Actes du colloque « Le déni de Palestine 1917-2017 »

Mis a jour : le lundi 14 mai 2018 à 13:47

Mot-clefs: Racisme / libérations nationales immigration sans-papieres frontieres
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Tel était le sujet du colloque organisé au Sénat le 9 décembre 2017 par le CVPR PO. Les Actes viennent d’en être publiés. Cette publication mérite une attention particulière parce que sa lecture peut nous éclairer sur les difficultés auxquelles se heurte, notamment en France, l’action militante pour la reconnaissance des droits du peuple palestinien. En effet, le déni de la Palestine n’est pas le fait des seuls dirigeants israéliens, il est aussi celui de nos propres gouvernants.

Le déni est toujours une arme politique redoutable, dont la forme extrême est le négationnisme. Stratégie défensive, son objectif, même face à l’évidence, est d’inverser la charge de la preuve, de susciter le doute : le plaignant est débouté et peut même devenir l’accusé. Il suffit pour cela d’avoir un habile avocat. Or les dirigeants d’Israël n’en manquent pas : gouvernements et leaders d’opinion occidentaux, en France notamment, ont réussi depuis 70 ans à conditionner négativement une large part des opinions publiques à l’égard des Palestiniens et de la cause palestinienne. Leur discours ordinaire s’abstient systématiquement de qualifier l’occupation militaire et la colonisation israéliennes de violations du Droit international, a fortiori de les condamner comme telles, à ne jamais dénoncer les violences massives et constantes infligées à la population palestinienne pour ce qu’elles sont : des crimes de guerre et/ou des crimes contre l’humanité et donc, à défaut de pouvoir les taire, les minimiser voire les légitimer. À cet égard, la manière dont nos manuels scolaires traitent le sujet peut passer pour un chef d’œuvre d’autocensure et d’euphémisation. Mais le déni n’est plus seulement rhétorique, lorsque les dirigeants français poursuivent pour antisémitisme des citoyens qui dénoncent, preuves à l’appui, la politique israélienne et ses conséquences néfastes.

On peut expliquer la complaisance, la complicité souvent active des grandes puissances occidentales envers l’Etat israélien par le rôle central que joue cet Etat colonial, depuis sa création, dans leur prise de contrôle économique, politique et militaire du Moyen- Orient. Mais pourquoi tant de nos concitoyens, qui n’ont pourtant aucune raison de se sentir une responsabilité dans la Shoah, restent sans réaction face au « deux poids, deux mesures » exorbitant dont bénéficie Israël, face également à l’accusation infâmante d’antisémitisme, brandie par les « plus hautes autorités de l’Etat », contre des citoyens qui osent critiquer la politique d’un gouvernement étranger, parce que ce gouvernement est celui d’Israël. Pourquoi restent-ils quasi indifférents face aux souffrances de la population palestinienne, alors qu’à juste titre ils sont bouleversés par d’autres tragédies ?

Pour mieux comprendre comment le déni de la Palestine fonctionne aujourd’hui en France, ses objectifs, ses techniques, les ressorts de son efficacité, il n’est pas inutile d’analyser comment le déni fonctionne en Israël, comment il est, dans ce pays, l’aboutissement d’un long processus dont les origines renvoient….à notre propre histoire.

En Israël, le déni de la Palestine est avant tout une arme de guerre. Il légitime un usage arbitraire et abusif pleinement assumé de la force. Il est le fait d’un Etat assez puissant, militairement et diplomatiquement, pour se croire assuré de pouvoir imposer impunément SA vérité, nier à sa convenance aussi bien la réalité historique que les principes du droit international et du droit humanitaire. Déni du droit et déni de la réalité constituent un système de penser au service d’un projet politique de domination, d’exclusion, d’éradication : il en inspire la conception et la mise en œuvre. C’est ainsi que le projet de colonisation de la Palestine adopté, en 1897, par le premier Congrès sioniste mondial, s’appuie d’emblée sur le déni de l’existence d’un peuple palestinien : « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». C’est ainsi que ce déni a constamment justifié l’action de l’Etat d’Israël : les Palestiniens n’ont jamais existé et n’existent pas en tant que peuple, encore moins en tant que nation et n’ont donc pas vocation à constituer un Etat.

Ce système de penser, le premier Congrès sioniste en avait trouvé le modèle dans l’environnement idéologique de l’époque. En cette fin du 19e siècle, cette forme de négationnisme est le prêt-à-penser des grandes puissances occidentales pour justifier la colonisation de peuplement et les traitements infligés aux populations colonisées : aux Etats-Unis on glorifie la « conquête de l’Ouest », en France la « mission civilisatrice » accomplie dans ses colonies africaines. Le déni de la Palestine ne serait-il donc en France qu’un héritage du colonialisme, la nostalgie d’un épisode révolu de notre histoire ? Révolu, mais qui hanterait encore notre inconscient collectif ? Pourquoi un candidat à la présidence de la République a-t-il dû se rétracter après avoir justement qualifié nos « conquêtes coloniales » de « crime contre l’humanité » ? Alors qu’antisémite est à juste titre devenu un qualificatif infâmant, pourquoi « colonialiste » n’est-il pas un mot qui stigmatise au point qu’on peut sans risque se revendiquer tel ? Certes, condamner le colonialisme en général, y compris le colonialisme français de jadis, est aujourd’hui sans danger. En revanche dénoncer le colonialisme israélien est en passe d’être assimilé en France au délit « d’antisémitisme » et « d’incitation à la haine raciale » !

Alerter l’opinion publique sur cette menace scandaleuse contre la liberté d’expression, lutter contre la désinformation sur la réalité de ce qui se passe en Palestine, tel est donc le double défi qu’il faut relever : une tâche qui exige sérieux, patience, obstination. C’est à ce double défi que les textes publiés dans les Actes du colloque peuvent nous aider à répondre.

En voici les auteurs :

Maurice Buttin • Dominique Vidal • Ludovic Mergen • Nada Awad • Wadad Kochen-Zebub • Thomas Vescovi • Nurit Peled-Elhanan • Djamal Zahalka • Khaled Bichara • Bernard Ravenel • Pierre Stambul • Henri Folliet.

Secrétariat du CVPR PO c/o M° Maurice Buttin
54 rue des Entrepreneurs
75015 Paris

Commentaire(s)

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nationalisme, droit, légalité, justice etc

> Journalistes palestiniens censurés par assassinat

Le 25 avril, Ahmad Abu Hussein est devenu le deuxième journaliste palestinien abattu par les snipers israéliens alors qu’il couvrait les manifestations de la Grande Marche du Retour, une série de manifestations palestiniennes hebdomadaires massives demandant le droit au retour sur leurs terres. Abu Hussein avait 24 ans. Quelques jours plus tôt, les tirs à balles réelles israéliens avaient tué Yasser Mourtaja, âgé de 30 ans. Comme Abu Hussein, il portait un grand et voyant gilet de presse indiquant clairement qu’il était un reporter.

L’organisation Reporters Sans Frontières affirme que les Forces d’occupation israéliennes ciblent les journalistes de manière délibérée et systématique. Cela serait en violation directe de la Résolution 2222 (2015) du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui dit : l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, les professionnels des médias et le personnel associé, dans les conflits armés, est un challenge décisif pour leur protection et s’assurer que des comptes soient rendus pour les crimes commis contre eux est un élément clé pour empêcher de futures attaques ».

Tout enquête sérieuse sur les tirs devrait prendre en compte le fait que les manifestations ne sont pas une question de « conflit armé ». Les manifestations ont été très largement non violentes, et même festives. Mais Israël est déterminé à prendre des mesures punitives brutales contre quiconque ne ferait même qu’approcher la clôture frontalière qui délimite son territoire occupé illégalement. Une enquête israélienne sur des tirs en décembre 2017 révèle que les soldats israéliens avaient reçu l’ordre de tirer sur quiconque approcherait la clôture, qu’il soit ou non armé. Cette posture militaire a conduit des centaines de Palestiniens non armés à être atteints par des balles réelles, y compris des enfants.

Selon Diana Buttu, une analyste politique et citoyenne palestinienne d’Israël, le ciblage des journalistes par Israël n’est pas nouveau, ni accidentel :

« pendant des années le bureau israélien de la censure, ainsi qu’il est appelé, a utilisé différentes tactiques pour essayer de punir les journalistes couvrant l’occupation israélienne de la Palestine. Par exemple, Israël a menacé de fermer la BBC qui avait diffusé un documentaire sur les armes nucléaires israéliennes. Israël menace maintenant de fermer les bureaux d’Al Jazeera parce qu’ils font leur travail : rapporter de manière critique le déni par Israël de la liberté. Cibler des journalistes palestiniens à Gaza en est une extension : aux yeux de l’establishment militaire israélien, il n’y « a pas d’innoncents à Gaza », y compris les journalistes ».

On pourrait même dire : « particulièrement pas les journalistes », ou, de fait, quiconque documente les actions des militaires. Le Middle East Monitor indique une nouvelle loi qui punit toute personne documentant des membres de l’armée en action : « Le projet de loi prévoit que quiconque filmera des soldats pendant leur service militaire subira une peine de prison de x-années (sic), pouvant aller jusqu’à dix ans si le contenu est classifié comme « nuisible à la sécurité israélienne ». La loi interdit aussi la publication d’enregistrements vidéos sur les médias sociaux ou leur diffusion aux médias ».

Noura Erakat, militante des droits humains et professeure de droit, résume ainsi la situation : « C’est une tentative à la fois pour s’assurer que l’histoire palestinienne ne soit pas racontée au monde et pour dire aux Palestiniens eux-mêmes que personne n’est en sécurité. »

Pour comprendre la signification des attaques d’Israël contre les journalistes, il est crucial de comprendre comment leurs vies professionnelles sont indissociables de leurs vies personnelles sous occupation israélienne. Faire du journalisme dans ces conditions, matérielles, politiques et militaires, est à peu près impossible, dans n’importe quel sens usuel. Pour tenter d’avoir un récit de ce à quoi ressemble le journalisme, j’ai contacté Issam Adwan, un journaliste freelance à Gaza. Il a accepté d’écouter mes questions, de les poser à quelques-uns de ses collègues et ensuite de traduire les interviews. Quand on commence à en apprendre davantage sur la situation des journalistes palestiniens, on comprend les difficultés particulières qu’il y a à travailler non seulement sous la censure et la répression israéliennes, mais aussi dans les complexités du monde politique palestinien.

L’état israélien n’est pas seul à cibler les journalistes—l’Autorité palestienne le fait aussi. Le Comité pour la protection des journalistes rapporte le cas d’Hazem Naser, qui a été arrêté par les foces de sécurité de l’Autorité palestinienne dans sa maison au milieu de la nuit. Anas Dahode, un journaliste de 26 ans pour Al-Aqsa TV, décrit avec verve le résultat de ces pressions. Il a expliqué à Truthdig :

« Être journaliste à Gaza veut dire seulement la mort. Soit on meurt en essayant de couvrir les massacres des forces d’occupation israélienne comme cela est arrivé à mes amis, Yasser Mourtaja et d’autres avant lui, qui ont été tués de sang froid bien qu’ils aient montré leur identification en tant que personnel de presse ; ou on meurt en regardant les autres mourir, c’est mortel de toute façon. D’un côté on est confronté aux disputes politiques entre le Hamas et le Fatah qui dérivent d’idéologies différentes et affectent l’attention médiatique et le futur de nos métiers. De l’autre, on est confronté à l’occupation israélienne qui viole les droits humains presque quotidiennement ici à Gaza ».

Mohammed Shaheen de « Voice of Palestine », 24 ans, a dit à propos des défis tant matériels que psychologiques pour faire leur travail :

« Nous vivons dans une prison à ciel ouvert, nous avons peu de ressources pour vivre notre vie quotidienne. En ce qui concerne mon travail de journaliste, les autorités israéliennes interdisent occasionnellement les caméras, le matériel photo, l’usage d’équipement de protection dont nous avons besoin pour faire notre travail.

Dans les cas normaux, travailler comme journalistes élimine la normalité dans votre vie. Pour être un journaliste performant, vous devez toujours être prêt à travailler pour communiquer les nouvelles. Imaginez d’essayer de faire tout ce travail difficile alors que vous vivez à Gaza, un endroit où nous avons des martyrs et des blessures presque chaque jour. Nous avons des drones 24 heures par jour, 7 jours sur 7. Vous vivez la guerre —vous l’éprouvez à chaque moment de votre vie, non seulement parce que vous avez peur de mourir ou de perdre quelqu’un que vous avez toujours aimé, mais aussi parce que vous pouvez être réveillé à l’aube par un appel de votre agence pour que vous commenciez à travailler sur des cas liés à des massacres israéliennes. »

Shaheen a ajouté une frappante et terrible postface :

« Il est regrettable que la communauté internationale reste aveugle et sourde face aux massacres israéliens à Gara. Nous avons eu trois guerres mortelles, Israël largement armé contre un peuple avec peu de ressources, militaires ou autres. Des milliers ont été tués et blessés quand tout ce qu’ils voulaient était de revenir dans leurs maisons et dans leurs villages, dont leurs grands-parents ont été expulsés. Nous avons appelé à l’aide la communauté internationale pendant 70 ans — même lorsqu’ils savent la vérité, pensez-vous qu’ils s’en soucient ? Israël a toujours le soutien des Etats-Unis qui utiliseront leur vetos dans tout vote lié à la Palestine. C’est futile. »

Malgré ce sentiment de futilité, lui et les autres continuent à essayer de poursuivre leur travail. C’est de notre responsabilité de les lire et de les écouter et de regarder les informations qui nous arrivent à un prix si élevé.

http://www.aurdip.fr/les-journalistes-palestiniens-sont.html

> Israël utilise la culture pour dissimuler sa brutalité, affirment des cinéastes, journalistes et artistes

Le cinéma, les médias et les institutions culturelles devraient refuser de fournir des tribunes aux cérémonies nationales parrainées par Israël, affirment les signataires dont Helena Kennedy, Maxime Peake et Juliet Stevenson.

Pendant qu’un grand nombre de manifestants non armés à Gaza se font tuer ou mutiler en toute impunité par les tireurs embusqués israéliens (article du 28 avril), cette semaine, le Festival israélien du film et de la télévision Seret London, coparrainé par l’ambassade israélienne et l’Organisation sioniste mondiale, occupera certains sites à Londres, Brighton et Edinburg. Il utilisera l’attrait pour le cinéma afin de promouvoir Israël en tant que « lieu de rencontres ouvert, pluraliste, de la culture et des religions ».

Israël dénie délibérément et systématiquement toute liberté de la presse aux Palestiniens. Le 6 avril, le cameraman palestinien Yaser Murtaja été tué par un tireur embusqué israélien alors qu’il filmait la « Grande Marche du Retour » à Gaza. Le même jour, six autres photojournalistes portant une veste de presse étaient blessés par l’armée israélienne. Depuis, c’est le photographe Ahmed Abu Hussin qui a été abattu. Ceci n’est pas une anomalie. L’an dernier, les forces israéliennes ont agressé 139 journalistes et en ont mis 33 autres en détention. Dans 27 cas, elles ont détruit ou saboté leur matériel. Elles ont fermé 17 médias. Les journalistes et cinéastes palestiniens sont ainsi victimes d’une persécution systématique fondée sur leur appartenance ethnique.

L’art, les médias et la culture sont utilisés pour donner un visage apparemment acceptable à une réalité brutale. Nous, cinéastes, journalistes et artistes, faisons appel à notre cinéma, à nos médias et à nos institutions culturelles pour qu’ils fassent respecter les normes morales de base : ils devraient refuser de fournir des tribunes aux cérémonies nationales parrainées par un régime qui se rend coupable de violations systématiques et sur une grande échelle des droits de l’homme.

Dr Bashir Abu Manneh – universitaire
Candace Allen – auteur, administrateur
Leah Borromeo – journaliste et cinéaste
Prof Haim Bresheeth – cinéaste documentariste
Victoria Brittain – auteure et journaliste
Liam Cunningham – acteur
Dror Dayan – cinéaste documentariste
Helen de Witt – programmatrice de films
Tam Dean Burn – acteur
Gareth Evans – conservateur, producteur
Yasmin Fedda – réalisatrice
Simon Fisher Turner – compositeur
Maysaloun Hamoud – réalisatrice
Ashley Inglis – scénariste

Aki Kaurismäki – réalisateur
Peter Kennard – artiste
Helena Kennedy – avocate Queen’s Counsel – animatrice média
Michel Khleifi – réalisateur
Peter Kosminsky – auteur, administrateur, producteur
Paul Laverty – scénariste

Mike Leigh – auteur, administrateur
Ken Loach – réalisateur
Hettie Macdonald – administratrice de cinéma et télévision
Miriam Margolyes – actrice
Laura Mulvey – professeure de cinéma
Rebecca O’Brien – productrice de cinéma
Andrew O’Hagan – auteur
Maxine Peake – actrice
Omar Qattan – producteur de cinéma
William Raban – professeur de cinéma
David Roger – concepteur de production
Juliet Stevenson – actrice
Saeed Taji Farouky – cinéaste documentariste
Harriet Walter – actrice
Roger Waters – musicien
Susan Wooldridge – actrice et auteure

http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2018/05/09/israel-utilise-la-culture-pour-dissimuler-sa-brutalite-affirment-des-cineastes-journalistes-et-artistes/