De l'utilité de la flèche de Notre-Dame

Mis a jour : le jeudi 18 avril 2019 à 17:06

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Les mille et un usages d'une flèche de cathédrale

 

 

 

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Quand le drpeau de LIP flottait sur Notre-Dame, ou le pied de nez aux marchands du Temple

Commentaire(s)

> Même avec un drapeau sympathique

on ne regrettera pas ce qui était peut-être le pire de l’œuvre de Viollet-le-Duc.

On devrait en profiter pour déchristianiser le bâtiment, mais bon, avec l'autre converti à l’Élysée c'est sans espoir.

> Notre-Dame de Paris, à la croisée de nos “racines chrétiennes” et capitalistes

Indécente, déplacée, mesquine, lamentable… Les experts de LCI n’apprécient guère la “polémique” suscitée par les dons faramineux des milliardaires et des multinationales pour la rénovation de Notre-Dame. Une polémique qui révèle les maux franchouillards, marxistes et archaïques dont souffre notre pays.

« Le feu, c’est aussi la purification », rappelle Isabelle de Gaulmyn, de La Croix, mardi à C dans l’air. L’historien Michel Zink abonde, il voit dans l’incendie de Notre-Dame de Paris « une sorte de feu purificateur dans les épreuves d’aujourd’hui ». « Il y a ce côté du feu purificateur assez mystique », convient l’architecte Marie-Amélie Tek. Un mysticisme qui gagne tous les plateaux.

Jérôme Béglé, du Point, s’extasie devant « une procession vers Notre-Dame » retransmise sur CNews. « Ça fait du bien de voir qu’on peut traverser Paris sans casser des vitrines et pousser des jurons à tous les coins de rue. » La preuve est faite, les Gilets jaunes ne sont pas très catholiques. « Les gens se disent que si l’Eglise était plus moderne, ça marcherait mieux, déplore Jean-Sébastien Ferjou, d’Atlantico. Eh bien non, les seules communautés qui réussissent à réunir des gens sont un peu plus traditionnelles. » « Le problème, c’est l’unité de nos sociétés, désespère Henri Guaino, exhumé par LCI. Quand les sociétés sont trop divisées, elles refont leur unité dans le sacrifice sanglant, la persécution, la violence. »

Alleluia, Notre-Dame a brûlé, Franck Louvrier peut célébrer sur LCI l’unité retrouvée : « Il fallait un moment d’unité dans ce pays et, là, il y en a un tel qu’il n’en existait pas depuis des semaines. Ça confirme que la France a des racines chrétiennes. On est réveillé par nos racines et elles sont chrétiennes. » Et elles brûlent très bien.
« Pour les catholiques non pratiquants, cet événement est un réveil, certifie Gérard Carreyrou, mercredi matin sur CNews. Chez ces gens-là, qui sont des millions, qui étaient inquiets de la crise de l’Eglise… » « La crise de la société, et de la civilisation françaises », précise Pascal Praud. « … Les gens se rattachent au symbole d’une France éternelle. Il y a un réveil et un renouveau. » Spirituel mais surtout télévisuel. « L’Eglise incarne aujourd’hui la France d’hier, complète Pascal Praud, et c’est là que les gens peuvent se retrouver au moment où ils ont peur de perdre leur identité. » Menacée par le grand remplacement. Comme disait Alain Marschall sur BFMTV : « Notre-Dame, elle a bon dos pour être instrumentalisée. »

Et pour susciter les « polémiques ». Polémique sur le concours d’architecture lancé pour remplacer la flèche. Polémique sur la durée du chantier annoncée par Emmanuel Macron. « Les Chinois font des centrales nucléaires en quelques mois, rappelle Christophe Barbier sur BFMTV, on doit pouvoir reconstruire Notre-Dame en cinq ans. » Bonne idée. Remplaçons la toiture de la cathédrale par un EPR (avec une tour de refroidissement en guise de flèche), c’est le meilleur moyen d’allier rapidité, qualité esthétique et transition énergétique.

La polémique la plus vive porte sur « le milliard qui fâche », selon le titre de LCI. David Pujadas développe : « Les dons des grandes fortunes et des grandes entreprises sont critiqués par une partie de la gauche. » Pour preuve, les récriminations de Philippe Martinez, de la CGT, pour qui cette générosité valide le slogan des manifs : « De l’argent / Il y en a / Dans les poches du patronat ! »
Le présentateur de 24h Pujadas soumet une de ces (fausses) alternatives dont il a le secret. « Alors, interrogation légitime ou paradoxe bien français ? » S’il est « bien français », ça doit être un paradoxe puisque nous sommes en France, aussi légitime soit l’interrogation. Un journaliste vient faire le point sur la « course inédite aux dons », égrène les centaines et les dizaines de Pinault, Arnault et consorts. « Martin Bouygues a annoncé un don personnel de 10 millions d’euros. » Tiens, Martin Bouygues. Ce ne serait pas le propriétaire de LCI ?

Laurent Wauquiez, lui, offre 2 millions d’euros. Ou plutôt, il fait offrir par le conseil régional dont il est président. Sans doute n’a-t-il pas assez de monuments du patrimoine à restaurer en Auvergne-Rhône-Alpes. Viennent ensuite les dons en nature. « Air France propose des billets d’avion gratuit pour toutes les personnes qui viendront reconstruire. » EDF promet un EPR sur chaque cathédrale pour en renforcer la charpente avec des soudures certifiées par l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire).

Comment ne pas être ému par tant de générosité ? « Je trouve les critiques déplacées », condamne Sophie Coignard, du Point dont, c’est un hasard, le propriétaire s’appelle François Pinault. « On était dans l’émotion et la récupération de Philippe Martinez me semble un peu hâtive. » D’ailleurs, elle a donné combien, la CGT ? « On a tout de suite les repoussoirs bien français pour ne pas dire franchouillards. » Pour ne pas dire archaïques. « Dire : “C’est horrible, cette américanisation”… C’est peut-être horrible mais le mécénat a permis de grandes choses. » Que l’État ne fait plus, le budget dédié au patrimoine étant passé de 440 millions à 332 millions d’euros en dix ans. « Dans ce cas-là, on peut dire : supprimons le budget du ministère de la Culture tant qu’il y a des gens qui sont SDF. » Aucun rapport. Le budget de la culture est alimenté par l’impôt, pas par les dons de bons samaritains du classement Forbes.

« Qu’ils payent déjà leurs impôts », dit Manon Aubry (LFI) dans une interview diffusée par David Pujadas. « Je trouve cette polémique indécente, mesquine, dénonce Yvan Rioufol, du Figaro. Et révélatrice de cet esprit français que je déteste, c’est la récurrence de la lutte des classes… » Beurk. « … Portée maintenant par la gauche la plus archaïque. » Pour ne pas dire la plus franchouillarde. « Il devient odieux d’opposer encore les salauds de riches aux pauvres. Ce sont deux sujets totalement différents. » Pas du tout, ils sont liés : plus les riches sont riches, plus leurs millions ruissellent sur les pauvres et sur leurs cathédrales, à ce qu’il paraît. « Il ne s’agit pas d’aider des pierres, mais d’aider à retrouver une mémoire, à retrouver des racines, une civilisation. » Ah oui, j’oubliais. Réveiller les racines chrétiennes du Renouveau national.

« Je suis courroucé par la sottise de cette gauche-là », conclut Yvan Rioufol, vraiment très fâché. Serge Raffy lui explique : « Les gens qui sont focalisés sur un seul regard, forcément, ils répètent toujours la même chose. » L’éditorialiste de L’Obs, lui, démultiplie son regard pour ne pas se répéter. « Cette vague de soutien, c’est formidable ! » Tout le monde est d’accord, alors.

« François Pinault était il y a quelques semaines à Guernesey pour inaugurer le musée Victor Hugo, il a payé 3,5 millions d’euros de sa poche, admire Serge Raffy. Si la famille Pinault a réagi si vite, c’est parce qu’elle est impliquée culturellement. » Pas comme Jojo le gilet jaune. « Ce sont des gens qui ont aussi un cœur, qui ont une âme, une culture. » Et quelques milliards de côté. « Il faut applaudir tout ça. » Et chanter la gloire de ces bienfaiteurs. « Si, en 2003, Jean-Jacques Aillagon a fait voter cette loi sur le mécénat, c’est pas par hasard. » C’était pour offrir une nouvelle niche fiscales aux entreprises et aux plus aisés. Et pour habituer à ce que l’entretien du patrimoine relève de la charité.

« Je trouve cette polémique absolument détestable, minable, lamentable et hors-sujet », s’indigne Arlette Chabot une heure plus tard dans son « parti-pris ». « Ça donne une idée du climat en France. Si les riches ne donnent pas, c’est des salauds et, s’ils donnent, ce sont des salopards. C’est quand même assez étrange. » Les Français sont ingrats. « Or le mécénat est indispensable dans ce pays. » J’avais compris. « Par exemple, François Pinault a inauguré il y a quelques semaines ma maison de Victor Hugo à Guernesey, il a donné 3 millions d’euros. » 3,5 millions, disait Serge Raffy. A ce détail près, Arlette Chabot pourrait être éditorialise à L’Obs. « D’ailleurs, quand il a entendu l’incendie de Notre-Dame, il s’est dit : “Il faut tout de suite participer.” » Parce qu’il est impliqué culturellement.

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