Contre l’isolement au travail et en manif : CASSONS TOUTES LES NASSES !

Mis a jour : le samedi 31 mars 2018 à 14:13

Mot-clefs: luttes salariales / lutte étudiant-e-s lycéen-ne-s mouvement
Lieux: Rennes

Il est important pour nous de raconter ce qu’il s’est passé le jeudi 22 mars pour ne pas laisser uniquement les journalistes écrire l’histoire de notre mouvement. Nous voulons, avec ce texte, donner une autre vision de cette manif, politique et stratégique, à partir du point de vue de celles et ceux qui luttent. Nous voulons comprendre les enjeux afin de penser la suite de la mobilisation et multiplier nos futures victoires.

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POINT DE VUE DE RENNES 2 :

Depuis 2016, l’AG de Rennes 2 regroupe des étudiant.e.s, des lycéen.ne.s et des précaires.

Le 22 mars, à 6h, la majorité des étudiant·e·s présent·e·s partent en cortège vers les lycées VHB et Coëtlogon, pendant que quelques personnes gardent le blocage de la présidence de Rennes 2. Les lycées du nord sont tous les deux bloqués. A 7h45, les flics en nombre débarquent devant VHB et nous dégagent en nous menaçant de nous emmener au poste. Même opération des keufs quelques minutes plus tard à Coët ! Les deux lycées sont donc débloqués avant même qu’une discussion ne s’amorce avec les lycéen·ne·s qui allaient en cours, empêchant une fois de plus toute forme d’organisation politique. Nous décidons donc de débrayer VHB puis de rejoindre les camarades de Rennes II.

Le cortège s’élance de la fac vers 10h, à 250, protégé par une banderole pour rejoindre le cortège interprofessionnel à Charles de Gaulle.

POINT DE VUE DE RENNES 1 :

Les camarades du campus de Beaulieu, de la fac de droit, de la fac d’économie ainsi que de quelques lycées se sont regroupé-es pour bloquer Sciences-Po. A 8h, nous partons à une centaine, masqué-es et derrière une banderole afin de se protéger et des renseignements de plus en plus vénères et des flashballs qui, rappelons-le blessent à vie. Après une tentative de rentrer dans la fac de droit fermée et gardée par des vigiles comme depuis le début du mouvement, nous arrivons devant le lycée de Jean Macé. La direction voulant empêcher la sortie des lycéen-nes, nous cassons cette première nasse en envahissant le lycée. Le cortège grossi et c’est au tour de la fac d’économie puis des Beaux-Arts d’être débraillé. C’est alors que nous apprenons que le cortège parti de Rennes 2 est nassé. On discute et on se met d’accord très rapidement : on va aller aider les camarades à sortir de la nasse...

POINT DE VUE DE L’INTERPRO :

Au même moment sur la place Charles de Gaulle, le cortège de lutte interprofessionnel se met en place à l’avant de la manif. Il avait été initié par l’Assemblée Générale Interpro immédiatement soutenue par des travailleurs-ses du CHGR (Centre Hospitalier), des cheminot-es, des postier-es, des précaires, des étudiant-es et des lycéen-nes sous une banderole commune « Pour le service public et l’unité dans la lutte ».

La manif s’élance ! A l’avant, le débat fait rage : suivre le trajet déposé, ou aller délivrer les camarades ? L’info se répand dans la masse des 8000 personnes présentent ce jour. On s’engueule, on cri des slogans, on discute mais finalement la décision collective est prise : la manif tourne à GAUCHE direction place de Bretagne !

POINT DE VUE DE LA NASSE (RENNES 2) :

Touchant à l’objectif de rejoindre le cortège interpro, les flics habituellement statiques décident de bloquer le cortège aux portes du centre-ville. La BAC et la BI aux fesses, masqué-es et armées, referment la nasse. Encerclé par une cinquantaine de flics, le cortège, serein mais incapable de forcer un premier temps la nasse, se met d’accord pour prévenir le cortège interpro réunit plus loin. Les modalités de résistance avaient été fixées collectivement en AG, notamment le refus de se démasquer et de se désolidariser. Les autres modalités sont fixées pendant la nasse, tout le monde s’appellera Camille Dupond (avec un -D ! vote à main levé). C’est la preuve que même nassé, le mouvement arrive à dégager des espaces d’organisation !

L’animation du cortège, ponctuée de chants et de moqueries, fut interrompue par le sergent en service venu négocier les conditions de notre capitulation. Incapable d’identifier des représentant-es à qui s’adresser dans la foule des visages masqués, c’est seulement avec l’arrivée de militant-es FO que le négociateur trouve un canal d’expression. Suite au refus du dialogue, il reviendra deux fois avec des exigences revues à la baisse : nous pourrions alors sortir sans être contrôlé-es et en acceptant de se démasquer et d’être fouillé-es. Finalement, il nous est même proposé de sortir sans autre contrainte que d’avancer un par un dans un corridor, avec un mètre de distance entre chaque camarade. Cette dernière tentative de séparer les gens est refusée avec la même détermination : « on part ensemble, on rentre ensemble ! ».

Au bout d’1h15, un nuage de gaz, des chants et des drapeaux apparaissent au loin derrière une ligne de casque. Les flics sont contraint-es de dégarnir les rangs de la nasse pour les stopper, sans succès. La ligne de flics est enfoncée par le cortège interpro et les quelques gendarmes mobiles restants sont débordés par les ex-nassé-es !

POINT DE VUE CORTÈGE INTERPRO :

La manif entière, détournée de son traditionnel parcours, arrive donc face au cordon de keufs. Derrière, nous apercevons les camarades du cortège de Rennes 2 qui s’impatientent après 1h15 de nasse.Les banderoles commencent à pousser doucement les forces de l’ordre. Le cortège, sans distinction de section professionnel ou de statut social, hurle d’une seule voix « Dégagez ! Dégagez ! ». Les flics commencent à reculer puis se font vite déborder. Les quelques lacrymos lancées n’arrivent pas à disperser cette foule déter. A force d’avancer, les deux cortèges se rejoignent enfin pour ne former plus qu’un, unitaire, repartant vers le centre sous les yeux dépités des keufs.

CONCLUSION :

Cette solidarité au sein de la nasse et à l’extérieur, ce lien qui s’est crée entre les différent-es travailleur-ses, chômeur-ses, étudiant-es, lycéen-nes pour casser un dispositif policier est pour nous d’une valeur inestimable. Nous avons montré pendant cette journée que malgré nos différences sur les modes d’actions, sur les moyens de se défendre et de lutter, nous avons réussi, en débordant la stratégie policière, à réduire en miettes l’effort manifeste du gouvernement de toujours nous séparer, nous dissocier, nous éloigner.Il faut trouver des espaces pour en débattre, pour confronter ces moyens d’action, pour les dépasser et se coordonner pour les manifs à venir. Le gouvernement et les patrons ciblent la même partie de la population, ne manquons pas, sans pour autant remettre en cause l’autonomie de chaque lutte, les occasions de nous rassembler pour gagner.

NOUS RÉSISTERONS ET BRISERONS TOUTES LES NASSES !

Commentaire(s)

> Une - deux questions…

Bon. Et c'est quoi le but ? Faire des manifs communes, ça n'a aucun poids en soi. Ce qui compte, c'est d'unifier le mouvement, de mener des AG communes, d'envoyer des délégations massives sur des sites de salariés, pour tenir des discussions en commun et mettre les moyens et les buts en commun. Ce qui fera reculer le gouvernement n'a rien à voir avec ce qui fait reculer les flics en manif !

La manifestation n'est que la recherche ou la concrétisation de l'unité du mouvement. L'important, c'est ce qui se passe avant et après. Tant qu'un mouvement en reste au niveau de l'université, dites-vous bien que le gouvernement dort tranquille…