe, l'union nationale, le respect de la patrie, de ses symboles, à être éco-responsable et, bien sûr, le souci partagé de la défense de la nation.

Ce serait une énorme erreur que de ne pas se préoccuper de cette question au plus vite. Les textes de lois sont prêts, votés, des batteries de tests on été effectués sur environ 2000 volontaires de toute la France. Dans les textes, on hésite encore sur la durée, un mois, deux semaines, on s'interroge sur la législation précise, mais une chose est sûre : le service militaire 2.0 passera, dusse-t-il être revu en cours de route ; et quelle que soit sa durée, ça commencera à la fin du collège et chacun sera fortement incité à « l'engagement civique » auprès de l'armée pour la vie.

Si sa durée reste pour l'instant bien inférieure à celle de l'ancien service, le projet du SNU prend des proportions très inquiétantes et le présente comme une institution sociale très centrale qui deviendrait un passage obligé et nécessaire en lien étroit avec la scolarité et pourrait devenir aussi une étape dans l'obtention du permis de conduire. En effet, le lien entre école, nation et forces répressives (police, justice et maintenant armée) ne fait que se renforcer un peu plus, poursuivant le fil réactionnaire des vertus « éducatives » du vieux service militaire : l'école prépare à la citoyenneté, de plus en plus ouvertement liée à l'armée, et à l'Ordre plus généralement. Le SNU s'inscrit dans une continuité avec l'école où le petit citoyen en devenir intègrera la nécessité militaire. D'ailleurs c'est au SNU que sera probablement confié la tâche de contrôler l'acquisition du « socle commun de connaissances » post-brevet.

Quelle que soit sa potentielle forme définitive, le SNU, c'est aussi un élément dans cette fascination nouvelle et sidérante pour l'armée, la nation, la France, le résultat du matraquage idéologique post-attentat qui curieusement, et de façon désolante, a l'air de marcher beaucoup plus que ce qu'on aurait pu imaginer. C'est le moment ou jamais de renouveler la critique du sale discours de la France-défenseuse-des-valeurs-occidentales et dernier-rempart-contre-la-barbarie.

Alors pourquoi ce projet rencontre-t-il si peu d'opposition ?

L'histoire anti-militariste, celle des désertions, du refus de l'armée et de la guerre, l'importance qu'a pu avoir le mouvement de l'insoumission contre le service militaire dans les années 70 n'est pourtant pas si ancienne ; l'armée, ses guerres ainsi que les formes offensives et subversives de pacifisme et de refus qui s'y sont opposé sont encore bien fraîches dans les mémoires.

Il est indispensable d'agir contre le SNU, contre l'armée, contre la nation.

Être offensif contre ce projet, contre l'Etat qui joue ici un gros coup sur la bataille de la normalisation, est nécessaire, si nous prétendons nous battre contre ce monde, contre l'Etat et le pouvoir. D'ailleurs ne pourrait-on pas voir aussi le SNU comme un des éléments d'une batterie de mesures stratégiques et contrinsurrectionnelle en réponse au mouvement des Gilets Jaunes ?

On ne propose pas ici de réactiver des initiatives vaines et para-humanitaires du passé comme « food not bomb », ni de critiquer le SNU avec la nostalgie réformiste de la journée d'appel, mais de réfléchir ensemble aux moyens à notre disposition pour lutter, aujourd'hui, contre l'armée, la cohésion nationale et la patrie, et cette forme particulière de propagande qui cherche à s'immiscer dans la vie de tout un chacun, dans une perspective réellement anti-autoritaire et révolutionnaire.

Parce que « voir du pays » ne peut pas nous faire accepter l'armée, on pourra réfléchir ensemble lsamedi 9 novembre à 19h au SNU, commencer à en déjouer la propagande, à en comprendre les enjeux d'Etat dans l'époque actuelle dans la perspective d'en détruire les fondements et les présupposés.

Le programme des Fleurs Arctiques est consultable ici : lesfleursarctiques.noblogs.org

 

Commentaire(s)

> bravo !

Indy Nantes ouvre grand les portes aux autoritaires (racistes, masculinistes...) des Fleurs Arctiques ?
Bravo !

> La calomnie n'est pas une pensée

Autoritaires, racistes et masculinistes, carrément !!!

Espece d'horrible troll, tu fais honte à l'humanité. Vivement la révolution, que ce monde arrete de produire des trolls du virtuel.

> Enfin !

Vive les Insoumis des Fleurs Arctiques !

> Service national universel : un premier bilan mitigé

Les premiers volontaires du Service national universel (SNU) ont livré leurs premières impressions sur le dispositif, quatre mois après les débuts de la phase expérimentale, entamée en juin dernier. Le bilan est mitigé, entre des adolescents séduits par l'aspect cohésion mais moins attirés par les modules et ateliers proposés.
Près de 2.000 volontaires de 16 ans ont participé à la première phase du SNU en juin dernier, dans treize départements.
Près de 2.000 volontaires de 16 ans ont participé à la première phase du SNU en juin dernier, dans treize départements. (Sipa)
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Selon les premiers éléments d'une enquête révélée lundi par Le Parisien, le premier bilan du Service national universel (SNU) est mitigé. L'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (Injep), chargé d'évaluer le dispositif, a réalisé 400 entretiens dans 14 centres. Les résultats complets seront publié le 10 novembre prochain mais les premiers chiffres donnent le ton. Plus que par patriotisme ou volonté d'engagement pour la nation, ils sont 76% des jeunes interrogés à avoir participé pour faire de nouvelles rencontres. Seulement 24% se sont portés volontaires pour les modules ou ateliers proposés. Sur les 4.000 candidatures déposées, près de 2.000 volontaires de 16 ans avaient participé à cette première phase expérimentale en juin dernier : un séjour cohésion de deux semaines dans treize départements "représentatifs de la diversité du pays".

Lire aussi - Service national universel : comment Macron a dû modérer sa promesse présidentielle
69% des jeunes pointent un emploi du temps trop chargé

94% des jeunes interrogés se déclarent satisfaits de leur séjour. Seuls sept abandons et cinq exclusions sont à noter, d'après ces premiers chiffres. Mais 69% des volontaires pointent un emploi du temps trop chargé : trop de modules ou des contenus disparates. Par ailleurs, seulement 24% des volontaires ont été incités à participer au SNU par le contenu de ces derniers. Parmi les autres raisons les moins invoquées : le SNU comme moyen de servir la nation (40%) ou encore le fait de s'initier au code de la route (26%).

En juin dernier, quelques couacs avaient entaché la phase expérimentale du dispositif. A cause de fortes chaleurs, plusieurs adolescents avaient notamment été victimes de malaises après des cérémonies en plein soleil.
94% ont apprécié les activités sportives, de cohésion et d'initiation à la défense

Si le port de l'uniforme, l'interdiction du téléphone portable ou les interdictions auraient pu en faire tiquer certains, les volontaires ont tout de même été attirés par de nombreux points positifs. Notamment les "temps démocratiques" matérialisés par l'organisation de débats. Ils sont 94% à avoir apprécié les activités sportives et de cohésion ainsi que les initiations pratiques à la défense et à la sécurité. La rencontre d'autres personnes (76%) ou encore la découverte de nouveaux territoires (61%) sont également citées comme principales raisons de l'engagement de ces volontaires.

Huit jeunes sur dix affirment avoir bien vécu les règles de vie du SNU et discipline, mais le profil des volontaires peut nuancer cette adhésion : 31% ont un parent militaire ou ex-militaire.

Lire aussi : TRIBUNE. "Le Service national universel de Macron est une coquille vide"
30.000 jeunes espérés en juin prochain

A partir de ce lundi, c'est la deuxième phase du dispositif qui commence : la mission d'intérêt général, d'une durée de quinze jours pour les volontaires. Selon Gabriel Attal, secrétaire d'Etat à la jeunesse, la moitié des 1.978 volontaires de juin commencera cette mission durant les vacances de la Toussaint. "Certains l'avaient déjà accomplie cet été, a précisé le secrétaire d'Etat à la jeunesse. D'autres l'effectueront tout au long de l'année." Selon ce dernier, dans son entretien au Parisien, un jeune sur deux aurait déjà trouvé sa mission et un jeune sur cinq aurait confirmé un choix dans l'armée et les forces de sécurité. La dernière étape du SNU comprend également une période d'engagement facultative de trois mois pour les volontaires soit dans la défense et la sécurité, ou encore l'accompagnement des personnes et le tutorat.

Gabriel Attal espère recruter 30.000 jeunes pour la prochaine session de juin. Tous les départements participeront à l'expérience avec entre 100 et 500 volontaires par départements. "La campagne de recrutement commencera en janvier", a précisé le secrétaire d'Etat à la jeunesse. La généralisation du SNU à tous les adolescents entre 15 et 16 ans est prévue en 2021.