De « l’humour » en milieu libertaire

Mis a jour : le dimanche 27 octobre 2019 à 02:02

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De « l'humour » en milieu libertaire
22 octobre 2019 par Floréal

L'existence de ce que certains appellent la « police de la pensée », qui traquerait et dénoncerait tous azimuts les propos jugés inadmissibles ou scandaleux, voire condamnables, dans ces domaines devenus particulièrement « sensibles » que sont le racisme, le féminisme, la religion et le sexisme, génère des réactions variées.
Il y a ceux qui approuvent pleinement, souvent qualifiés d'adeptes du « politiquement correct », regroupés à chaque « dérapage » dans une dénonciation véhémente de ce qu'ils estiment être intolérable, avec parfois des accents de procureurs staliniens.
A l'opposé, il y a ceux qui, sans approuver les écrits ou propos « limite », estiment tout aussi exagérées les réactions qu'ils suscitent, arguant du libre recours à l'humour teinté de provocation, et qui, à choisir, optent, non sans un certain malaise, pour l'excès plutôt que pour la censure. Mais il y a aussi ceux pour qui cette « police de la pensée », réelle ou supposée, est une aubaine qui leur permet, en réaction, d'opter pour une surenchère exacerbée qui, sous couvert d'anticonformisme, ne fait que révéler une profonde médiocrité. Si cela peut parfois se faire avec drôlerie, force est de constater que dans les domaines du féminisme ou du sexisme, en particulier, la provocation portée à son paroxysme verse le plus souvent dans un « humour » de chambrée de caserne, plus proche d'un Bigard que d'un Raymond Devos, sans compter une misogynie bien réelle. Dans les domaines du racisme et du politico-religieux mêlés, le plaisir de choquer entraîne aussi trop souvent ses adeptes à marcher sur le fil du rasoir avec, d'un côté, le mauvais goût lourdingue et, de l'autre, le franchement dégueulasse.
Pourquoi cette (relativement) longue introduction ? Eh bien, parce qu'il existe, sur Radio-Libertaire, une émission « rigolote », très ancienne, « De la pente du carmel, la vue est magnifique », qui fut il y a longtemps impertinente et drôle, et qu'on n'aimerait pas voir dériver vers un « comique » malodorant, plus proche celui-là d'un Dieudonné que d'un Desproges et tentant de se camoufler derrière un pitoyable « c'est de l'humour ». Condamner des déclarations ignobles en ayant recours à des propos odieux, des libertaires devraient savoir qu'une pincée d'éthique doit nous en épargner. Mais l'éthique, pour reprendre leur vocabulaire, sans doute que dans « La pente... » on s'en branle... Tenté par des propos, écrits ou actes vaguement ou franchement nauséabonds, « un homme, ça s'empêche », disait Albert Camus. Mais Camus, hein, une fois par semaine, le lundi soir, « on s'en branle ! »....
Voici donc, ci-dessous, la retranscription intégrale du petit discours tenu à l'antenne le lundi 23 septembre dernier :

« Bon, j'vais m'faire un rabbin !
- Ah ! Quand même !
- Ouais, parce que là-bas, chez les youp'... euh, chez les juifs, le ministre de l'Education est rabbin. Je le dis au passage pour ceux qui veulent défendre encore l'Etat d'Israël. Enfin c'est pas celui qu'on a connu, c'est pas l'Israël des kibboutz, hein, c'est des fachos. Le ministre de l'Education est favorable aux thérapies de conversion. Mi-juillet, les déclarations télévisées du ministre de l'Education, Raffi Peretz*, ont suscité une polémique de grande ampleur, ben oui mon neveu. A une question sur l'efficacité ou non des thérapies de conversion pour les LGBT+, l'homme politique et rabbin a répondu par l'affirmative, arguant qu'il avait lui-même déjà suggéré à un étudiant de suivre une thérapie. Cette déclaration a été condamnée jusqu'aux plus hautes instances, notamment par Bibi Netanyahou. Même lui, tu vois, c'est pour te dire. « Ces propos ne sont pas acceptables et ne reflètent pas la position du gouvernement que je dirige », dit-il. L'ancien officier a fini par revenir sur ses propos, quand même, en disant : « Je réalise que cela suscite de la souffrance plus que de l'aide. » Alors moi je veux la mort pour tous ces gens-là, oui, oui... enfin... la mort... je sais pas... ou du Zyklon. »

Qu'est-ce qu'on se marre ! Dans un avenir proche, au sujet des saloperies émises sur les LGBT+ dans les pays arabes ou d'Afrique noire, sans doute doit-on s'attendre à voir les fins plaisantins du « Carmel » reprendre à leur compte les termes vulgaires et xénophobes désignant les habitants de ces contrées, et leur souhaiter de passer à la gégène ou d'être expédiés chaînes aux pieds et à fond de cale vers les champs de coton d'Alabama, puisque « c'est de l'humour » on vous dit, et chez les libertaires on n'est quand même pas chez les fachos...

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* Là, l'animateur prononce le nom du ministre avec l'intonation juive séfarade, façon « La vérité si je mens ». Hilarant, non ?

Commentaire(s)

> enfin

oui enfin car je suis horrifié de voir des centaines et des centaines de commentaire finissant par:
Mort aux ...... et là on met ce qu'on aime pas .
Et d'un autre côté on se dit contre la peine de mort,mais j'ai souvent l'impréssion qu' énormément de libertaires en fait n'ont pas intégré cet refus de la peine de mort dans leurs réflexions.

Non la mort ne régle rien. ni celle des flics ni celle de juges ni celles de défenseurs de la ZAD.

> A propos de la peine de mort

Je suis anarchiste, et comme beaucoup (tou.te.s ?) d'anarchistes, je suis contre la peine de mort. Et pas seulement contre la peine de mort, mais aussi contre tout le système pénal. Il ne s'agit pas de dire qu'il faut remplacer la peine de mort par la prison, le bracelet électronique ou le TIG. Ce qui me gêne le plus dans la "peine de mort", c'est le mot "peine". Le pouvoir que détient l’État - ou toute autorité supérieur - de punir pour maintenir son pouvoir et ses intérêts.

Pour moi, être contre la peine de mort, c'est être contre le fait de punir, pas contre le fait du tuer. Souhaiter la mort de celles et ceux qui nous exploitent, qui nous envoient à la guerre, qui nous violent, qui nous emprisonnent ... ce n'est pas cautionner la peine de mort. Au contraire, c'est être déterminé.e à combattre le pouvoir.

Parfois les oppressé.e.s n'ont pas beaucoup d'autres choix que de tuer leurs agresseurs, que se soit des soldats ou des maris violents. On ne peut pas réduire la lutte contre la peine de mort à une lutte pour la pacification des rapports sociaux. Très souvent, prôner la pacification, c'est prôner la soumission des dominé.e.s et la perpétuation de la violence.

Mort aux agresseurs et aux exploiteurs !

> non pas la mort

ce qui me géne dans la peine de mort c 'est la mort et dire que souhaiter la mort de nos exploiteurs n 'est pas cautionner la peine de mort c 'est assez quoi alors? oui c 'est bien cela ,non seulement cautionner mais demander la mort et cela sans jugement . D'autre part où on s'arréte dans par exemple "nos exploiteurs" ? le pdg,le directeur commercial,le contremaitre,l'actionnaire salarie ? on va très loin à ce "jeu" ignoble et on l' a vu partout en ce monde.
la détermination ne se mesure pas à la demande de mort,heureusement,il y a d'autre façons(gréve,action blocage,insurrection etc) mais c 'est une chôse de causer la mort en légitime défense dans une révolution c 'est est une autre de demander à priori la mort à froid et sans jugement ,là c 'est se conduire en vichinsky . Refuser le cri : "a mort !" c 'est refuser que la fin justifie les moyens.

mon anarchisme,mon communisme libertaire ne saurait se baser sur cette abjection qui rabaisse et l'homme et son combat.

> "Humour" raciste

Pour en revenir au sujet, qui n'est pas la peine de mort, mais le racisme.
"La mort!" dans une émission d'humour (qu'elle soit drôle ou pas, c'est pas le problème en l'occurrence), ça peut être une façon de parler, du second degré, etc. Comme quand on dit "il m'énerve j'ai envie de le buter", voyez?
Moi ce qui me choque avant tout dans ces propos c'est de préconiser "le Zyklon" comme moyen de tuer un Juif. S'ils avaient parlé d'un curé catho ils n'auraient pas évoqué ce procédé pour le tuer, on est d'accord? c'est donc pas en tant que curé ou ministre qu'ils veulent le passer au zyklon, mais en tant que Juif, toujours d'accord? Or le zyklon n'a jamais été utilisé pour tuer des gens un par un, mais comme méthode de génocide, et tout le monde le sait. Blaguer (que ce soit drôle ou non) sur le zyklon pour tuer un Juif, c'est tout sauf anodin.
Appeler des Juifs des "youpins" c'est également tout sauf anodin. ça aussi d'ailleurs ça ramène à la période de l'histoire où cette injure était en vogue envers les Juifs, tous les Juifs sans distinction.
Si Soral ou Dieudonné avaient fait des "blagues" pareilles ils avaient direct un procès au cul et on ne parlerait que de ça partout dans les médias mainstream.