L'autonomie ouvrière face au marxisme académique

Mis a jour : le mardi 13 novembre 2018 à 10:46

Mot-clefs: prolétariat
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Une réponse à  Matt Vidal / MarxistSociology.

Le dernier  article publié par le blog Marxist Sociology aura été de justifier son existence académique même, en niant la capacité de la classe ouvrière elle-même de se libérer du capitalisme.

L’objectif de notre réponse n’est pas de débattre du tortillage académique à l‘origine de leur affirmation à travers les textes publiés par Marx, mais de comprendre pourquoi une telle affirmation idéaliste peut encore avoir cours aujourd’hui chez les marxistes universitaires. La question en effet n’est pas de savoir si effectivement dans la théorie marxiste il existe bien une affirmation de l’existence d’une conscience révolutionnaire ouvrière autonome, mais bien de savoir si « on a le choix » : c'est-à-dire si autre chose qu’une conscience révolutionnaire ouvrière autonome peut transformer le mode de production capitaliste en révolution communiste.
Dans un premier temps il est important d’analyser la manipulation qui réside au cœur de l’idéologie des auteurs cités par Marxist Sociology, tout d’abord avec l’air de ne pas vouloir y toucher. Ainsi selon Burawoy, « l’Histoire a montré que le pronostic de Marx était inapproprié » : les prolétaires eux-mêmes ne seraient pas les fossoyeurs du capitalisme qui les a produits. En négatif nous pouvons, nous, affirmer le contraire : l’échec historique réside dans l’escroquerie de « la théorie de la conscience révolutionnaire apportée de l’extérieur » par une clique de militants professionnels. Des décennies de ce modèle ont suffit à le prouver : des générations de militants professionnels n’ont fondé que des bureaucratiques « partis communistes » qui n’ont jamais conduit où que ce soit dans le monde à une quelconque révolution communiste, qui même lorsqu’ils étaient dotés de millions d’adhérents n‘ont jamais mené au renversement du mode de production capitaliste et qui même ont eu pour fonction de tempérer les ardeurs révolutionnaires du prolétariat au nom de tel ou tel intérêt stratégique immédiat.
Ce que ces marxistes universitaires veulent nous vendre encore une fois c’est leur soupe bureaucratique, putride et indigeste, leur mépris de classe habillé d’idéalisme dans leur dernière tentative d’encadrement contre-révolutionnaire du prolétariat.
L’article affirme que, dans les quelques 2 000 pages des trois volumes du Capital, Marx n’évoque absolument pas la question de la conscience révolutionnaire ouvrière. A ce stade de la manipulation, sachant très bien que l’objet du livre Le Capital est le capitalisme, et absolument pas le communisme (sous quelque angle d’approche que ce soit), on commence très clairement à comprendre l’orientation de ce texte. Et les mêmes auteurs de remarquer que lorsque Marx, dans l’un des rares textes où il évoque le communisme, le Manifeste communiste, il évoque également la conscience de classe révolutionnaire (coïncidence incroyable non ?). Mais pour conclure, bien entendu, qu’il doit s’agir là d’une figure rhétorique. Bien entendu.
Matt Vidal, l’auteur de ce fumeux article manipulatoire, avance ensuite dans ses contradictions et on atteint là les sommets de la manipulation du marxisme académique. On passera sur le côté « démocratique » de l’interprétation du pouvoir ouvrier (nous y reviendrons plus tard avec une autre approche toutefois) : le pouvoir ouvrier serait la réalisation de la démocratie puisque la classe ouvrière est majoritaire dans les pays capitalistes. Comme si la légitimité du communisme résidait dans le nombre des exploités et non pas dans leur exploitation même. Interprétation démographique  performative typique du capitalisme. On passera là-dessus mais on s’arrêtera sur l’énonciation de différentes citations de Marx sur la conscience de classe dans la deuxième partie du texte. Parce que, finalement,  Marx parle bien du développement de la conscience de classe, et ce que nous montre les extraits cités c’est qu’ils contredisent eux-mêmes Matt Vidal.  Lorsque ce n’est pas l’Histoire elle-même qui le contredit. Selon Marx, ce serait à travers la lutte active du prolétariat face au Capital (L’Idéologie allemande) que se développerait la conscience, l’intérêt commun du prolétariat ne suffisant pas (Misère de la Philosophie). La fin de cette partie de l’article est le point culminant du stade adialectique de l’auteur, d’autant plus ironique que cette pensée adialectique instrumentalise la théorie du fétichisme de Marx pour « démontrer » l’indigence supposée de la conscience de classe prolétarienne. Marx l’affirme : la conscience révolutionnaire ouvrière se développe à partir de sa propre activité autonome face au Capital, la lutte des classes. Et en ce moment sublime l’escroc Vidal conclue de son côté : la lutte des classes c’est le parti et le syndicat.
Non seulement il prend le Parti pour le tout, le syndicat pour la classe, mais dans le même mouvement il reste dans le déni de deux siècles de développement des partis et des syndicats : des grandes machines bureaucratisées agissant pour leurs propres intérêts, fétichisées par les zombies du gauchisme essoufflé comme étant les dernières écoles du socialisme fantasmées, mais surtout théâtre elles-mêmes d’une lutte des classes désespérée entre la base et la bureaucratie.
Cette incapacité à saisir la dynamique dialectique dans l’aliénation (c'est-à-dire la capacité pour le prolétariat, dans le processus dialectique de la praxis, à saisir le dépassement de la mystification) repose sur la thèse, mainte fois affirmée par les marxistes académiques et les militants professionnels, qu’ils détiennent à eux seuls la conscience de classe qu’ils peuvent ensuite dispenser comme des barres chocolatées à un prolétariat docile. Par un tour de magie spectaculaire la conscience de classe est une conscience hors classe. Le mensonge réside donc également ici : la conscience n’est pas pour le « marxisme » universitaire une saisie collective de la réalité capitaliste et de la praxis communiste, mais un ensemble théorique préconstruit dans l’atmosphère aseptisé des universités et des locaux bureaucratiques, une idéologie. Mais l’idéologie ne sera jamais la saisie du réel, elle n’en est au contraire qu’une interprétation figée et adialectique. L’idéologie ne sera jamais la saisie de la totalité mais une conception partielle. La théorie révolutionnaire, quand elle existe d’une façon authentique, n’est pas la saisie à elle seule de la totalité, mais une partie de celle-ci, qui doit se fondre dans la praxis, élément corrigeable et correctif au sein d’un processus révolutionnaire dialectique.
Fondamentalement la question qui se pose dans le processus révolutionnaire communiste est la façon dont la conscience se construit par rapport à l’objectif communiste. Une conscience comme idéologie acquise n’est pas une conscience puisque celle-ci (saisie dialectique du réel) est le contraire de l’idéologie (interprétation aliénée de la totalité). La conscience de classe révolutionnaire est la destruction de l’idéologie, sa négation. Ce n’est pas seulement affirmer que la révolution n’est pas une affaire de parti, au-delà la révolution n’est pas une affaire d’idéologie. La révolution n’est pas une affaire de programme. La révolution n’est pas une idée, elle n’est pas le produit de l’idéalisme. Elle est un bouillonnement créatif et collectif intense impliquant les masses exploitées à chaque instant du processus révolutionnaire, un bouillonnement auto-correctif des erreurs immédiates qui ne manqueront pas de survenir dans les premiers instants du processus révolutionnaire.
La « conscience apportée de l’extérieur par les révolutionnaires professionnels » ne pose pas seulement le problème de l’idéologie comme interprétation faussée -car parcellaire et hors-classe- de la révolution mais elle pose également le problème classique entre pensants et exécutants, elle pose le problème des détenteurs de l’idéologie-falsifiée -comme-conscience, comme reproduction d’une structure sociale en classes qui, loin de supprimer le capitalisme ne ferait que s’y fondre (et inversement), dans une énième répétition historique de la mise en scène d’une « bureaugeoisie » dirigeante. 
Cruelle régression idéologique des marxistes académiques qui théorisent une pureté révolutionnaire de la caste idéologique, pureté qui n’existe que dans leur interprétation idéaliste fantasmée du militant professionnel. Nouveau dévot sanctifié exempt de toutes les contradictions et des tentations bureaucratiques.
Enfin le développement d’une conscience ouvrière révolutionnaire s’inscrit alors logiquement dans la critique de l’artificialité idéaliste du marxisme académique pour qui la conscience est idéologie, un programme (lorsque d’ailleurs lui-même ne cache pas sa propre finalité dans un programme de transition régressif) à appliquer mécaniquement au réel. Car une idéologie acquise n’est pas une conscience développée. Elle reste comme une extériorité à l’être agissant qu’est le prolétariat. Apporter n’est pas assimiler car les processus cognitifs en œuvre pour l’acquisition d’une idéologie ne sont pas une prise de conscience du réel. L’idéologie même, comme interprétation déréalisante du monde, reste un corps étranger à l’être agissant. Le prolétariat ne peut agir comme réel sujet révolutionnaire sans assimilation autonome du processus révolutionnaire. Sans cela, sous la direction des militants professionnels, la dictature du prolétariat est alors une dictature sur le prolétariat. Non plus un pouvoir de classe qui s’auto-abolit en abolissant toutes les classes, mais un pouvoir sur la classe qui reproduit les structures de classes. Ainsi si la classe ouvrière est seule capable du processus révolutionnaire ce n’est pas pour réaliser un « pouvoir démocratique » abstrait par la médiation du parti, mais bien parce que construisant la totalité capitaliste réelle, producteurs des marchandises comme objets, villes, etc le prolétariat est à même, et lui seul, de détruire et construire les modes de production matériel, de réaliser le communisme, et, en cela, de reconnaître le socialisme académique comme ennemi du prolétariat. Et ceci dès le début du processus révolutionnaire.

Commentaire(s)

> wéwé

les universtaires cépabien sauf quand ça nous arrange...

fermez là un peu les marxistes de cimetières on connait votre messe sur le bout du cul

> Patate

tu as un drôle de passe-temps.
Tu as pas un potager individualiste à cultiver ?

> Pitié

J'ai pas eu le courage de tout déchiffrer, ayant l'impression de voir un règlement de comptes stérile façon ping pong entre chapelles ultra gauches. Mais... J'ai lu le dernier paragraphe qui m'a fait sourire. "seule la classe ouvrière peut détruire le capitalisme, etc.". J'espère qu'on parle pas du prolo américain de l'industrie automobile qui a massivement voté Trump contre tous ces chicanos et ces bonnes femmes qui lui font concurrence, sans parler des chinois et autres coréens... Peut-être faudrait il rompre avec l'exégèse des textes sacrés et réfléchir sur l'impasse historique du mouvement révolutionnaire.. À moins qu'au contraire, ce soit dans la pire dégradation du rapport de force, sur une planète en perdition que le destin historique de la classe sera révélée... Amen.

> logique ?

he oui :
""seule la classe ouvrière peut détruire le capitalisme, etc."
et ce n'est pas parceque aujourdhui cette classe n 'est pas au niveau question lutte qu'elle n 'est pas celle qui seule peut détruire le capitalisme .
aucun rapport logique les deux termes!!
explication de texte 5eme ,tu dormais !