Moria : le feu et la rage

Mis a jour : le mardi 1 octobre 2019 à 21:24

Mot-clefs: / immigration sans-papieres frontieres
Lieux: grèce

Incendie le 29 septembre à Moria, l’un des camps de la honte en Grèce, situé à Lesbos, près des côtes turques.

MORIA : LE FEU ET LA RAGE

Il y a au moins deux morts dans l’incendie : une femme et un bébé. Pendant qu’une partie du camp essayait d’aider les personnes en danger, à l’autre bout, des réfugiés ont explosé de rage dans une émeute contre les services de police qui ont empêché les pompiers de passer. La direction de la police à Athènes vient d’annoncer qu’elle envoie immédiatement des MAT (CRS) sur place.

Moria-le-feu-et-la-rage-medium

Ce camp vient récemment d’atteindre le chiffre exorbitant de 13000 personnes confinées, pour 3000 places seulement (évaluation du HCR). Il a été conçu par des « spécialistes » de l’Union européenne, dont la plupart envoyés par Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’intérieur en France, qui s’était déplacé début 2016 pour superviser sa mise en place, avant l’inauguration par Tsipras en compagnie de plusieurs dirigeants européens dont Martin Shulz.

Non loin du camp, avant-hier, 7 migrants dont un bébé n’ont pas pu être secourus à temps et sont morts noyés au large des côtes, dans un contexte de durcissement de la situation (rencontre Mitsotakis-Erdogan mardi à New York).

Depuis trois ans, des gens sont morts de maladies, notamment liées à une mauvaise alimentation (plusieurs scandales d’aliments périmés et avariés), à des conditions d’hygiènes innommables (trop peu de latrines, surpeuplement…) et au manque de protection face aux variations climatiques (des tentes sous la glace et de la boue partout durant l’hiver…).

Pendant ce temps, le nouveau gouvernement de Kyriakos Mitsotakis continuer d’évacuer nos squats athéniens où les enfants sauvés des eaux vivaient heureux.

Le pouvoir est un voleur de vies !

Refugees welcome ! Squats no camps ! Exarcheia resist !

Yannis Youlountas

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MISE À JOUR À 20:30 HG (19:30 heure française)
— L’incendie est éteint, mais les émeutes continuent dans la nuit qui commence à tomber.
— Des sources contradictoires parlent d’un mort et d’autres de deux morts. La plupart évoquent une femme et un bébé. Il y aurait également au moins 4 blessés hospitalisés.
— Un avion C130 vient de s’envoler d’Elefsina, à l’ouest d’Athènes, avec à son bord trois escadrons de MAT (CRS). Le chef de la police est à leurs côtés ainsi que le secrétaire général à l’immigration.

A voir:

Le vrai visage de l'Europe forteresse - Grèce, janvier 2017 -> https://www.youtube.com/watch?v=vZLoGrrejkc

Notara 26 : l'accueil des réfugiés/migrants à Exarcheia (Athènes) -> https://www.youtube.com/watch?v=Aq3SUliz34A

Link_go http://blogyy.net/2019/09/29/moria-le-feu-et-la-rage/

Commentaire(s)

> Une maman qui venait d’accoucher et son nouveau-né brûlés vifs !

Voilà ce qui s’est réellement passé hier soir(1), lors d’un incendie dans le plus grand camp construit par l’Union européenne en Grèce :

UNE MAMAN QUI VENAIT D’ACCOUCHER ET SON NOUVEAU-NÉ BRÛLÉS VIFS ! DES LACRYMOS POUR EMPÊCHER LES MIGRANTS D’ÉCHAPPER À L’HORREUR !

Les médias du pouvoir ont tout essayé pour nous faire douter : soit disant il n’y avait qu’un cadavre dans l’incendie, soit disant on ne pouvait pas dire si c’était une femme ou un homme, soit disant il fallait attendre et rester calme.

On connait la musique. En France aussi, pour Rémi, pour Steeve et pour beaucoup d’autres, l’État a menti et avec lui les médias à sa botte, ses larbins de la propagande, dans le but d’éviter une révolte à chaud.

Cette fois, nous avions des sources précises, alors nous avons tenu bon et répété ce que nous savions : oui, c’est bien une femme et un bébé qui sont morts. Oui, ce que tout le monde savait est enfin confirmé.

Pire que ça, c’est une maman et son nouveau-né qu’elle venait d’accoucher la veille, dans le contener où le feu s’est déclaré dans des conditions de vie complètement insalubres et insupportables.

Dans ce camps, le nombre de migrants prévu à l’origine par les fonctionnaires de l’Union européenne est de 2600. Le HCR considère que la capacité maximale est 3000. Aujourd’hui, le sinistre camp de Moria vient d’atteindre 13000 personnes en souffrance bloquées en son sein, soit 5 fois plus que prévu.

Mais ce n’est pas tout : comme on peut le voir sur cette photo et comme le confirment plusieurs témoignages, la police a jeté des grenades lacrymogènes sur les migrants, adultes et enfants, qui essayaient de s’échapper pour fuir l’incendie.

Les migrants étaient bloqués en enfer, pris en tenaille entre la fumée toxique de l’incendie et celle des gaz envoyés délibérément par la police grecque.

Voilà pourquoi des émeutes ont éclaté de plus belle. Cette situation est complètement scandaleuse, une honte pour tout un continent et ceux qui y vivent. Comment peut-on accueillir des gens comme ça ?

Nous attendons des nouvelles des blessés emmenés à l’hôpital, au moins 5, dans des conditions obscures et des véhicules qui n’étaient pas des ambulances.

Le ministre de l’immigration et le chef de la police grecque viennent d’arriver sur l’île en avion, avec ce qui leur paraît être la solution : trois escadrons supplémentaires de MAT (CRS) téléportés à Lesbos depuis Elefsina (ouest d’Athènes).

Une honte de plus pour un gouvernement grec et des dirigeants européens qui n’en finissent plus de dériver vers les vieux fantômes du continent, dans la haine de l’autre, le repli sur soi et la surenchère sécuritaire.

Pendant ce temps, à Exarcheia, le mouvement social défend les squats qu’il a ouvert pour accueillir les victimes de cette politique odieuse. Mais ce matin à l’aube, l’État n’est pas venu. Après le scandale de la veille, il n’a pas osé reprendre les évacuations.

Yannis Youlountas

(1) Hier soir :
http://blogyy.net/2019/09/29/moria-le-feu-et-la-rage/

#Refugees_welcome #Squats_no_camps #Exarcheia_resist
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source : http://blogyy.net/2019/09/30/une-maman-qui-venait-daccoucher-et-son-nouveau-ne-brules-vifs/

> Incendie de Moria : comment l’AFP nous manipule

[DÉSINTOX] Suite à l’incendie mortel dans le camp de Moria en Grèce, la palme de la langue de bois revient une fois de plus à l’Agence France Presse.

INCENDIE DE MORIA : COMMENT L’AFP NOUS MANIPULE

Il n’y a rien de pire que d’instrumentaliser des circonstances atroces pour rendre l’avenir des victimes encore plus horrible.

Il n’y a rien de pire, après l’incendie de Moria, que de justifier, au prétexte d’un motif imaginaire, le renvoi d’une partie des victimes vers la Turquie, c’est-à-dire vers un danger encore plus grand.

C’est pourtant ce que fait l’Agence France Presse, relayée ici par la Croix comme par beaucoup d’autres médias mainstream, en faisant de la quantité de migrants qui arrivent en Grèce la cause principale du drame et, par conséquent, la base de sa solution.

En réalité – nous le savons bien – l’horreur vécue par nos sœurs et frères humains est le produit d’une politique européenne odieuse. Ce drame est le produit d’un choix délibéré. Et s’il n’y a pas des morts tous les jours à Moria, le drame est en réalité quotidien du fait des conditions de vie, de l’angoisse et de l’humiliation subie.

Tout d’abord l’AFP évoque un « INCENDIE MEURTRIER », formule reprise dans la plupart des médias du pouvoir (dont Le Monde). Quel est donc le présupposé pour le lecteur ? C’est que l’incendie a un auteur, qu’il est le produit d’un acte isolé malveillant et non pas de conditions de vie qui ont logiquement provoqué l’accident. Hors, nous le savons parfaitement, c’est précisément un court-circuit qui a causé l’incendie. Donc il ne s’agit pas d’un incendie meurtrier, mais d’un incendie mortel. Il ne s’agit pas de « vengeance entre des migrants » comme sont allés jusqu’à l’interpréter certains commentateurs ignobles, mais d’une catastrophe directement due aux conditions de vie dans ce camp. Par contre, les décideurs qui entassent des gens dans des camps comme cela sont clairement des meurtriers, là oui. Car ils sont responsables de la souffrance des personnes, adultes et enfants, dont ils volent la vie à tous les sens du terme. Par contre, parler d’incendie meurtrier, c’est écrire le contraire, c’est désigner un responsable imaginaire parmi les victimes pour dégager la responsabilité des vrais criminels : ceux qui sont au pouvoir.

Ensuite, faire un raccourci entre l’incendie et les «ÉMEUTES», sans parler de ce qui a causé directement ces émeutes est particulièrement malhonnête. Dès le début de l’incendie, pendant que des dizaines de migrants allaient au secours des victimes, d’autres essayaient de s’échapper pour se protéger, souvent avec leurs enfants. Devant ce mouvement de foule et la crainte de voir fuir des gens qu’ils considèrent comme des prisonniers, les flics ont tiré des grenades lacrymogènes sur des personnes déjà en état de panique, asphyxiant doublement ces adultes et ces enfants en danger. Ce qu’a fait la police est ignoble. La réaction des émeutiers a été parfaitement logique. Mais cela n’est pas compréhensible si on lit le communiqué de l’AFP qui tronque l’information de ce qui lui donne du sens. Une fois de plus, les médias du pouvoir inversent les rôles entre agresseurs et agressés, au service de ceux qui remplissent leur gamelle.

Pire encore, l’Agence France Presse ose la métaphore la plus cynique qui soit. Alors que les exilés du camp de Moria ont été doublement asphyxiés par la fumée de l’incendie qui a atteint une dizaine de containers, puis par les gaz lacrymogènes tirés par la police, l’AFP retourne le problème en présentant le camp de Moria comme « ASPHYXIÉ PAR L’ARRIVÉE CONSTANTE DE NOUVEAUX EXILÉS ». Là encore, nous avons droit à un retournement sémantique de la pire espèce. Et cynique qui plus est. Dire que les migrants sont asphyxiés par leur nombre, c’est-à-dire par eux-mêmes, c’est à la fois les désigner comme uniques responsables de ce qui leur arrive et justifier la suite de la phrase qui propose de «renvoyer 10.000 d’entre eux en Turquie» d’ici un an.

Non seulement l’AFP retourne habilement et complètement la responsabilité du drame dans le choix de ses mots et la construction de ses phrases, mais elle pousse également le lecteur en faveur de la « solution » choisie par le pouvoir : le renvoi des migrants vers la Turquie, c’est-à-dire vers un danger encore plus grand.

Dans le même temps, l’AFP ne parle pas du durcissement du séjour des demandeurs d’asile :
– plus aucune possibilité de faire appel ;
– obligation d’obéir à une domiciliation imposée (le plus souvent dans un camp) ;
– création de nouveaux camps, pires encore (désormais tous fermés et sur le continent) ;
– surveillance renforcée des agissements politiques des migrants qui luttent avec nous.

Comme les autres agences de presse au service du pouvoir, l’AFP collabore à l’évolution odieuse de l’accueil des migrants en Europe et à la fabrique de l’opinion nécessaire à son acceptation.

Une Europe dans laquelle la Grèce est, une fois de plus, le laboratoire du pire. Les vieux fantômes du continent reviennent jour après jour, mois après mois, et ne sont pas seulement le fait de l’extrême-droite et de la droite. Macron soutien complètement Mitsotakis, comme il l’a rappelé récemment. Ils sont même devenus très proches. Et la collaboration Mitsotakis-Erdogan, scellée à New York il y a une semaine, va faire également très mal.

Le pouvoir est un monstre. Le pouvoir est un voleur de vies. Mais pour cela, il a besoin d’un allié fidèle et indispensable : le voleur de conscience – de conscience critique et politique – qu’est le bloc médiatique à son service.

Les médias du pouvoir font partie du problème. Il font partie intégrante du pouvoir et de ses moyens de nous dominer et de nous exploiter.

Boycottons-les, critiquons-les, refusons-les dans nos luttes.

Soutien aux automédias, à l’information horizontale et aux documentaires authentiquement indépendants.

Yannis Youlountas
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source : http://blogyy.net/2019/10/01/incendie-de-moria-comment-lafp-nous-manipule/