Un autre regard sur les conflit à la ZAD

Mis a jour : le samedi 3 mars 2018 à 18:55

Mot-clefs: aéroport notre-dame-des-landes -ismes en tout genres (anarch-fémin…)
Lieux: ZAD

On t’écrit cette lettre pour te raconter ce qu’il se passe dans notre bocage préféré. On prend le temps de t’écrire pour te raconter les derniers évènements malgré le fait qu’on n’habite pas sur place, parce qu’on se sent très lié à cet espace qui depuis des années rythme nos vies à travers les divers chantiers, fêtes, manifs ou menaces d’expulsions, mais aussi les moments quotidiens partagés.

Tu as sans doute vu les différents textes alarmistes sur la situation là-bas, et sur la soi-disant prise de pouvoir des citoyennistes, appelistes et crypto-staliniens sur la Zone à Défendre. Nous qui venons de milieux anarchistes, communistes et anti-autoritaires, on voulait te raconter une version des faits qui nous semble bien plus proche de ce que nous avons vu et ce que les copain.es qui habitent sur place qu’on ne peut vraiment pas accuser d’être dans ces courants décriés nous ont raconté.
Si on le fait nous c’est qu’on sait que les copin.es sont beaucoup trop prises pour pouvoir prendre le temps de raconter la situation sur place.

La route
Cela faisait plusieurs mois que la question de la route déchaînait les passions. Les usages multiples et parfois contradictoires de cet espace commun avaient pris énormément de temps de discussions, de prises de décisions au consensus suivi de temps de chantiers collectifs visant à aménager la route afin que le plus de gentes puissent l’utiliser que ce soit en camion, tracteurs, en caisse, vélo ou à pied. Ces chantiers avaient été suivis de remise en questions du processus collectif par des gent.es qui remettaient des chicanes, relançant un nouveau processus.
Il faut bien comprendre que la difficulté du mouvement à prendre une position et à la faire appliquer avait fatigué un grand nombre de personnes, qu’elles soient paysan.nes, squateureuses ou habitant.es du coin, érodant petit à petit la confiance des camarades dans la capacité du mouvement à prendre en charge le Commun que représente la D281.
Le 17 janvier l’état cède sur la question de l’aéroport et exige que la route soit « libérée ». Tout d’abord on note l’hypocrisie du gouvernement qui avait lui même fait fermé cette route avec des gros rochers et que le mouvement avait tôt fait de rouvrir.
L’assemblée du 18 au soir a donc une nouvelle fois parlé de la route. Après plusieurs heures de discussions où les principaux arguments opposés à l’enlèvement des chicanes relevaient avant tout d’une question de sécurité pour les usager.es, non motorisé-e-s de la route (qu’ils soient humains ou non), un certain nombre de personnes (Acipa, Copain, comités locaux proches) sont sorties de la salle pour discuter entre elles. Elles sont revenues en disant qu’elles viendraient dégager la route le lundi suivant en laissant lama fâché qui était la dernière cabane habitée sur la route. “Habitée” c’est-à-dire qu’une personne venait de s’y installer 2 nuits plus tôt.
Si la manière de poser cette décision a été critiquée à ce moment par une ou deux personnes, les discussions ont vite tourné ensuite sur comment imposer à la préfecture le fait de mettre des ralentisseurs et que faire si elle ne le faisait pas.
Le mercredi suivant, à l’assemblée des usages, la question de la route n’a été que peut évoquée. Entre temps, la préfecture était revenue sur les accords passés avec le mouvement sur le fait que lama fâché puisse rester avec un détournement de la route. Les paysan.nes de COPAIN avaient par lettre ouverte posé le fait que la cabane devrait être démontée malgré la décision ultérieure, l’assemblée des habitant.es après de longues heures de discussions en interne avait dénoncé le procédé encore une fois bien peut collectif tout en s’accordant pour démonter la cabane-barricade le jeudi suivant. Elle demande aussi à COPAIN de réaffirmer qu’ils sont bien attachés au fait que tout le monde reste. Il a été répondu que l’organisation paysanne contre l’aéroport comme le reste des composantes était et restait attaché aux 6 points (visibles en fin de cette lettre).
Après ce point, les discussions se sont poursuivies autour de la question de l’association et des futures négociations avec la préfecture (on abordera ce point un peu plus tard dans cette lettre afin de ne pas mélanger les histoires).

Le démontage de lama fâché.
Le lendemain, environ une centaine de personnes se retrouve autour de la cabane de la discorde. Dans les personnes venues pour démonter : des paysan.nes, des habitant.es des bourgs alentours, des Squateureuses et contrairement à ce qui est laissé entendre dans de nombreux textes circulant sur internet, pas seulement du CMDO, mais aussi appartenant à d’autres groupes ou à aucun.
A l’intérieur, des personnes opposées au démontage sont massées et discutent avec des squateureuses qui sont pour. Une d’entre elles pour le démontage raconte comment elle se sent liée à cette maison dans laquelle elle a attendu les flics durant des nuits et des nuits en 2012. Des copain.es assises dans la maison contre le démontage nous disent qu’elles n’empecheront pas les gentes de démonter mais qu’elles resteront à l’intérieur en signe de protestation. Les paroles sont chargées d’émotions, on sent que d’un coté comme de l’autre la question du démontage ou non n’est pas une simple évidence. Qu’à travers ce chantier, c’est une page de nos histoires individuelles et collectives qui se tourne.
Le chantier commence doucement, des chaînes humaines se font pour acheminer et trier les matériaux dans le champ d’à coté afin de pouvoir reconstruire quelques mètres plus loin.
Autour des gentes qui s’activent, de nombreuses personnes sont là pour assister au démontage, pour faire en sorte que des bagarres n’éclatent pas ou pour veiller à ce que les personnes contre le démontage ne soit pas malmenées.
Une personne monte en haut de la fragile charpente afin de s’opposer au démontage. Celui-ci continue tout de même autour de lui petit à petit planche par planche, fenêtre par fenêtre, caillou par caillou.
Puis un camarade peu connu pour sa finesse et sa bienveillance envers les personnes qui ne pensent pas comme lui tente de le déloger en le prenant au corps. Évidement cela provoque une forte montée en tension autour et sur le toit de la cabane. On retient quelques personnes voulant en venir aux mains, les camarades sur le toit crient qu’elles veulent bien démonter la cabane elleux mêmes mais sans les gentes qu’elles jugent hostiles. Certaines parmi celles qui démontent sont contre. Illes disent que c’est trop tard qu’il fallait proposer ça avant, mais après discussions c’est cette solution qui est retenue. Les copain.es démonteront la cabane elles mêmes, en acceptant de l’aide uniquement de personne avec qui elles le sentent. Les gentes venues pour démonter partent plus loin afin de laisser les gentes finir le démontage à leur manière.

Les perspectives pour le mouvement d’occupation.
La solution soutenue par la majorité des groupes organisés dans le mouvement anti-aéroport et dans le mouvement d’occupation prône l’usage d’une association légale qui aurait comme objet de signer des actes légaux avec l’Etat afin de protéger l’ensemble des occupantes de la zone afin que chacun.e ne se retrouve pas à se battre pour son bout de terrain et afin d’éviter que l’Etat ne puisse faire du cas par cas et cibler ainsi des groupes ou personnes qu’il jugerait trop hors norme.
et de
Si la solution de refuser toute négociation avec l’Etat pourrait nous sembler attirante pour nous, anarchistes, elle pose un gros problème. Le reste du mouvement ne suit pas cette idée. Opter seul.es pour cette issue, c’est donc se retrouver seul.es et isolé.es face aux forces de l’ordre et ce, dans tous les sens du terme, alors que ce qui a fait la force du mouvement jusqu’alors c’est bien son unité dans la diversité des positions et des stratégies d’action.
Tant que nous n’avons pas la puissance nécessaire pour abattre l’Etat, nous devons utiliser les moyens dont nous disposons pour gagner en force qu’ils soient légaux ou non. D’ailleurs, c’est exactement ce que l’on fait quand on ouvre des squats en s’appuyant sur les 48h et les temps de procédures. C’est aussi ce que fait nantes-indymedia quand il retire un texte de revendication d’action contre la flicaille afin de ne pas se faire fermer son site.
Faire une association ou n’importe quelle structure collective formelle demande de nombreuses précautions afin de limiter au maximum les prises de pouvoirs (mettre des exemples). L’association est pensée comme un parapluie afin de protéger tous les usages et usager.es de la Zone. Les décisions continueront de se prendre dans les assemblées comme avant la création de cet objet.
On ne vas pas dire que ça va être un moment chouette d’aller discuter avec les représentant.es de l’Etat mais le fait que le mouvement ai déjà acté un certain nombre de points sur lesquels il ne reviendrait pas dans ces négociations nous permet d’envisager la chose avec plus d’aisance. Il s’agira alors bien plus de poser nos limites au camp d’en face et de voir sa réaction. En cas d’échec, le mouvement se retrouvera alors uni face à l’Etat et à sa police. Et si par malheur, comme l’est professé par les apôtres de la défaite, certains citoyennistes trahissent la parole donnée, alors nous n’aurons pas perdu grand-chose et nous continuerons le combat sans elleux.
Nous allons maintenant tenter de démonter certaines approximations et certain mensonges proférés dans différents textes parus entre autres sur Nantes-indymédia .

« Un petit groupe bien positionné a décidé dans son coin de l’ouverture de la ZAD à l’état, et d’un grand projet agricole avec normes pour toutes et tous. »
Dans de nombreux textes certain.es personnes essayent de faire planer l’idée que les agriculteur-ices seraient contre l’idée que d’autres choses puissent se déployer sur la Zad que des projets agricoles, et que ceux ci n’agiraient que pour s’accaparer des terres et des places à la chambre d’agriculture.
Sur la question des terres, on peut voir que dans quasiment toutes les interventions de Copain44 que ce collectif réaffirme son attachement au 6 points et notamment au fait que toutes celles qui veulent rester sur Zone puissent le faire quelque soit leurs activités et leurs habitats.

« les chefs du mouvement ont décidé unilatéralement de “nettoyer” la D281, le tout sans débat et plus rapidement que ce que le gouvernement ne pouvait l’espérer. »
Comme on te l’a raconté on ne peut pas dire que la prise de décision sur la route se soit faite dans l’ambiance la plus détendue possible. Par contre, considérer que cette décision à été prise par les chefs du mouvement ce serait porter le fait qu’il y aurais 280 chefs sur Zone c’est à dire la quasi totalité des personnes présentes à l’assemblée du 18 janvier moins une 20aine de personnes.

Urgence
C’est sûr que lorsque l’on se retrouve au sein d’un débat que l’on n’arrive pas à trancher ou dépasser depuis des mois, devoir prendre une décision en quelques heures ce n’est pas simple. Mais il s’agit bien de comprendre que lorsqu’on se retrouve face à un ultimatum, ne pas prendre de décision, ou décider de prendre le temps de prendre une décision, c’est déjà une décision. Enfin, si certaines décisions peuvent être prises avec lenteur et circonspection afin de convenir à tout.es, nous savons bien que le combat face aux institutionx de la domination ne permettent pas toujours ce rythme.
« Quand la maison de la grève défonce chicanes et cabanes. »
De ce que nous avons pus voir de nos yeux c’est que si des membres de la maison de la grève étaient présent.es autour du chantier, illes n’étaient en tout cas ni seul.es, ni à l’avant garde du démontage de Lama Fâché. Tenter de nous faire croire qu’illes étaient seul.es a porter cette décision, est un pure mensonge. Car de nombreu.ses personnes étais présentes dont certaines plutôt hostiles aux actions du CMDO. Une belle figure de style visant à nous faire croire que seuls les affreux appelo staliniens soutiennent des positions qui sont de fait majoritaires en assemblée et dans le mouvement.

Face aux avant gardes.
Les Avant gardistes individualistes, s’illes se défendent de vouloir prendre le pouvoir n’en restent pas moins dangereux pour les mouvements collectifs notamment par leur capacité à utiliser les mêmes formes d’argument que les anarchistes sociaux, ce qui nous les rend plus difficile à dénoncer. Mais aller à l’encontre des décisions collectives, parce qu’on « sait » qu’on a raison contre tous les autres, que l’on lise Lundi Matin ou Non Fidès cela reste la même dynamique.
On ne peut pas cracher sur le fait que le CMDO agisse sans prendre en considération les critiques du reste du mouvement et dans le même temps appeler à bloquer la DDE sur la D281 alors que la réu des hab’ et l’assemblée des usages ont acté le fait qu’on laissait faire les travaux sur le bord des routes. Porter une position anti-autoritaire c’est accepter qu’on peut parfois se retrouver en minorité sur certaines décisions. Cela ne veut pas dire que l’on doit alors se taire mais bien qu’on a la décence d’agir sans se présenter comme la minorité opprimée par la majorité qui se dégage au sein du mouvement de lutte. Et on ne parle pas ici de majorité à 51 %. Mais bien de positions portées par une large portion du corps politique que représente la Zad. Les mouvement collectifs seront toujours plein de conflits et de tensions et nous ne pouvons pas attendre de les avoir complètement résolus pour prendre des décisions. D’autant plus lorsque certaines composantes des assemblées sont par idéologie opposées à toute prise de décision collective.
Le 17 janvier, Édouard Philippe la mine déconfite annonce la fin du projet d’aéroport. C’est une grande victoire pour notre camp ; le camp révolutionnaire mais plus largement celui des opprimé.es. D’autans plus grande qu’elle ne s’est pas fait grâce au simulacre des urnes mais bien par la puissance d’un mouvement qui a su allier barricades de papier et de pneus, grève de la faim et grève humaine, émeutes urbaines et carnavals champêtre, qui a su allier les forces paysannes, ouvrières, et celles de la jeunesse déclassée. Elle a su montrer que nous pouvions arracher à l’Etat et au capital des territoires et des bouts de vies par la force du nombre et parfois aussi par la violence. Bien-sûr, après la victoire contre l’aéroport il nous reste le plus dur, « Et son monde » mais cette victoire est un premier pas qui nous permet de mieux envisager comment continuer à avancer vers un monde Communiste, Libertaire, Féministe et Décolonial. Plutôt que de continuer à répéter sans cesse ce que nous ne voulons pas pour cette Zone, une normalisation, un embourgeoisement, racontons nous ce que nous voulons pour elle et pour nous, un espace mouvant et vivant en lien avec le monde et les luttes un espace où les communs continuent à se construire malgré et sans doute aussi grâce aux conflits qui nous animent.

P.-S.

Voilà, c’est notre version des faits, plein de notre subjectivité politique, mais on tenait à la raconter malgré le temps qu’on a mis à l’écrire.
Maintenant, il s’agit d’appuyer le rapport de force face à l’Etat en notre faveur, de mener des actions de prise de terres et de défendre tous les lieux d’habitation et d’activité sur cette zone qui n’a pas finit d’être en lutte contre le monde de l’ex aéroport.

Voici le lien vers les 6 points pour l’avenir de la Zad :

https://zad.nadir.org/IMG/pdf/6pointszad-a3-2.pdf

Commentaire(s)

> précisions

Juste pour apporter une précision sur ce passage : "C’est aussi ce que fait nantes-indymedia quand il retire un texte de revendication d’action contre la flicaille afin de ne pas se faire fermer son site. "

le texte publié initialement à cet url https://nantes.indymedia.org/articles/38579 est bien inaccessible mais la revendication l'est toujours sur le site au moins ici : https://nantes.indymedia.org/articles/38613

Depuis deux autres requêtes ont été déposés et le choix du collectif a été différend, explication ici : https://nantes.indymedia.org/articles/39007

> résumé

ce texte défend donc la mythologie du "collectif", du "consensus", et de la "majorité" (qui a raison ...)

> Effectivement

Du coup les deux situations sont un peu différentes: dans le cas d'indymedia, le texte de revendication est encore présent sur le site (en plusieurs exemplaires même si ma mémoire est bonne), seule l'url originale n'y est plus. C'est une façon de ruser avec les injonctions des autorités.

Dans le cas de la d281, l'option choisie est un peu différente: passage en force d'une partie du mouvement pour accepter les conditions des autorités, sans essayer de prendre le temps de trouver collectivement des façon d'y répondre qui conviennent à tout le monde et qui soit un peu plus créative. D'autant que puisque qu'apparement le mouvement a un rapport de force avec l'état, il pouvait aussi bien expliquer à la préfete qu'il avait besoin de temps pour décider collectivement et mettre en place sa décision. C'est quelque chose qui aurait pu être négocié par exemple...

Dans le second cas, l'état a eu ce qu'il voulait, point barre, dans le premier, son action a été inefficace pour ne pas dire contre-productive.

Ce n'est qu'une partie de ce qu'il y aurait à dire sur ce texte. La présentation des différentes positions est effectivement subjective (sans parler de ce qu'il porte comme vision de l'anarchisme, qui serait apparement compatible avec le concept de majorité)

> humm

La majorité qui l'emporte sur les opprimé.e.s c'est effectivement une étrange vision de l'anarchie.

> Etrange anarchie

Si tu crois que les résolutions de l'Internationale anti autoritaire de l'AIT en 1871, la prise de positions de la CNT espagole sur le communisme libertaire face au collectivisme en 1876, la Makhnovchtchina, la FORA argentine et tout les mouvement qui dépassé le stade du groupuscule pour pour menacer réellement l'Etat et le Capitalisme prenait leurs décision au consensus, tu te fout largement le doigt dans l’œil. L’anarchisme ce n’est pas que l’individualisme.

Mais si tu connais des mouvements révolutionnaires qui fonctionnent au consensus total qui dépasse le stade de la bande je veus bien que tu nous en parle.

Et non, opprimés et minoritaires ce n’est pas la même chose. Lors qu’on exproprie un patron il n’est pas opprimé même si il n’est pas d’accord. Les personnes qui portent le fait que la route ne devait pas être dégagé ne sont évidement pas des patron, elles ne sont pas non plus opprimées. Elles sont juste mises en minorité dans les espaces de prise de décision.

> minorité

les seuls à parler de minorité ou de majorité dans cette histoire c'est ceux qui se revendiquent de la "large majorité", comme d'habitude... ce concept de minorité, on nous le ressert à chaque fois qu'on veut dire poliment à quelqu'un de fermer sa gueule, c'est le principe même de notre démocratie ou de la domination adulte... Vous prenez les gens pour des imbéciles de babacools qui pensent que des décisions consensuelles peuvent être prise à 300 sans compromis, que le "consensus total" ça existe à aussi nombreux... La vérité c'est que cette légende des "décisions prises au consensus" ne sert que ceux qui signent leurs communiqués de "l'ensemble des composantes du mouvement"... Si t'as besoin de monter un pipeau autour d'une décision et faire style que tout le monde (ça marche aussi avec ta "majorité") est d'accord pour faire ta comm', c'est que tu sais très bien que ta décision n'est pas consensuelle et que des gens vont s'y opposer. peut-être qu'un début ça serait d'assumer et se remettre en question ? c'est pas reservé aux rapports de genre vous savez...

au début, en lisant ce texte, je me suis dit "tiens, un autre point de vue ça ne peut qu'être interessant"... mais c'est pas parce que c'est dans le titre que c'est vrai... ce texte tient un discours pas franchement nouveau sur ces "évenements", le seul changement, c'est cet "autre regard" affiché, pseudo objectif, qui permet de se dédouaner des responsabilités : "on a juste regardé" les décision se prendre en assemblées, les cabanes et chicanes se faire démonter, les "camarades" en menacer d'autres physiquement... d'ailleurs, cette dernière phrase à elle seule mérite un comentaire :

"Puis un camarade peu connu pour sa finesse et sa bienveillance envers les personnes qui ne pensent pas comme lui tente de le déloger en le prenant au corps."

Vous n'êtes pas un "autre regard", vous considérez cette personne comme un "camarade", au point d'emballer sa description d'une figure de style pas piquée de vers... votre "camarade", de mon point de vue, est une brute agressive, prête à foutre sur la gueule des gens qui le contrarient pour une raison ou pour une autre. un parfait auxiliaire de police pour le monde-sans-aéroport que vous nous concoctez entres "camarades"... si c'est votre "camarade", faites quelque chose, emmenez le en vacances, faites le courir tous les matins, achetez lui un fresbee ou tenez le en laisse. je laisse pas mes "camarades" s'en prendre aux autres ou faire de la merde sans réagir.

sur "l'urgence" des prises de décisions, vous pouvez tourner ça comme vous voulez, au final : tous les jours, l'Etat "demande", "exige" ou "interdit", pourquoi cette hâte à lui accorder ce qu'il demande cette fois-ci ? Juste parce qu'une "composante du mouvement" était d'accord avec lui ?

Bref, tout ça manque serieusement de remise en question... c'est pas être faible de reconnaitre qu'on a merdé, vous savez, ça permet juste de restaurer de la confiance, mais ça n'a pas l'air de vous interesser vraiment...

> Ah l'espagne libertaire...

Effectivement tout cela rappelle l'Espagne libertaire, mais celle qui finit dans les ministères. Celle qui pour maintenir l'unité antifasciste désarme les aspirations révolutionnaires du mouvement... Ce pragmatisme qui non seulement ne vaincra pas le franquisme, mais qui inscrira durablement des 2 côtés des Pyrénées des lignes de fractures durables entre anarchistes et pas que.
Parce ce qui se joue en terme de logiques de composition à la ZAD comme ailleurs privilégiant les alliances stratégiques avec la gauche politique, syndicale et associative finit de creuser les mêmes sillons dans les ruines qui font office de communauté de lutte révolutionnaire.
Parce qu'on aura beau tourner autour du pot, une expulsion d'un lieu occupé - quelle qu'en soit les modalités - pour faire plaisir à Madame la préfète, ça s'apparente tout de même sacrément, même si c'est en oscillant entre la menace et le rôle de "grand-frère', à une opération d'auxiliaire de police.
Pour ma part ce sont des liens de solidarité élémentaires qui fondent aujourd'hui comme neige au soleil avec une part de ce néant.
Et comble du cynisme on signe le tout CMDO.
"La lutte fondamentale aujourd'hui est entre, d'une part, la masse des travailleurs - qui n'a pas directement la parole - et d'autre part, les bureaucraties politiques et syndicales de gauche qui contrôlent - même si c'est seulement à partir des 14% de syndiqués que compte la population active - les portes des usines et le droit de traiter au nom des occupants. Ces bureaucraties n'étaient pas des organisations ouvrières déchues ou traitresses, mais un mécanisme d'intégration à la société capitaliste." - Comité pour le maintien des occupations (l'original pas la copie), Paris 22 mai 1968.
Mais c'est vrai que pour certains et certaines insurrectionnalistes qui viennent, jeudi ça peut être zbeul, et lundi Conseil Municipal. Eh oui malgré toute les torsions idéologiques (Ca devient un sport hégémonique), la novlangue sans cesse renouvelée ca reste compliqué d'être à la fois Guy Debord et José Bové...

> ..

Vous faites rire avec vos beaux principes à la con que vous appliquez même pas dans vos vies respectives, et encore moins sur la zad où c'est pourtant là que tout se joue

"je laisse pas mes "camarades" s'en prendre aux autres ou faire de la merde sans réagir."

On l'a bien vu, quand un type agressait des gens sur zone pour la 800ème fois depuis son arrivée, qui prenait les choses en main et qui restait les bras croisés, ou même, le soutenait, parfois

On l'a bien vu, quand un mouvement social se passait dans la métropole avoisinante, qui prenait les choses en main et qui restait les bras croisés, ou même, critiquait ces interventions

A un moment donné, les positions radicales tenues depuis un canapé, c'est un peu relou et t'as plus trop envie de les écouter, surtout quand tu traites à moitié les gens de flic au milieu de toute cette merde

Alors, l'invitation à se remettre en question, elle va des deux côtés, si tant elle qu'il existe des "côtés", mais certains ont l'air acharnés à vouloir les faire exister histoie de se rassurer sur le fait d'être du bon

> Prendre un enfant par la main...

Toujours la même rengaine. C'est nous qu'on fait alors on a raison. Et de tout façon les autres ne font rien. Faut sacrement se regarder le nombril pour n'avoir que ça à répondre.

Garde les mains dans tes poches au lieu de prendre des trucs dedans, ça nous fera des vacances et ça éclaboussera moins les voisin.e.s

> authentique cmdo ?

c'est assez désopilant de faire passer le CMDO (donc les situs) de 68 comme un modèle de groupe anti-autoritaire...

> question

"On l'a bien vu, quand un type agressait des gens sur zone pour la 800ème fois depuis son arrivée, qui prenait les choses en main et qui restait les bras croisés, ou même, le soutenait, parfois"

800ème fois ou N fois, quand on est un "camarade" assementé, et vu la description du type, on se fait quand même pas virer fissa dans un coffre de voiture ?

> À l'ouest rien de nouveau

Une chronologie suffit parfois à en dire beaucoup...

Le mercredi 17 janvier, le communiqué de presse du mouvement est modifié, sans validation, par quelques chefs deux heures après l’abandon du projet. Cette phrase est rajoutée : « En ce qui concerne la question de la réouverture de la route D281, fermée par les pouvoirs publics en 2013, le mouvement s’engage à y répondre lui-même. La présence ou l’intervention policières ne feraient donc qu’envenimer la situation. »
Le jeudi 18, l’AG exceptionnelle de ce « lendemain qui chante faux » a été l’occasion d’un putsch assumé comme rarement par COPAIN et la Coord, en imposant de rendre à l’État la route des chicanes dégagée dans une semaine, malgré la condition posée dans l’AG précédente qu’il n’y ait pas de menace d’expulsion. Le CMDO prend la même position.
Le samedi 20, des négociations qui ne disent pas encore leur nom ont lieu au téléphone entre la préfète et un chef de COPAIN qui dit qu’elle accepte que la cabane de Lama Fâché reste.
Le dimanche 21, les gens du « quartier » autour de la route se réunissent pour faire face au chantier du lendemain.
Le lundi 22, environ 200 personnes viennent joyeusement à l’appel du mouvement pour « nettoyer la route » et beaucoup se rendent compte sur place qu’il y a de l’opposition, notamment autour de l’épicerie du Sabot qui ne pourra pas être détruite sans heurts. Ce jour là, à mesure que les carcasses fleuries et les réserves de pneus disparaissent, on observe le relai de la pression de l’État qui descend en ligne directe sur la route par la Coord respectable, COPAIN qui agit, le CMDO qui soutient, et une foule de personnes médiatrices « pour que tout se passe bien » qui dialoguent avec les gens qui résistent... Une œuvre exemplaire instantanée de la « composition » du « mouvement ». Pendant ce temps, dans les alentours, quelques compagnies de flics se tournent les pouces, avec grand fracas médiatique.
Le mardi 23, le chantier reprend et le Sabot est démonté par les gens du quartier eux-mêmes en espérant ainsi garder Lama Fâché. Pendant ce temps, ô surprise, COPAIN annonce que la préfète veut finalement aussi la destruction de Lama Fâché. Le soir, une réunion exceptionnelle des habitant-es montre que le consensus est loin sur la destruction .
Le mercredi 24, l’AG est mieux verrouillée que jamais et « le point sur la D281 n’est pas un débat ». COPAIN menace de quitter le mouvement si la route n’est pas entièrement dégagée demain.
Le jeudi 25, au matin, alors que des personnes sont sur le toit et à l’intérieur de Lama Fâché, une trentaine de mecs du CMDO et leurs amis de la Maison de la Grève de Rennes commencent à démonter la cabane avec pieds de biches et marteaux. Sous le regard d’une cinquantaine de personnes qui discutent et transportent les morceaux en souriant, une vingtaine de personnes réussissent à arrêter cette situation en montant aussi sur la cabane et en leur criant de partir et de les laisser vivre ça seul-es. Après une assemblée à une quarantaine dans la cabane sans toit, et un simulacre de négociation, le démontage sera de nouveau fait par les gens eux-mêmes dans l’après midi avec l’idée de reconstruire à 15m dans le pré.
Le vendredi 26, la voiture de la préfète passe sur la route accompagnée de ses sbires d’intervention et de quelques chefs du mouvement. Elle boit ensuite avec eux un verre de champagne et reconnaît leurs efforts, comme une inspectrice qui distribue des bons points à des instituteurs qui ont bien géré leurs classes, malgré les quelques potaches qui ont montré leurs fesses dans les buissons et l’hélico qui avait l’air de chercher obstinément quelque chose dans les bois.
Cette semaine-là, même les moyens de communication par internet semblent avoir été perturbés par les évènements. Plusieurs textes critiques du nettoyage n’ont pas été publiés sur le site zad.nadir, ainsi que sur la liste inter-comités qui est passée soudainement d’une publication directe à une modération pour « filtrer » les positions gênantes. En parallèle, la page facebook qui, elle, n’est pas administrée par des occupant-es, s’est mise en grève… Reste le site nantes.indymedia qui continue d’héberger une longuesuite de textes qui ruent dans les brancards et qui nourrissent la rébellion.Allez donc y faire un tour de temps en temps pour y lire d’autres voix.