Ca brûle à l’intérieur : dans les méandres de la médecine transphobe

Mis a jour : le mercredi 15 août 2018 à 11:42

Mot-clefs: Racisme Répression Resistances contrôle social / -ismes en tout genres (anarch-fémin…) genre sexualités
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Déjà, quand t’es pas dans la case mec cisgenre hétéro blanc et valide, la médecine occidentale c’est vraiment de la merde. Alors quand tu rajoutes le facteur “trans”, faut s’accrocher...

 

J’ai une date. Une date pour mon opération.
Ca devrait me réjouir ; et ne vous détrompez pas, ça a été le cas pendant environ une demi-journée.
Mais voilà, c’était trop beau pour être vrai. Déjà, quand t’es pas dans la case mec cisgenre hétéro blanc et valide, la médecine occidentale c’est vraiment de la merde. Alors quand tu rajoutes le facteur “trans”, faut s’accrocher...

J’ai contacté un.e des deux médecins qui doit signer un accord (=entente préalable) avec la Caisse Primaire d’Assurance Maladie pour qu’on me rembourse une petite partie sur un total de 5200 € (coucou les dépassements d’honoraires honteux !). Cette personne a refusé de signer l’accord, car elle considère qu’elle ne m’a pas vraiment suivi. Car on ne s’est vus qu’une fois. Elle dit, qu’elle a une position très “stricte” sur les ententes préalables de la CPAM. Elle dit, qu’il faut qu’elle soit “honnête”. Elle dit, “qu’il suffit que je demande au médecin qui me prescrit les hormones”. “Il suffit”. Ca résonne dans ma tête pendant quelques secondes après que j’ai raccroché.

Elle ne dit pas, que quand on est trans, il faut que plusieurs médecins attestent de notre identité si on souhaite obtenir des soins souvent vitaux. Si le.la psychiatre fait pas cette atteste, t’es pas un vrai trans. Elle ne dit pas, qu’à chaque étape de notre transition, à chaque rendez-vous médical ou administratif, on nie nos existence, nos vies, nos expériences, notre capacité à nous déterminer, à savoir ce qu’il y a de mieux pour nous. On nous impose des choix de transition, ou on refuse de nous laisser transitionner. Elle ne dit pas, ou ne sait pas, que quand t’es trans, il ne “suffit” jamais de faire quoi que ce soit. Faut toujours faire plus. Et s’en prendre plein la gueule avec le sourire. Et prouver qui on est à des gens.tes qui n’ont aucune idée de ce que c’est qu’être trans. Mais iels sont médecins. Alors iels ont tous les pouvoirs.

Elle ne dit pas qu’elle a le pouvoir de délivrer ces fameuses attestations qui nous autorisent à accéder à certains soins, ou à se faire rembourser certains soins, et qu’elle s’autorise régulièrement à refuser de les délivrer.

Elle ne dit pas qu’elle exerce son métier comme une honnête médecin transphobe, en toute impunité et avec tout le pouvoir que l’Etat et les institutions médicales lui octroient. Elle ne dit pas, qu’être “honnête”, c’est un autre mot pour dire “lâche”, “transphobe” ou “oppresseur.se”.

Elle ne dit pas qu’elle prend le fric des trans, quand iels viennent la voir en consultation, mais qu’elle ne délivre pas certains papiers qu’on lui demande, car elle demande l’attestation d’un.e psychiatre en échange, et que beaucoup d’entre nous n’en ont pas. Elle ne dit pas qu’elle fait des remarques déplacées sur le physique, le comportement, ou le bilan sanguin de certain.e.s d’entre nous. Elle dit, qu’elle est “honnête” avec la CPAM. C’est tout ce qu’elle dit.

Cette personne lâche, pardon que dis-je “honnête”, n’a pas d’excuses. Si elle ne sait pas le pouvoir qu’elle possède, lorsqu’elle accepte ou refuse de délivrer un papier ou un soin à un.e trans, c’est entièrement sa faute. Cette personne transphobe, pardon que dis-je “ignorante”, se réfugie derrière des textes de loi qui n’existent pas ou plus. Des textes qui diraient selon elle que seul.e un.e psychiatre peut attester de notre identité. Elle se réfugie derrière le principe de la responsabilité professionnelle, pour ne pas faire ces soins et ces papiers qu’on nous demande sans cesse. Elle dit qu’on pourrait la poursuivre en justice, si il y a un problème. Moi ce que je dis, c’est qu’il y a des trans qui font des dépressions et/ou se suicident parce qu’on leur refuse les papiers qu’elle refuse de délivrer. C’est tout ce que je dis.

Cette personne est un.e médecin transphobe tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Elle exerce une violence systémique sur les personnes trans, une violence enrobée de bonnes intentions, qu’elle justifiera volontiers par a+b si on la questionne. Une violence qui ligote celleux qu’elle touche, qui les marque à vie, qui les enserre jusqu’à immobilisation, ou auto-destruction.

Pour revenir à l’objet premier de ma colère, c’est-à-dire le remboursement d’une partie de cette opération.
Moi, je l’ai l’argent pour faire cette opé. Ca me dégoute de devoir le donner à ce chirurgien qui fait des dépassements d’honoraires obscènes, mais au final je peux me le payer.

Ca me dégoute d’avoir cédé à la CPAM et de leur avoir donné (roulements de tambours…) deux certificats de médecins pour obtenir mon ALD (“Affection Longue Durée”, qui est sensée permettre le remboursement des frais en lien avec la transition), pour qu’ensuite on me signifie que cette ALD n’a aucun intérêt pour mon opération. Je me serais bien passé de mettre autant d’énergie et de temps pour obtenir cette foutue ALD, si j’avais su.

Tout ça, ça me dégoute, ça m’épuise, ça me stresse. Mais au moins, j’ai l’argent pour payer la facture.

Si je regarde la majorité de mes copains.ins trans, qui sont au moins aussi dégouté.e.s, stressé.e.s et épuisé.e.s que moi, combien de personnes n’ont pas les moyens ? Combien doivent attendre des années, faire des prêts faramineux, bosser à s’en crever, pour se payer une ou des chirurgies dont iels ont besoin ? Combien ?
Tous.tes ces foutus médecins, quand iels refusent de nous donner ces papiers, iels y pensent à ça ? Le pouvoir, le prestige de la profession, l’argent, l’impunité transphobe, raciste, grossophobe, validiste, âgiste et j’en passe, et la possibilité de faire la sourde oreille en prime. C’est ça, la médecine.

Tout ça, l’endocrino “honnête”, elle m’en a pas parlé au téléphone. Elle a juste pas voulu signer le papier.

Maintenant, faut que j’appelle le “gentil” psychiatre. Et qui sait, peut-être qu’avec un peu de chance, il me servira la même rengaine. (#humournoir)

https://iaata.info/Ca-brule-a-l-interieur-dans-les-meandres-de-la-medecine-transphobe-2713.html