Enfants de Gaza : "De la retenue, que diable !"

Mis a jour : le jeudi 17 mai 2018 à 02:05

Mot-clefs: Racisme Répression antifascisme
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De tous les articles publiés aujourd’hui, sur Médiapart, je retiens celui de René Backmann : Trump-Netanyahou: l’abjection et le danger. Pour sa conclusion : « L’idée, apparemment, n’est venue à personne de proposer, par exemple, la reconnaissance symbolique de l’État palestinien. Ou de mettre enfin à l’étude un régime de sanctions internationales – européennes ? – destinées à faire comprendre aux dirigeants israéliens qu’ils ne pourront pas toujours tuer impunément. En attendant de trouver le courage de dire aux dirigeants américains qu’ils ne sont pas chargés de faire, avec leurs alliés, la police du monde ». Voilà, donc, qui n’exhorte pas à la retenue !

C’est le mot de la semaine (« retenue »). Oui, jeunesse de Gaza, de la retenue, que diable ! Et c’est la communauté internationale qui l’exige, appelant « toutes les parties à la retenue » ! Oui, « toutes les parties » ! C’est un peu comme si vous disiez aux Rambo de Netanyahu : « Continuez vos exercices de tirs, sur des cibles humaines, pour tester vos nouvelles armes, mais allez-y modérément. Ou discrètement. Sans pavoiser comme vous le faites à chaque fois que vous faites mouche. Et sans que Bibi n’applaudisse et vous félicite sans… retenue ! Retenez-vous, donc, tireurs d’élite de "l’armée la plus morale du monde" ! Et n’oubliez pas que tout se voit, de nos jours, que tout s’entend, et rien n’échappe aux téléphones chasseurs d’images ! »…

C’est une vieille rengaine que celle qui consiste à mettre dos à dos une armée (onzième puissance militaire au monde et première au Proche-Orient) et des manifestants civils armés de frondes et de cerfs-volants. Mais des cerfs-volants… incendiaires, tout de même ! De quoi sans doute causer le plus de dégâts et de victimes parmi l’armée la plus sophistiquée, et, surtout (on ne le répétera jamais assez, car on est sommé de le croire) « la plus morale du monde ». Et bien sûr, l'auteur de la distinction, Netanyahu, l’a répété, ces jours-ci... Des mots qu’un député franco-israélien ânonne depuis des années au sein même de l’Assemblée nationale française, sans objection mais sans acquiescements, du moins affichés (il ne faut quand même pas exagérer : l’allégeance a ses limites !)… 


« De la retenue ! » clament courageusement les commentateurs et autres éditorialistes de la France des droits de l’Homme ! Ainsi, France 24, le 31 mars déjà : « Dimanche, le Quai d'Orsay a appelé Israël à la plus grande retenue à la suite de la mort de16 Palestiniens vendredi dans la bande de Gaza ». L’expression sera reprise par i24, le Monde, le Figaro, la Croix, Huffington-Post et même par Times of Israël.

« État de colonies, dirigé par une clique sans morale»

A la « retenue », Lieberman, le ministre de la Défense israélien, ajoute la... provocation : « Le Hamas joue avec vos vies. Toute personne s’approchant trop près des frontières se met en danger. Je vous suggère de (…) ne pas participer à cette provocation ». Le comble ! Mais qui provoque qui ? Oui, qui provoque sans pitié ni retenue : celui qui colonise, expulse, rationne jusqu’à l’eau et l’électricité ou celui qui résiste et réclame son dû ? 


Heureusement qu'il y a d'autres voix, en Israël même ! Plus de voix que dans tous les pays arabes réunis ! Un exemple parmi cent, ce constat terrible pour Israël, établi sans concession - et pas par n’importe qui, surtout : « Nous devions être la lumière des Nations. En cela, nous avons échoué. Il apparaît que ces deux mille ans de lutte du peuple juif pour sa survie se réduisent à un État de colonies, dirigé par une clique sans morale de hors-la-loi corrompus, sourds à la fois à leurs concitoyens et à leurs ennemis. Un État sans justice ne peut pas survivre (...) Le compte à rebours de la société israélienne a commencé » ! (*)


Et qui est l’auteur de ce terrible constat ? Abraham Burg, en personne, ancien président de la Knesset, et un temps président par intérim de l'Etat d'Israël !


Comme quoi la vérité ne sort pas seulement de la bouche des enfants ou des prophètes : elle sort, ici, de l'homme qui a compté et compte parmi les mieux avertis et les mieux édifiés pour juger de la politique de son pays et des risques et responsabilités que prend son gouvernement devant l’Histoire, aux dépens de l’avenir de son propre peuple ! 
Pendant ce temps-là, en guise de condamnation, l’ONU demande de la « retenue » ! Ah ! quel révélateur que ce terme : révélateur de la propre retenue de la communauté internationale !

P.S. Scoop : l’Allemagne se dit favorable à une enquête indépendante ! C’est Steffen Seibert, le porte-parole de la chancelière, qui l’a annoncé aujourd’hui devant la presse : « Je peux dire au nom du gouvernement allemand que nous sommes aussi d'avis qu'une commission indépendante pourrait faire la lumière sur les violences et les affrontements sanglants dans la zone frontalière ». Certes, le porte-parole a aussi pointé du doigt le Hamas, qu’il accuse « d’abuser du droit de manifester ». C’est le « Et en même temps » qui, désormais, est de rigueur, en matière de diplomatie. Surtout lorsqu’il s’agit d’Israël, « la seule démocratie de la région ». « Tout de même ! » s’écrierait Manuel Valls.

Autant dire que l’heure approche : celle de la fin de l’exploitation, entretenue de manière machiavélique, de la culpabilisation de tout un peuple... Et les mots d’Abraham Burg résonnent alors comme des shoffars non plus contre les murailles de Jéricho mais contre d’autres murs… Amen !

Commentaire(s)

> Gaza : Reporters sans frontières saisit la Cour pénale internationale

Reporters sans frontières (RSF) a annoncé mardi avoir saisi la Cour pénale internationale “concernant la perpétration de crimes de guerre commis par l’armée israélienne contre des journalistes palestiniens” depuis le début des manifestations de la “grande marche du retour” lancées le 30 mars.

A quelques heures de la réunion du Conseil de sécurité organisée au lendemain de violences meurtrières à la frontière de la bande de Gaza, RSF a “saisi la procureure de la CPI Fatou Bensouda d’une communication sur le fondement de l’article 15 du Statut de Rome”, indique l’organisation dans un communiqué. RSF évoque dans cette requête “les tirs directs de snipers de l’armée israélienne à l’encontre d’une vingtaine de journalistes palestiniens, sur le territoire de Gaza, dans le contexte des manifestations de la Marche du retour”, ajoute-t-elle.

Pour le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, “les autorités israéliennes ne pouvaient ignorer la présence, parmi les civils manifestants, de journalistes” et “ont manqué à leur élémentaire devoir de précaution et de distinction en visant à balles réelles ces personnes protégées”. Ces violations “délibérées et répétées du droit humanitaire international sont constitutifs de crimes de guerre”, ajoute-t-il dans le communiqué.

Selon RSF, deux journalistes ont été visés lundi par des tirs alors qu’ils couvraient des manifestations à l’est de la ville de Gaza, deux autres ont été blessés par balle près de la ville de Khan Younes et un autre a été blessé par balle à la jambe gauche à l’est de Rafah.

Depuis le 30 mars, deux journalistes palestiniens ont par ailleurs été tués par des tirs à balle réelle de l’armée israélienne alors qu’ils étaient “clairement identifiés par un gilet ou un casque barré du mot ‘Press’”, rapporte l’organisation.

Au total lundi, près de 60 Palestiniens ont été tués et 2.700 blessés par des tirs de l’armée israélienne à la frontière avec la bande de Gaza, au jour du 70e anniversaire de la création de l’Etat d’Israël et de l’inauguration de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem.

http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2018/05/15/gaza-reporters-sans-frontieres-saisit-la-cour-penale-internationale/

> Israël: seuls les fous continuent à danser en haut de l’immeuble

« Quiconque vit avec les contradictions du sionisme est condamné tôt ou tard à sombrer dans la folie. Il est impossible de vivre comme cela. Il est impossible de coexister avec une injustice aussi terrible. » Ces propos datent d’il y a quinze ans, comme les deux autres citations ci-dessous. Ils n’ont hélas pas pris une ride. Merci Donald, merci Bibi, pour ce beau voyage sur la route de l'enfer...

“Aujourd’hui, la nation israélienne s’appuie sur un échafaudage de corruption, lui-même posé sur des fondations d’oppression et d’injustice. En tant que telle, la fin de l’entreprise sioniste est déjà à notre porte. Il existe une vraie probabilité que notre génération soit la dernière génération du sionisme. Il se peut qu’il y ait un État juif, mais il sera d’un autre genre, étrange et affreux. […] Il apparaît que ces deux mille ans de lutte du peuple juif pour sa survie se réduisent à un État de colonies, dirigé par une clique sans morale de hors-la-loi corrompus, sourds à la fois à leurs concitoyens et à leurs ennemis. […] Une structure construite sur de l’insensibilité à l’homme s’effondrera d’elle-même, inévitablement. Prenez bien note de cet instant : la superstructure du sionisme s’effondre déjà […] Seuls les fous continuent à danser en haut de l’immeuble, alors que les piliers s’effondrent.”

Avraham Burg (membre du parti travailliste israélien, ex président de la Knesset), The Guardian, 15 septembre 2003 (initialement paru dans Yediot Aharonot).

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“Je ne suis pas psychologue, mais je crois que quiconque vit avec les contradictions du sionisme est condamné tôt ou tard à sombrer dans la folie. Il est impossible de vivre comme cela. Il est impossible de coexister avec une injustice aussi terrible. Il est impossible de vivre avec des critères moraux aussi contradictoires. Quand je contemple non seulement les colonies, l’occupation et la répression, mais aussi le mur démentiel derrière lequel les Israéliens tentent de se cacher, j’en viens à la conclusion qu’il y a quelque chose de très profond dans notre attitude à l’égard du peuple autochtone de cette terre qui nous fait complètement délirer.”

Haïm Hanegbi (citoyen israélien, membre du mouvement pacifiste Gush Shalom), “Cry, the beloved two-state solution”, Ha’aretz, 10 août 2003.

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“La vérité déprimante, c’est que le comportement actuel d’Israël n’est pas seulement néfaste pour les États-Unis, bien qu’il le soit indéniablement. Il n’est même pas seulement néfaste pour Israël lui-même, comme de nombreux Israéliens le reconnaissent tacitement. La vérité déprimante, c’est qu’Israël est néfaste pour les Juifs.”

Tony Judt (historien juif anglo-américain, 1948-2010), « Israel : The Alternative », New York Review of Books, 23 octobre 2003.

https://blogs.mediapart.fr/saintupery/blog/150518/israel-seuls-les-fous-continuent-danser-en-haut-de-l-immeuble

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Une simple question : quel-le modo vérifiera le parcours politique de ce monsieur si cette copie trollesque de mediapart est validée ?

Ce monsieur écrivaillon, nationaliste algérien, bien "républicain", grand ami des cathos angevins (il écrit dans leurs torchons);

Dans les réseaux PS, LREM et LR des PaysDelaLoire à qui il prête et vend sa plume : https://www.mobilis-paysdelaloire.fr/annuaire/auteurs/guemriche-salah

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militant anti-kabyle publié par des fachos suisses : https://arretsurinfo.ch/lettre-ouverte-a-ferhat-mehenni-par-salah-guemriche/

> eh allez donc !

c'est reparti pour faire taire toute critique d'Israel et de son nettoyage ethnique. Bientôt pour publier quoi que ce soit il faudra montrer patte blanche et prouver son sionisme.

Tout le monde dénonce ces crimes abjects, et même dans des médias pas révolutionnaires. Il n'y a qu'ici qu'on demande une caution idéologique avant de manifester la moindre solidarité.

> Une ambassade et un massacre

j'ai bien fouillé, des fois qu'elle aurait des relations rouges-brunes mais j'ai rien trouvé. mais nos enqueteurs zélés finiront bien par dénicher qq chose !

Une ambassade et un massacre

Des cotillons à Jérusalem transformé en Disneyland trumpesque à l'occasion de l'aménagement symbolique de l'ambassade américaine dans la Ville Sainte. À Gaza, des barbelés, des snipers et du sang.

« Une journée glorieuse » pour les deux valeureux guerriers de l'Axe du Bien, Donald et Benjamin. Un terrible massacre à la frontière de Gaza : près de 60 morts, dont huit enfants, et plus de 1300 blessés tombés sous les balles des snipers.

Pour la plupart des observateurs, une provocation préméditée. Non seulement l'installation – illégale au regard du droit international – d'une ambassade à Jérusalem, mais, mieux encore, son inauguration le jour du 70e anniversaire de la Nabka.

(La position internationale et les textes juridiques de l'ONU n'ont pas varié depuis 70 ans, lors de la création le 29 Novembre 1947 de l'État d'Israël : Jérusalem est placé sous un régime d'administration internationale destinée entre autres à préserver les droits plus que bimillénaires des trois monothéismes sur ce qu'il est convenu d'appeler, c'est une convention et nous nous y plions, les Lieux Saints.

Statut confirmé, malgré la Guerre des Six-Jours de Juin 1967 et l'occupation de Jérusalem-Est par l'armée israélienne ; statut international confirmé par la résolution 242 des Nations unies, le 22 Novembre 1967, enjoignant à Israël l'obligation de la restitution de tous les Territoires Occupés, y compris Jérusalem-Est. Résolution bafouée et jamais appliquée par l'État d'Israël.)

Provocation supplémentaire quant au choix du 14 Mai, 70e anniversaire de la Nabka de 1948.

(La Nabka, en arabe an-Nabkah, le désastre ou la catastrophe, est le nom de l'exode palestinien de 1948 consécutif à la première Guerre israélo-arabe. L'événement n'a jamais cessé d'être commémoré dans la mémoire collective palestinienne : 400 villages abandonnés, évacués ou détruits ; approximativement 700 000 habitants chassés du sol de leur patrie. Leurs descendants, plus de 5 millions de réfugiés, réclament aujourd'hui leur droit au retour sur le sol de leurs ancêtres. Beaucoup d'historiens parlent, au sujet de la Nabka, d'un véritable nettoyage ethnique.)

Abjection et danger sont les mots d'Amnesty International pour désigner cette dernière provocation. Indécence également pour les termes de Benjamin Netanyahu célébrant « le jour glorieux » ou Donald Trump « a écrit l'Histoire ». Comment s'en étonner de la part de deux hommes en permanence confortés dans le mépris du droit, leur aventurisme forcené et la certitude d'être impunis, y compris pour les délits de droit pénal commis dans leur propre pays.

Un nouvel équilibre, ou plutôt un nouveau déséquilibre est en train de se mettre en place au Moyen-Orient. Et il fait peur. La proximité de Benjamin Netanyahu et de Donald Trump. La rencontre des évangélistes sionistes qui soutiennent et ont permis l'élection du second, et des sionistes d'extrême droite qui entourent le premier. Leur commun mépris du droit international, leur goût partagé du fait accompli, leur conviction que la force prime toujours et que peuvent être utilisées à chaque instant punition et coercition.

Un nouveau déséquilibre fondé sur l'abandon du soutien à la cause palestinienne par les monarchies sunnites du Golfe, et en premier lieu par l'Arabie Saoudite, obsédées par l'émergence régionale de l'influence iranienne et, pour cela, d'autant plus appliquées à soutenir les initiatives de Donald Trump, dont la dernière, la volonté de liquider l'Accord international sur le contrôle du nucléaire iranien de 2015.

Après l'Axe du Mal du néoconservateur Georges W. Bush, désignant les différents pays souhaitant se procurer des « armes de destruction massive » et « soutenant le terrorisme » – la Corée du Nord, l'Irak de Saddam Hussein, Cuba et l'Iran – apparaît une nouvelle configuration idéologique, diplomatique et militaire, l'Axe du Bien, USA - Israël - Arabie Saoudite.

L'UE et, plus particulièrement pour ce qui nous concerne, Emmanuel Macron avaliseront-ils, désapprouveront-ils, appelleront-ils à la « retenue » – lénifiante formule – où agiront-ils ?

https://blogs.mediapart.fr/tatia/blog/150518/une-ambassade-et-un-massacre

> Article en débat.

Pas le temps, je met en débat, et modé à priori vu que ce sujet attire toujours le trollage.