Le chant des casseurs

Mis a jour : le mardi 8 mai 2018 à 23:28

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Nous continuons la publication de quelques bonnes feuilles du livre « Mais tout commence ». Parce que cela nous semble coller avec l’actualité, nous avons choisi de commencer par le chapitre « Sur les stratégies d’affrontement durant le mouvement contre la loi Travail« . Qui permet d’initier une réflexion sur les pratiques de luttes, et notamment le cortège de tête.  Nous diffusons ce chapitre en trois partie, voici la seconde. La première est à lire ici.

Les remontrances culpabilisantes et les stratégies de justification manichéenne qui émanent des gestionnaires du mouvement social ont tenté de moraliser la question de la violence. La question de la violence n’est pas affaire de moralité, mais bien de stratégie. Demandez aux services d’ordre de la CGT.

Nous vous épargnerons les vulgaires soupçons d’infiltration du cortège par la police. On n’a pas eu besoin d’un fonctionnaire infiltré pour ouvrir le bal. S’il y a un contexte qu’il faut rappeler pour saisir l’importance du rapport à la police pendant ce mouvement, c’est la longue phase de promo des keufs depuis l’État d’Urgence associée à une recomposition nationaliste exclusive et excluante, autant dans les discours que dans les faits. Cette période de la chasse à ceux qui ne sont pas « Charlie » n’a pas su résister au conflit déclenché par la loi Travail. Le conflit de classe a dissipé les illusions d’une unité française par et pour la bourgeoisie, tout en laissant une corporation de flics gonflés à bloc.

Moins de carotte, plus de tonfas…

Le nouveau cycle de luttes annonce une intervention policière débridée contre les mouvements sociaux « classiques », à l’image de la gestion des mouvements de prolétaires opérant en périphérie des centres bourgeois, comme ça a été le cas à Aulnay-sous-Bois à travers l’utilisation de balles réelles et le positionnement de snipers par les forces de l’ordre. En gros, il y aura moins de carottes (la terre n’est plus fertile) et plus de tonfas (le pétrole n’est pas cher).

Si l’on prend en compte la déconnexion entre les partenaires sociaux, seuls participants aux instances de dialogue gouvernemental, et le reste du mouvement, on peut parier gros sur la matraque à gogo lors des prochaines sorties contre-insurrectionnelles, les syndicats n’étant plus en mesure d’assurer une partie du maintien de l’ordre. Ainsi, dans les prochaines luttes auxquelles on va participer, il y a de fortes chances que le premier interlocuteur soit la Police (le second étant la Justice, le troisième l’Administration Pénitentiaire) et, à ce titre, l’expérience de l’affrontement lors du mouvement a été forte de conseils et d’indices.

Une lutte qui remet en cause, y compris seulement en une infime partie, l’ordre social capitaliste (à travers une intervention concrète contre l’exploitation, la propriété privée, la « neutralité » de l’espace public ou encore le monopole étatique de la violence légitime) connaîtra la répression. C’est en partie grâce à ce curseur que l’on peut évaluer le caractère subversif d’un mouvement, notamment celui contre la loi Travail. Si la centralité de la manifestation fait partie intégrante des mesures répressives instaurées par l’État, l’utilisation du flashball, de la fouille, des grenades de désencerclement ou de la nasse fait partie des techniques qui s’y pratiquent logiquement.

Des stratégies contre l’encadrement policier.

Faire foule puis faire feu. Face à cet état de fait, plusieurs fractions des cortèges ont su mettre en place des stratégies d’action malgré l’étau. Tout d’abord, à la banalité de l’encadrement policier d’une manifestation, les « cortèges de tête » ont répondu par le harcèlement de celui-ci, jusqu’à imposer une distance de sécurité aux forces de police et une incapacité (encore trop limitée) d’intervention et d’interpellation par les éléments mobiles, civils ou BAC.

L’utilisation de banderoles renforcées en bloc, destinées à tenir une charge, à mettre en échec les tirs de flashball, à offrir un espace de protection, un point de repli, à permettre de s’y dissimuler ou encore de s’y changer est une technique qui a fait ses preuves. Cette technique rejoint les consignes liées à l’habillement (couleur sombre, moins repérable), à la protection individuelle (coquilles, plastrons, lunettes de piscine, masques à gaz, lunettes de squash, etc.) et au comportement à tenir en garde à vue (se taire et refuser la comparution immédiate), c’est-à-dire une autodéfense collective qui absorbe les individualités. Avec des street medics (équipes médicales) et des legal teams (équipes juridiques) qui assurent le suivi des blessés et des interpellés.

A contrario, le manque d’organisation entre les multiples petits groupes et personnes présents dans cet espace du cortège a limité la possibilité d’une défense collective. On finit par vouloir avant tout s’en sortir, soi-même ou son petit groupe. Personne n’a posé la nécessité d’empêcher massivement les arrestations, de venir nombreux équipés de casques et de bâtons (drapeaux) pour empêcher les incursions policières. Cette impossibilité peut tout à fait relever de l’incapacité matérielle à déployer ce type de techniques dans le cadre de manifestations cadenassées. Il faut seulement la voir comme un possible devenir dans de nouveaux cadres à inventer.

À partir de ces quelques dispositifs d’autodéfense, le cortège a trouvé assez de liberté pour fracasser les vitrines des marchands, les publicités, et, surtout, inscrire une ambiance politique sur son passage1. Et c’est ce bruit, cette consistance2, qui a conduit les directions syndicales à faire le sale boulot de flic à certains endroits, sans en avoir, a priori, les capacités. À Paris, l’échec de la dispersion du cortège de tête et son renforcement par certains syndiqués refusant les logiques de division leur ont cloué le bec.

Si la banalisation de l’affrontement est un processus chronologiquement déterminé, le mouvement n’a pas su dépasser la phase d’initiation. Une spécialisation qui a peu à peu, selon nous, évincé la multiplicité des stratégies du mouvement social pour tomber dans le face-à-face attendu. Au sein du cortège de tête, une unité semblait s’être créée autour de la haine de la police. Unité que le slogan « Tout le monde déteste la police3» est venu consacrer. Mais nos expériences quotidiennes sont trompeuses. Et si les keufs cachaient la forêt ? C’est une barrière matérielle et symbolique pour la protection de l’ordre. L’ordre en question, celui des patrons, on a plus de mal à l’identifier. Les patrons sont de moins en moins atteignables, se cachent derrière la police quand on prend les devants ou disparaissent dans le long organigramme de notre exploitation.

Ne plus avoir les patrons à portée de poing et avoir leurs chiens constamment à nos trousses, c’est fait pour cristalliser nos oppositions sur la barrière « Flics », qui gère tranquillement la foule. Mais, même si la police a toutes les raisons de se prendre une dérouillée, il faut apprendre à combiner, comme pour les paris sportifs. La limite ne tenait donc pas tant à l’aspect antikeufs qu’à notre incapacité à partir de nos situations respectives pour y intervenir collectivement, diffuser le mouvement dans le monde réel, acceptant ainsi une séparation sous forme de manifestations spectacles dont nous étions les acteurs consentants.

« No phone zone »

Le rapport à l’image a ainsi accordé une place de choix aux charognards en Gopro dans les cortèges, impliquant des soucis de sécurité extrêmement lourds, comme l’exploitation des vidéos par les keufs. Mais il ne s’agit pas que des journaleux. Tous ceux qui veulent faire le buzz, qui balancent des vidéos sur Twitter et Periscope, doivent comprendre dans quel type de travail ils s’investissent. Nous devons sincèrement reposer la question des « No phone zone ». Un cache-cou, ça peut tomber. Et on peut tomber ensuite. #ÀbasLaSociétéSpectaculaireMarchande. La radicalité d’un mouvement, à travers la remise en cause de plusieurs piliers de la vie sous le capital, y compris les nôtres, et le dépassement de certaines limites présentes dans la lutte ne se vérifient pas aux seuls affrontements y intervenant.

Nous n’allons pas dire : « Ce qu’il manquait à ce mouvement, c’est la Révolution. » Seulement que la forme « avant-première » des logiques actuelles de confrontation directe avec l’État et ce qu’il garantit nous ouvre l’appétit comme elle nous laisse sur notre faim.

La suite lundi, avec la troisième partie, «  Quoi ma gueule? 2.0 »

Link_go Le lien vers le livre est ici

Commentaire(s)

> pas un scoop

Ce texte est d'un vieux,mais d'un vieux,ce qui n'est pas affirmer qu'il dit des sottises,mais bon se la pétér intello avec ce genre de truc,c 'est lassant.rien de neuf sur la question de la violence et de la morale,je n'ai rien appris de ce que je sais depuis des années et des années.
Et puis je n'aime pas qu'on caricature une position pour la critiquer facilement par exemple ça:

Les remontrances culpabilisantes et les stratégies de justification manichéenne qui émanent des gestionnaires du mouvement social ont tenté de moraliser la question de la violence. La question de la violence n’est pas affaire de moralité, mais bien de stratégie. Demandez aux services d’ordre de la CGT.

Il n'y a pas de justification manichéenne de la part des opposants à la stratégie de la casse ,des gestionnaires du mouvement social,avez vous seulement participé à, une reunion de planification de manif ? j'en doute .
et encore moins de tentative de moralisation,juste peut être une explication par l'utilité ou pas,par la manipulation réelle .
j'ai été dans des centaines de manif ,calme ou pas,j'ai été gazé,j'ai eu la trouille quand ça péte de partout,j'ai couru et je n'ai jamais confondu flic et so d'un syndicat,jamais. je ne suis pas cgt pas du tout ,mais
la haine anti prolo syndiqué je laisse ça aux anti prolo primaires
aucune moralité revendiquée je le répéte (dans la majorité ),alors n'inventez pas pour répondre à coté.

> Enfin une prise de conscience mais o combien tardive

"No phone zone »

Le rapport à l’image a ainsi accordé une place de choix aux charognards en Gopro dans les cortèges, impliquant des soucis de sécurité extrêmement lourds, comme l’exploitation des vidéos par les keufs. Mais il ne s’agit pas que des journaleux. Tous ceux qui veulent faire le buzz, qui balancent des vidéos sur Twitter et Periscope, doivent comprendre dans quel type de travail ils s’investissent. Nous devons sincèrement reposer la question des « No phone zone ». Un cache-cou, ça peut tomber. Et on peut tomber ensuite. #ÀbasLaSociétéSpectaculaireMarchande. La radicalité d’un mouvement, à travers la remise en cause de plusieurs piliers de la vie sous le capital, y compris les nôtres, et le dépassement de certaines limites présentes dans la lutte ne se vérifient pas aux seuls affrontements y intervenant"

il faut aussi se battre contre la Riot porn addiction c'est bien gentil de regarder ses exploits sur le net mais faudrait bien prendre conscience que toutes ces images comme dit plus haut ne tombent pas dans les mains de camarades, combien de temps encore allons nous tolérer dans nos cortèges qu'ils soient syndicaux ou dits des carrés de tête les voyeurs fascisants de RT et Sputnik, le facho de LDC News et ses potes (Parce qu'il n'est pas tout seul figurez vous ), ou encore des Soraliens et des conspis omme Vincent Lapierre d'E&R, le baltringue d'Independenza web tv, ou encore la clique du Cercle des Volontaires qui n'ont toujours pas pigé qu'ils n'étaient pas les bienvenus malgré le nombre de fois ou des camarades les ont tartés avant de les lourder de manifs.

Et désolé c'est valable aussi pour l'autre opportuniste de Glanz de Taranis machin truc ou l'autre âne de Remy Buisine et sa petite bande de voyeurs pseudo militants qui ne se servent des mouvements sociaux que pour mieux asseoir leurs petites carrières personnelles et leurs CV qu'ils fourgueront un jour ou l'autre a des organes de presse peu recommandables type BFM

Les flics doivent d'ailleurs se frotter les mains et n'ont même plus a envoyer leurs sbires en manif comme il le faisaient dans les années 70 et 80, puisqu'il n'ont qu'a piocher sur le net pour alimenter leur fichiers et donc arrêter ou interdire de manifs ensuite des camarades.

Comité marre d'être filmé par des fafs et les voyeurs du Riot Porn

> nous aussi hélas

comment être contre big data,linky et toute E survéillance et être addict de FB ? du matin au soir à se la péter moi moi moi et encore moi sur le net ? sans parler du portable gréffe à la paume!
ha l'égo !!
ha la frime
un peu de cohérence (j'allais ecrire honnéteté)à defaut de raisonnement c 'est si impossible que ça?

> color block

Va aussi falloir arrêter de les appeler des ''phones'', ce sont de véritables mouchards. Micro, caméra, agenda, accès au web, gps, traceur individuel sur les relais, toutes les données stockées, ... Ils ne dorment jamais (suffit de regarder l'actualité récente de quelques salopards. Le parcours des dernières années est retracé, même les passages en ''mode avion'' enregistré, etc...).

Donc, c'est un mouchard individuel, là chacun-e se démerde, mais aussi collectif (entourage connu et personnes à proximité). Si on ajoute à cela la flicaille en civil qui passe ses manif', téléphone vissé sur l'oreille à faire de la vidéo, même si ielles sont faciles à repérer... Il y a toutes les bonnes raisons pour faire gicler ses appareils des lieux militants (manif', réu/débat, projections, ...). C'est les flics infiltrés les plus faciles à repérer et à éjecter.

D'où l'idée éventuelle d'appel à la constitution de ''color blocks'' se fixant pour mission, la prévention et l'anéantissement des prises d'images, sons, déplacements, ...(info tract au début, oeuf de peinture, boue ou destruction pour les récalcitrant-es). ça peut être un chouette objectif pour les personnes non disposées, quelle que soit les raisons, au riot avec la police.

faudrait peut être en finir aussi avec l'argument ''auto média''. La police tabasse ? Oui bon on le sait. Respecte pas les ''règles'', ah bon ? Les tirs tendus de flash n'ont pas arrêtés parcequ'ils ont été filmé à ma connaissance. Tout au plus un blame pour un idiot qui fout un marron à un étudiant à terre (et encore, si il faut ça a fini en promotion). Il restera de toutes façons assez d'images externes pour indigner ou dénoncer, si besoin. Mais arrêtons ces images ''embedded'' qui nous desservent. Les luttes longues peuvent faire de l'automédia de confiance, les événements ponctuels ne pourront jamais le maîtriser.

> Misère !

Spartacus n'est pas parce que tu sembles en savoir beaucoup , que les Autres ont autant de "savoir " que toi !