Fascisme brun et fascisme religieux : deux tyrannies qui se ressemblent

Mis a jour : le lundi 15 juillet 2019 à 13:08

Mot-clefs: antifascisme
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Je vous l’annonçais dès lundi : Pia et Carola, les deux femmes capitaines de navires de sauvetage, sont menacées de mort par des néonazis (1). Ruben Neugebauer, porte-parole de Sea-Watch vient de le confirmer hier. Carola doit désormais se cacher, comme sous le coup d’une fatwa.

 

 

FASCISME BRUN ET FASCISME RELIGIEUX : DEUX TYRANNIES QUI SE RESSEMBLENT

  •  À longueur d’années, l’extrême-droite nous bassine avec la menace djihadiste (un autre fascisme religieux), son projet totalitaire et ses fatwas épouvantables. Elle fait l’amalgame entre l’islam le plus ordinaire et l’intégrisme le plus sanguinaire et prétend lutter «pour la sauvegarde de nos libertés ».

--      Mais, en réalité, nous le voyons encore ici, le fascisme brun fonctionne exactement de la même manière que tous  les fascismes religieux. Le procédé se retrouve à l’identique : quelques illuminé-e-s, un peu plus intégristes, nationalistes ou nazi-e-s que les autres, appellent à assassiner une personne en désaccord avec la croyance imposée (en l’occurrence une jeune femme courageuse qui vient de sauver la vie de plusieurs dizaines de personnes, en niant d’un revers de la main la théorie fumeuse du «grand remplacement»), et voici qu’une bonne part de la fachosphère se met à applaudir aussitôt et à relayer l’hallali féminicide.

--       Inutile de vous écœurer à nouveau avec des liens morbides qui font de la surenchère dans l’immonde. Vous vous en doutez, certains parlent de torture, d’autres de gaz, de four ou encore de noyade, renvoyant leur supplice à Auschwitz ou aux profondeurs de la Méditerranée. D’autres parlent carrément de tir par balles, à la manière de Stephan Ernst contre Walter Lübcke, tué devant son domicile le 2 juin dernier, à Wolfhagen, en Allemagne. Comme partout ailleurs en Europe, la situation devient de plus en plus tendue dans le pays qui a vu naître le nazisme.

*                                                    Dernier événement en date, un nouveau groupe d’extrême-droite nommé Nordkreuz (Croix du Nord), survivaliste et terroriste, a été stoppé in extremis alors qu’il préparait l’assassinat de centaines de personnes antifascistes, antiracistes et solidaires. Un peu comme NSU (1) une dizaine d’années auparavant, Nordkreuz(2) avait dressé une longue « liste de morts » : plus de 25 000 noms de militants et d’élus à éliminer, avec tous les détails nécessaires grâce à des fiches et des dossiers entiers copiés sur des ordinateurs de la police et des services de renseignements !

*                                                       En effet, parmi les 30 membres du groupe Nordkreuz, beaucoup avaient des liens étroits avec la police et l’armée, et au moins un membre était membre du bureau des enquêtes criminelles de l’État.

Iels avaient déjà commencé à stocker des armes (des fusils à courte et longue portée avec des silencieux, ainsi que des pistolets, des poignards et plus de 10 000 munitions), des sacs mortuaires (environ 200 déjà commandés) et de la chaux vive pour faire disparaitre complètement les corps.

*                                                        Pourtant, Nordkreuz ne figurait pas sur la liste des organisations dangereuses, sans doute grâce à ses complices dans la police et les renseignements. Les premières suspicions ne sont apparues qu’à partir du mois d’août 2017.

Ce dimanche, des antifascistes allemands, français et italiens ont relevé un nombre important de menaces de mort à l’encontre des deux navigatrices Pia et Carola, et nous avons décidé de donner l’alerte, ce que j’ai fait de mon côté dès lundi (1). Tout a été confirmé les jours suivants. Certaines des menaces étant sérieuses, Carola Rackete a décidé de se mettre à l’abri avec l’aide de son entourage. Elle vit aujourd’hui dans un lieu tenu secret, au moins pour quelques temps.

  • Voilà, une fois de plus, le vrai visage du fascisme : exactement le même que celui qu’il montre du doigt. Les néo-nazis européens n’ont rien à envier à Daesh et l’extrême-droite au fondamentalisme religieux le plus belliqueux et réactionnaire.

Puissent ces fléaux de l’humanité disparaître un jour à jamais et, avec eux, la société autoritaire qui en fait le lit. Car nous ne sommes pas devant une répétition hasardeuse ni un sortilège quelconque.

 

Notre malheur provient des bases mêmes de la société : la domination mène tôt ou tard au fascisme et l’exploitation à l’esclavage.

 

Il n’y a donc qu’un seul moyen de rompre avec ce cycle infernal : sortir de la préhistoire politique de l’humanité.

  -        Passer des belles paroles aux actes concrets, arracher les trois mots qui sommeillent sur les monuments publics et avancer au plus vite vers la liberté authentique, l’égalité réelle et la fraternité universelle.

 

 

Yannis Youlountas

 

 

Notes -

(1) Les néonazis veulent la peau de Carola et Pia :
blogyy.net/2019/07/01/les-neonazis-veulent-la-peau-de-carola-et-pia/ 


(2) German far-right group used police data to compile death list (The Gardian du 28 juin) : https://www.theguardian.com/world/2019/jun/28/german-far-right-group-used-police-data-to-compile-death-list

Commentaire(s)

> Le militantisme exotique : réflexions sur les films de Yannis Youlountas

02.03.2018
Le militantisme exotique : réflexions sur les films de Yannis Youlountas

Trois films dans l’air du temps : "Ne vivons plus comme des esclaves", "Je lutte donc j’existe" et le tout dernier "L’amour et la révolution". Tel un chasseur d’images, ou plutôt de luttes, Yannis Youlountas prétend illustrer la résistance dans le sud de l’Europe. Les scènes s’enchaînent pour créer une apparence d’ensemble, pour représenter l’exotique avec le moindre effort. Et c’est ainsi que cet opérateur-explorateur s’invente une convergence de luttes et usurpe le rôle de l’expert. Nous sommes alors le public d’un spectacle. Notre rôle est réduit à consommer ces images et d’éprouver de l’admiration pour ce qui se passe ailleurs.

Comment mieux résumer ces films que par les paroles de leur réalisateur ? Yannis Youlountas décrit son travail cinématographique comme un voyage en terre de résistance et de luttes. Nous lisons également sur son site que c’est avec poésie qu’il délaisse l’analyse chiffrée pour un voyage émouvant. Et effectivement, il ne tente pas d’analyse. Il n’approfondit aucun sujet qui émerge de ses rencontres. Dans son deuxième film "Je lutte donc je suis" il tente cependant un fil rouge en déléguant la parole, entre autres, à Eric Toussaint -membre fondateur du CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du Tiers monde) mandaté par le gouvernement Syriza - qui voit la crise principalement comme une affaire comptable. C’est précisément ce type d’approche technocratique qui peine à relever les transformations que nos sociétés subissent ces dernières années. Les images représentant des luttes, qui ne manquent pas depuis 2008, s’inscrivent alors dans une relation de cause à effet, où la cause est l’austérité, pour citer le réalisateur lui-même, et l’effet l’agitation, ou pour être plus précis le manque de calme. Suivant la loi d’action-réaction, Youlountas nous invite à observer les réactions, et ceci à travers des cartes-postales en mouvement d’un zoo humain grandeur nature.
Des non-témoignages

Si l’intention du réalisateur est de récolter des témoignages ou bien de donner la parole aux luttes, cette parole ne nous parvient pas car il la fait disparaître dans son propre bavardage. Ces films sont constitués d’une immense quantité de scènes éparses : des luttes, des militant.e.s, des images d’émeute, des groupes politiques, des lieux, des initiatives, des partis politiques, des artistes d’envergure internationale, des paysans. Tout y passe. Comme un zapping. Faute de thème, toutes ces séquences isolées ne sont reliées que par des moyens purement techniques : une citation, de la musique, une superposition d’images. Comme si l’accumulation d’informations suffisait pour rassembler, dépasser les clivages et faire converger les luttes (dixit Florian Salazar-Martin, Maire Adjoint à la Culture de Martigues dans La Provence le 05/09/2015). Mais cette convergence n’existe que sur les écrans.

Youlountas donne ainsi l’impression que tout ce monde lutte ensemble. Mais quel est le lien, et dans quel récit, entre le NON du référendum en Grèce, la nostalgie de la résistance pendant la dictature des colonels (1967-1974) et les émeutes sur fond musical ? Que partagent les militants du centre médical autogéré à Exarchia (quartier dit “anarchiste” au centre ville d’Athènes) et la tenancière d’un bistrot privé qui se plaint des effets catastrophiques que subit le domaine du tourisme à cause de la crise ?
L’exotisme sensationel

Cette dernière précise que les visiteurs choisissent la Grèce pour “sa sauvagerie” et le “fond intrinsèque un peu libértaire” de ses habitant.e.s. Et ce fantasme, n’est pas seulement celui des touristes.

Ces dernières années, une fascination s’est créée autour des luttes des pays du sud de l’Europe, et notamment en Grèce et en Espagne. Ces sociétés sont idéalisées, les milieux militants sont sublimés, le cocktail Molotov est idolâtré. On s’y rend pour s’évader, la conscience tranquille : on ne fait pas juste du tourisme (c’est bien cette démarche-là qui a donné lieu au Volontourisme, désormais institutionnalisé). Nous apercevons bien l’explorateur-opérateur chez Yannis Youlountas qui se charge de relayer à son public francophone ses aventures exotiques dans les milieux militants du sud.

Mais toutes les séquences de ces films sont systématiquement extraites de leur contexte. Elles sont recontextualisées dans un montage qui vise à provoquer des émotions. Et ceci s’adresse à une autre société, et notamment aux pays européens francophones. Le sensationnalisme s’avère une fois de plus être un bel outil. La pitié revient de plus belle. Notre baroudeur ne s’est pas gêné de demander ce qu’une grecque aurait à transmettre à un ami français imaginaire (un peu comme écrire au père Noël). Comme il ne s’est pas gêné d’illustrer la fameuse crise, sur une bande-son un peu tristounette, par des plans sur des sans-abris, des gens qui dorment dans un train de nuit (!), tous et toutes filmé.e.s à leur insu. Et enfin, il enchaîne avec des images d’enfants insouciants qui jouent et de personnes en exil qui mangent, qui font du sport et qui s’intéressent à la civilisation grecque (à une statue de Sophocle plus précisément !). Bien évidemment, cela sous-entend une reconnaissance de la part de ces personnes en état de vulnérabilité.
L’appropriation et l’héroïsation

Or la réalité sociale ne peut pas être représentée à travers ce fétichisme voyeuriste et sensationnaliste. Yannis Youlountas en est très bien conscient. En mettant en place un exotisme par tous les moyens possibles, il s’offre une distance de sécurité entre son public francophone et les terres de son périple. Ainsi il se donne la possibilité de revendiquer aisément sa place dans son récit : il se fait passer aux yeux des spectateurs pour quelqu’un de l’intérieur, pour celui qui a réussi à pénétrer dans les milieux militants locaux. Étant donné que Yannis Youlountas souhaite transmettre l’enthousiasme, les utopies en marche et la joie de créer, il a besoin, pour y parvenir, de planter un décor de misère dans lequel se produisent des héros et des héroïnes. Il se place alors sur les côtés des personnes qu’il choisit de sublimer. Dès lors, il peut se présenter en tant que camarade anarchiste grec. Il se flatte alors d’être à la fois le messager et l’expert.

Et il n’oublie pas que la fin justifie les moyens. Afin de pimenter ses aventures et affirmer sa place, il inclut dans son montage des séquences qu’il n’a pas filmé lui-même, sans pour autant nous en informer. Yannis Youlountas emploie la même tactique lorsqu’il se met à écrire (ou à parler). Il n’hésite pas de s’approprier d’une assemblée publique et s’inventer la qualité de membre de l’assemblée d’occupation de l’Ecole Polytechnique à Athènes pour signer son article "Athènes sur un volcan" (par ailleurs bourré d’impertinences et de comparaisons foireuses). Comme il n’hésite pas à nous exposer, toujours en tant qu’expert, "les dessous de l’assassinat de Pavlos Fyssas" ou bien de nous expliquer en 8 minutes "Comment aider la résistance grecque".

Or ce concept de résistance grecque est monté de toutes pièces. Et Yannis Youlountas en est certainement au courant.

https://renverse.co/Le-militantisme-exotique-reflexions-sur-les-films-de-Yannis-Youlountas-1407

> Grèce : Agression fasciste contre Yannis Youlountas

Militant libertaire, cinéaste et débatteur largement connu, notre camarade Yannis a été hospitalisé après avoir été molesté par trois néonazis au Pirée.

L’Union communiste libertaire a appris ce vendredi 14 juin l’agression de notre camarade Yannis Youlountas par des néonazis alors qu’il sortait du centre social autogéré « Favela » dans le Pirée (Grèce). Nos pensées de soutien lui sont directement adressées ainsi qu’à Maud sa compagne et à tous ses proches, notamment ses camarades de lutte dans le quartier d’Exarcheia à Athènes, quartier populaire et haut lieu des luttes sociales où Yannis se repose en toute sécurité et où il soigne ses blessures qui sont fort heureusement légères.

Nous avons souvent croisé le parcours de Yannis dans les luttes que nous menons. Il propage inlassablement au travers de ses interventions les idées libertaires anticapitalistes et autogestionnaire en informant et popularisant les luttes autonomes menées par les camarades anarchistes en Grèce.

Son travail de fond sur l’antifascisme nous amène à régulièrement le rencontrer et à débattre dans différents cadres comme à lutter ensemble comme lors de la campagne des identitaires en Méditerranée et dans les Alpes ou plus récemment en soutien aux camarades du groupe Rouvikonas.

Depuis la mort de Clément Méric il y a 6 ans, les agressions fascistes contre les migrant.es ou contre les militant.es antifascistes sont toujours d’actualité. Elles se multiplient ces derniers temps avec des attaques contre les cortèges révolutionnaires au sein des manifestations des Gilets Jaunes (entre autre à Paris, Lyon, Bordeaux et Toulouse). Dernièrement, c’est un camarade de la librairie Publico de la Fédération anarchiste qui a subit une agression au couteau.

Cette succession d’attaques est plus qu’inquiétante à l’heure où l’extrême-droite arrive au pouvoir dans de nombreux pays. Mais elles ne doivent pas freiner le renforcement de la lutte antifasciste et contre le capitalisme à l’image de la mobilisation contre la réforme des retraites ordonnée par le gouvernement de Bolsonaro au Brésil.

En Grèce, en France, au Brésil comme partout ailleurs, la lutte antifasciste est internationale !

http://www.alternativelibertaire.org/?Grece-Agression-fasciste-contre-Yannis-Youlountas