Les éditocrates éblouis par Macron... et en rage contre les gilets jaunes

Mis a jour : le mercredi 13 mars 2019 à 13:50

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Depuis le début du « grand débat » lancé par le gouvernement à la mi-janvier, Emmanuel Macron est omniprésent dans les médias. Ses déplacements sont scrutés, et ses interventions lors de « débats » (qui prennent rapidement la forme de monologues) sont retransmis en direct par les chaînes d’information en continu. Et surtout, sa « performance » fait l’objet de tous les commentaires éblouis des éditocrates. Pendant ce temps, la mobilisation des gilets jaunes se poursuit. Ces derniers ne provoquent pas le même enthousiasme chez les tauliers des grands médias, qui ne manquent pas une occasion de les mépriser et de les insulter. Retour en images sur ce contraste qui n’est pas sans évoquer La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable... »

Vidéo réalisée par Florent Michaux.

 

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Commentaire(s)

>  Les violences policières mal traitées dans les médias dominants

Il a fallu près de deux mois pour que les médias dominants se saisissent (au moins partiellement) de la question des violences policières, d’une ampleur pourtant sans précédent depuis le début du mouvement des gilets jaunes [1]. Et quand bien même elles intègrent l’agenda médiatique, ces violences font l’objet d’un traitement biaisé : fausse objectivité, langage orienté, mise en avant des versions policières… Autant de travers, bien connus, du « journalisme de préfecture ».
Les biais qui caractérisent le traitement médiatique des violences policières sont peu ou prou les mêmes, dans la couverture d’événements impliquant l’intervention des « forces de l’ordre » : que l’on pense aux mobilisations contre les « lois travail », dans les quartiers populaires (comme récemment à Grenoble) ou en défense des ZAD (Notre-Dame-des-Landes, Bure, etc.), les occupations d’usines, de lieux de travail, de lycées ou d’universités. La couverture des mobilisations sociales récentes a été particulièrement symptomatique de ces travers médiatiques. Nous proposons ici un tour d’horizon des types de biais observés au cours des derniers mois.

Une fausse objectivité dans le choix des mots et la mise en contexte

Dans leurs articles et reportages, les journalistes ont recours à différents types de formulations pour « décrire » les mobilisations sociales et les rapports de force opposant les manifestants aux policiers. Bien que revendiquant l’« objectivité », ils trahissent en réalité, par leur langage, un certain point de vue. Et force est de constater que, dans les médias dominants, ce point de vue épouse bien souvent celui de la police. En témoignent ces quelques exemples, qui font écho au lexique que nous avions constitué au moment de la Loi Travail en 2016 [2] :

- « La manifestation a finalement fait trois blessés samedi soir à Albi, dont deux évacués par les pompiers. » (La Dépêche, 02/12/18)

- « Dans la capitale, les violences dans le sillage des "Gilets jaunes" ont fait 133 blessés et conduit au placement en garde à vue de 412 personnes, selon un bilan de la préfecture de police dimanche 2 décembre 2018. » (La Dépêche, 02/12/18)

- « Un incident suite auquel un manifestant a perdu ses doigts. » (Ruth Elkrief, BFM-TV, 11/02/19)

- « Les LBD sont accusés d’avoir fait de nombreux blessés pendant les manifestations des "gilets jaunes". » (France Info, 16/01/19)

- « Les LBD, pour lanceurs de balles de défense, sont suspectés de faire de nombreux blessés lors des opérations de maintien de l’ordre. » (Le Républicain lorrain, 17/01/19)
En omettant de nommer les policiers comme étant à l’origine des coups qu’ils portent, le récit des grands médias atténue leur responsabilité dans ces violences, blessures et mutilations.

Loin de rendre compte du conflit de manière « objective », les journalistes euphémisent, par le choix de leurs mots, les violences policières et évacuent le débat qui devrait avoir cours sur le rapport des forces en présence, les niveaux de répression, la légitimité des usages de la violence, etc. C’est également le constat fait par Arrêt sur images, qui a recensé quelques tournures de phrases journalistiques utilisées dans les JT pour décrire les charges des policiers : on parle ainsi de manifestants « maîtrisés », ou encore d’« interventions musclées » pour évoquer des tabassages en règle.

C’est le cas y compris dans des situations on ne peut plus claires, comme dans le cas du commandant Andrieux, le « boxeur » de la police filmé en train de frapper violemment, entre autres, un manifestant menotté. Les journalistes ont usé, pour traiter de cet épisode, de précautions de langage qui ne sont jamais employées pour évoquer la violence des manifestants. […]

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> Le LBD et LCI

Sans LBD, que reste-il ? Uniquement les armes létales, répondent en chœur Yves Lefebvre, Christophe Castaner, Jean-Luc Mano… Et les jours fériés ? Trop nombreux en France. Quid du diesel ? Il n’a jamais été aussi propre ! Tout le monde est bien sur la même longueur d’ondes.

« Les mots du Défenseur des droits sont durs. » Plus durs qu’une balle en caoutchouc ? « Dans son rapport annuel, Jacques Toubon parle d’un “renforcement de la répression” », relaie le présentateur de LCI, faisant état d’« une offensive contre le désormais fameux LBD utilisé lors des manifestations de Gilets jaunes ». Officiellement, c’est une « arme de défense » : il est normal qu’elle subisse des « offensives ».

L’éditorialiste Françoise Degois commente : « Je rappelle qu’on s’est déjà fait épingler par Michelle Bachelet, l’ancienne présidente du Chili. » Oui mais c’est une militante chaviste manipulée par La France insoumise qui a « fumé la moquette » pour dénoncer des violences policières dont il est intolérable de parler dans un Etat de droit. Cela a été démontré sur cette même chaîne par un quarteron de journalistes d’investigation coaché par David Pujadas. Pourtant, Françoise Degois insiste : « Ce qui me dérange, c’est qu’on continue à utiliser le LBD. » Aussitôt, elle est mise en joue :

« Personne n’est amoureux de ce LBD, estime Jean-Luc Mano. Simplement, par quoi on le remplace ? » Tasers, mines antipersonnel, mitrailleuses lourdes ? « Je suis pas spécialiste mais on ne peut pas désarmer les policiers. Il y a leur argument, quand ils disent : “Attention, on va se retrouver avec seulement l’arme létale.” » Pour tirer dans le tas. « C’est la même histoire que le glyphosate, c’est bien de trouver des moyens avant d’interdire. » C’est ce qu’on a fait avec l’amiante et ça s’est très bien passé.

Le présentateur propose d’écouter « la réponse de Christophe Castaner au rapport du Défenseur des droits et, sur la même longueur d’ondes, un syndicat de police, en l’occurrence Alliance ». Ça alors, quelle surprise… Le ministre de l’Intérieur déclare : « Si vous retirez les moyens de défense des forces de l’ordre dans des contextes d’émeutes, parce qu’il faut bien rappeler que les LBD ne sont pas utilisés dans des manifestations mais dans des moments d’émeutes, il ne restera que les armes de poing ou le contact physique. » Tiens, Christophe Castaner est sur la même longueur d’ondes que Jean-Luc Mano. Le syndicaliste d’Alliance, lui fustige le « non-sens » des propos de Jacques Toubon, « surtout qu’il y a un soutien au plus haut niveau de l’Etat sur l’utilisation des armes intermédiaires de défense ». Le bon sens de Christophe Castaner révèle le non-sens de Jacques Toubon.

En plateau, Jean-Luc Mano n’en revient pas lui-même de sa propre droitisation : « Je m’étonne moi-même d’être contraint de défendre les flics. » Mais voilà, « il y a eu des semaines d’émeutes » causées par des « hordes de factieux » qui, rappelons-le, ont « envahi l’Arc de Triomphe » sans avoir besoin d’un LBD pour éborgner une statue. […]

https://www.telerama.fr/television/lbd,-diesel-et-travail-gratuit-les-bons-plans-de-lci,n6169942.php