Editorial : Déclaration du corps professoral et de la communauté de l’université du Michigan à l’administration

Mis a jour : le mardi 13 novembre 2018 à 10:48

Mot-clefs: antifascisme
Lieux: usa

Nous écrivons en tant que membres inquiets de la communauté de l’UM pour répondre à la lettre de la Doyenne Elizabeth Cole au professeur John Cheney-Lippold, qui énonçait des sanctions disciplinaires. Nous sommes par ailleurs perturbés par la politisation camouflée de l’enseignement et des services manifestée dans la lettre du président Mark Schlissel et du recteur Martin Philibert au campus de l’université. Sous prétexte de séparer les engagements politiques de notre rôle d’éducateurs, l’administration de l’université a pris une position politique claire contre le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions. Sans tenir compte des positions des professeurs à propos du BDS, les actions disciplinaires du président, du recteur et du doyen menacent la liberté académique et ont eu un impact réfrigérant sur le moral dans le lieu de travail. Plutôt que de débattre des mérites d’une importante question politique de notre temps, l’université a pris parti et a discrédité les étudiants, le personnel et les enseignants pro-BDS.

Nous sommes solidaires de ceux qui ont déjà exprimé leur désaccord avec l’administration. Nous sommes d’accord avec le professeur Juan Cole de l’UM qui a écrit que ce n’est pas « le rôle de l’administration d’une université de contraindre la conscience des professeurs ou d’autres enseignants sur ces questions qui sont bien plus complexes qu’elle semble le concevoir. « Nous sommes d’accord avec le Professeur de l’université de Stanford David Palumbo-Liu qui a écrit : « Punir des professeurs qui refusent d’écrire des lettres accroît la possibilité que les universités soient transformées en pions d’organisations guidées par une idéologie et ciblant les professeurs qui critiquent leurs opinions. »

Nous sommes aux côtés des étudiants qui ont déclaré que des mesures disciplinaires comme celles là créent « un précédent alarmant, inquiétant et dangereux parce qu’il affecte la parole et l’action politiques protégées des employés de l’université ».

Nous sommes avec les signataires de la pétition sur Change.org qui affirment que ces actions disciplinaires promeuvent la privatisation de l’éducation et banalisent ainsi notre travail d’éducateurs en « contournant la mission éducative de l’université (…) et en transformant les professeurs en simples pourvoyeurs de services. »

L’université du Michigan a toujours été très ferme sur les questions de la liberté académique tels qu’inscrites dans le manuel des professeurs. Nous restons engagés envers cette tradition et envers l’éducation de citoyens réfléchis et dotés d’un esprit critique. Nous appelons l’administration à se retenir de toute action disciplinaire contre l’étudiante diplômée Lucy Peterson et d’abandonner les actions contre le professeur John Cheney-Lippold. Nous demandons à l’université d’introduire des voix diversifiées dans la nouvelle commission créée par le recteur pour examiner l’interférence entre la pensée/idéologie politique et les responsabilités des membres du corps professoral envers les étudiants. Nous demandons à l’université d’assurer notre engagement institutionnel partagé envers la liberté académique.