Retour sur la manif saccageuse du 1er mai contre leurs frontières et leurs prisons

Mis a jour : le vendredi 31 mai 2019 à 08:26

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Le 1er mai a été une réussite cette année à Montréal. Plusieurs centaines de personnes ont répondu présentes à l’appel à un 1er mai « sans frontières », dans le contexte de lutte spécifique contre la nouvelle prison pour sans-papiers de Laval et plus généralement la lutte contre la machine à trier et à enfermer les humains.

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Lors de cette manif qui, contrairement aux 1er mai  précédents, a su se défaire du dispositif policier, les bureaux de Lemay, qui dessine les plans de cette future prison pour migrants, ont été joyeusement attaqués.

 

Nous publions ci-dessous une partie d’un récit intéressant sur cette déambulation incontrôlable, publié sur Montreal Contre-Information. Toutefois, nous n’avons pas souhaité reproduire les deux derniers paragraphes de ce compte-rendu pour plusieurs raisons.
D‘abord, il est notamment pointé (à juste titre) le problème de l’omniprésence de prise d’images et de vidéos dans cette manif, d’une part par les journaflics, et d’autre part par des manifestant-e-s elles/eux-mêmes (et c’est bien là le problème). Selon nous, cette critique ne va pas assez loin, car elle ne remet pas en question le problème à sa base, à savoir ne pas filmer ni photographier une quelconque silhouette de la lutte. Il y est conseillé de flouter les visages, une fois rentré-e à la maison. Nous répondrons qur rien ne dit que la personne rentrera directement chez elle, que toutes ces données dans les cartes mémoires de téléphones et caméscopes alimenteront les dossiers des flics en cas d’arrestations et serviront de possibles charges devant le tribunal (ce ne sont pas les exemples qui manquent, dès qu’on évoque nos expériences personnelle de manifs entre potes). La seule solution: ne pas filmer ni prendre de photos, point. C’est le meilleur moyen de ne pas participer aux rouages de la répression.
Enfin, un passage de ce texte tente de hiérarchiser les pratiques de luttes directes contre ce monde carcéral, en vantant l’action collective qui serait assumée parce que « publique » au détriment des actions nocturnes et clandestines, des actes individuels, anonymes ou revendiqués. Nous précisons que nous ne faisons pas de hiérarchies entre ces diverses formes d’actions directes et pensons que l’acte individuel présente bien des avantages dans de nombreux cas (comme de choisir le moment et la cible): permettre à l’individu (ou de groupes d’individus) de s’affirmer face à la masse qui est bien souvent synonyme d’apathie sociale, en plus de le/les préserver d’être par la suite confronté aux flics (après enquête facilitée par les innombrables vidéos disponibles sur la toile). Maintenir l’offensive en manif est bien sûr une nécessité pour briser le cercle infernal de la politique et de la démocratie.

« Le premier mai 2019 à Montréal, il y a eu 4 manifestations à des moments et endroits différents dans la ville. La CLAC (Convergence des Luttes Anti-Capitalistes) a appelé à sa manifestation anticapitaliste annuelle sous le thème “Sans frontières”. Ce thème s’inscrit dans le cadre de la montée de l’extrême droite au Québec et plus précisément du projet de nouvelle prison pour migrant.es à Laval.

Peu après le départ, des centaines de manifestant.es se dirigeant sur Atwater vers St-Henri, un black bloc se forma à l’arrière de la manif, protégé par une bannière sur laquelle était écrit “All Bosses are Bastards”. Des clôtures de construction, des pylones et d’autres matériaux de construction ont été mis dans la rue, permettant de créer une distance entre la manif et les flics qui suivaient. Des tracts avaient d’ailleurs été passés au point de rassemblement, encourageant les gens à prendre les deux côté de la rue et le trottoir afin d’empêcher les flics d’encercler la manif à partir du trottoir. Pis ça a super bien fonctionné, y’a aucun cops qui ont réussi à se positionner.

La manif a tourné vers l’ouest sur Notre-Dame et ensuite vers le nord sur Greene, se dirigeant vers les bureaux de Lemay, une compagnie d’architecture produisant les plans pour la prison pour migrants. Alors que la manif s’approchait du bâtiment, une poubelle a été mise en feu et poussée vers les flics en vélo qui suivaient, permettant de créer une distance qui a permis de poser les gestes à venir. Des gens ont attaqué l’édifice de Lemay, brisant les grandes vitres de devant et du côté du batiment avec des pierres, des balles de billard et des bêliers improvisés. Des graffitis ont aussi recouverts deux facades du bâtiment. Des tracts ont ete distribués pour expliquer le rôle de Lemay dans la construction de la prison pour migrant.es.

Les flics anti-émeute se sont deployés, trop tard, devant les bureaux de Lemay, où ils ont été acceuillis avec des jets de pierres. Ils ont répondu à l’escalade de la tension avec des tirs de lacrymos, faisant dévier la manifestation de la rue Saint-Jacques vers le nord. Même si le cortège a été divisé et quelques personnes isolées a cause des gaz, deux grands groupes se sont retrouvés quelques instants plus tard sur Saint-Antoine, une artère majeure qui mène a l’autoroute : échec de la tentative de dispersion! Le groupe motivé, qui se freyait une chemin contre le traffic a trainé les poubelles et bacs de recyclage dans la rue, en en allumant quelques uns. Même si le groupe était de moins en moins grand, un nombre considérable a continué vers l’est sur Notre-Dame, laissant quelques graffitis sur son chemin et se défendant en tirant des feux d’artifice dans la face des flics, permettant de donner l’espace suffisant à ce que la manif continue.

Ce premier mai à donc marqué une grande amélioration par rapport à l’année dernière, où la confrontation entre les polices marchant sur le trottoir et le black bloc à la tête de la manifestation avait éclaté après seulement deux minutes, isolant le bloc du reste de la manifestation. Depuis cette confrontation, les flics ont constamment gardé leur distance dans les grandes manifestations, témoignant du succès d’une culture de manif combative. Ceci étant, ils s’ajustent maintenant en réagissant de manière très offensive dès les premières attaques. Il nous faudra continuer de répondre à ce changement de stratégie.

Cette année, la répartition de différent groupes anonymes et des bandes avec une volonté de confrontation dispersées au travers de la manif a permis de prévenir l’isolation du bloc du reste de la manifestation. Ça a aussi aider à nuire aux tentatives des disperstions. Avoir, à divers endroits dans la manif, différents groupes de personnes prêtes à rester ensemble malgré les gaz et les charges signifie que beaucoup d’autres peuvent gagner la confiance nécessaire à la reproduction de ces gestes. L’expérience de cette année, avec les regroupements par la suite et la continuation de la manif même après avoir attaqué Lemay en est une preuve excellente!. […]

Longue vie aux manifs incontrôlables ! Longue vie à la lutte contre les prisons pour migrant.es !
Détruisons les prisons, débordons les frontières !

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Commentaire(s)

> Et les trottoirs, ils sont à qui?!

"Des tracts avaient d’ailleurs été passés au point de rassemblement, encourageant les gens à prendre les deux côté de la rue et le trottoir afin d’empêcher les flics d’encercler la manif à partir du trottoir. Pis ça a super bien fonctionné, y’a aucun cops qui ont réussi à se positionner."

> ... et le reste?

Ben, c'est cool d'avoir une dialogue transatlantique, mais je trouve ça pas normal d'enlever des paragraphes aves lesquels vous avez des critiques. Car on pourrait donc voir qu'il n'était jamais question de hiérarchiser les actions, mais plutôt juste d'exprimer la volonté des auteurs de pouvoir s'attaquer au pouvoir ouvertement et à plusieurs. C'est bien de discuter des nos différences en tant qu'anarchistes, mais pour ça il faut pouvoir se lire et se comprendre et non chercher à éliminer les bouts jugés insuffisamment purs. Voici le dernier paragraphe:

"Le succès de l’attaque contre Lemay est un développement excitant dans le cadre de la lutte contre la prison pour migrant.es. Lemay avait déjà été attaqué plusieurs fois dans les dernières années : ses projets de condos ont été défoncés, des criquets ont été mis dans leur siège social pis leurs serrures ont aussi été brisées. Mais ces attaques n’ont pas été aussi publique que pendant cette manif. Et on imagine qu’elles impliquaient un nombre plus petit de personnes. On a vraiment été touché par la force et la solidité des centaines de personnes qui se sont tenues et sont restées ensemble pendant que cette firme d’architecture dégeulasse se faisait démolir en pleine journée. C’est le genre de force collective et de détermination qui sera à notre avis nécessaire dans la suite de la lutte contre la prison pour migrants qui continuera de se dérouler dans les prochains mois."

> Avez vous mal compris?

eeuhhhhhh....et l'autre paragraphe, où il est clair que les auteurs ne suggèrent pas que quiconque brouille les photos, mais en fait critiquent cet argument qui est souvent utilisé comme défense pour prendre des photos pendant des manifs? Avant de porter des critiques et de censurer quelque chose, assurez-vous de le lire correctement.

***Nous avons aussi remarqué cette année que beaucoup de monde dans la manif avaient des caméras ou filmaient avec leur cellulaire. Filmer et prendre des photos met les gens en danger, que ça soit fait par des médias de masse ou pas. Même si vous ne voulez pas donner vos images aux flics, ou que vous avez l’intention de brouiller les visages du monde avant de partager les photos, il demeure le risque que vous soyez arrêté et que votre stock incrimine des gens. Pour simple rappel : ne filmez pas les visages dans les manifs, et ne soyez pas surpris si vous vous faites tasser des manifs parce que vous le faites.