Feu aux culs ! 2

Mis a jour : le dimanche 24 décembre 2017 à 04:57

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Subversion : Bouleversement, renversement de l’ordre établi, des idées et des valeurs reçues. — Grand Robert de la langue française, 1986

Une société normalisante qui détruit tant nos désirs fait de la destruction de toutes ces normes le seul futur désirable.

Suite de Feu aux culs ! 1.



Bien sûr j’y suis retourné.

Un texto envoyé par Irina, viens au sauna chaton. La date tombe la veille de mon anniversaire, j’espère avoir droit à un beau cadeau avec plein de bougies.

Je vais traverser le pays pour repousser les limites de mon anatomie. Quel sens j’y vois ? Celui de me confronter à des complexes enfouis sous tout un tas de personnages mythologiques encore plus fucked up qu’Œdipe ? Celui d’assouvir des désirs inavouables, construits depuis l’enfance au plus profond d’un esprit frustré ? De tenter d’assumer une sexualité déviante, face aux assauts d’une société paradoxalement puri­taine et ultra sexualisée ? En tout cas c’est dans mon bide que ça bout, et j’ai envie d’écouter cette ébullition que j’ai tant laissée en suspens.

Toujours baissé la tête devant leurs injonctions. Pas de doigts dans le cul dans la baignoire ou de balles de ping-pong à nettoyer. Pas de porte-jar­retelles, chaussettes dans l’soutif, branlettes au caca. Ou seulement dans la honte. Humiliation, brimades, méprioctobres, et pendant ce temps je cache que j’suis puceau. Larchouma d’avoir des sphincters élastiques ; la classe c’est le coït et une meuf « bonne ». Et autour le stupre vend des bagnoles et des jeux vidéos. Moi je réprime parce qu’on m’a si bien appris à le faire. Deux skins qui s’enculent, la main dans le fion, gang-bang cuir-moustache, 2 girls 1 cup c’qui est dégueulasse c’est qu’ça les dégoûte ; les images tournent dans ma tête, au bout d’un moment j’suis obligé d’réaliser que mes désirs sont étranges.

J’ai beau avoir l’impression de désirs infinis, y a rien à faire, une fois de­vant le club, le trac monte. Bon et puis à un moment il faut bien se lan­cer, je passe pour un couple avec ma pote Sandy. Je sors vingt balles parce que jusqu’à présent j’ai pas trouvé d’espace autogéré à prix libre qui permette ces expérimentations. Quel dommage, un jour on ouvrira un donjon dans un squat, mais d’ici là, on a l’impatience chevillée au slip, et on veut plus attendre. Et puis transgresser leurs normes, ça vaut bien un bifton d’la CAF.

Ce soir, c’est BDSM, mixte. Irina est à la manœuvre et on trouve dans le sauna un surprenant mélange de queers squatteurs hardcore et d’hétéro­sexuels habitués aux soirées « classiques » du lieu. Le cocktail est explosif, presque autant que nos nuits incendiaires. Laisses, colliers, jock-strap, harnais, ball gags, simili-cuir et toys DIY. C’est quasiment notre première à toutes, pourtant on passe pour les plus obsédées des salopes de ce rade. À croire que je suis pas le seul à réprimer ma sexualité.

Le fil du temps transforme mon trac en excitation qui démange. Petit pas­sage à la pissotière pour me nettoyer les chicots, session fessées en intimi­té, ça se chauffe tranquillement. C’est bientôt minuit et à minuit c’est mon annif. Avec Irina on se met d’accord, un gang-bang d’anniversaire c’est le minimum et on se met en quête des 29 bougies.
Elle a son cortège de groupies, et Elle délègue à Farid la liste d’attente. On se retrouve donc à s’occuper d’un vétéran du lieu, agenouillé devant les air max TN de son Maître. Ton prénom c’est plus Marc, c’est Pimprenelle. T’as compris ? Oui. Oui qui ? Oui Maître. Mes orteils dans sa bouche, il s’arrête rapide­ment, le regard penaud et les yeux toujours baissés. Maître, j’y arrive pas, je suis désolé, je crois que c’est les poils de votre ami qui me rebutent. Ben c’est pas grave, je pensais que tu étais expérimenté, mais qu’est-ce qui te fait envie, tu veux en parler ? Il y a des pratiques qui t’intéressent plus que d’autres ? Je crois que je vais m’arrêter là, j’y arrive pas. Merci Maître.

Salle mousse, minuit passé de quelques minutes. Le public se rassemble autour de la table ronde au centre de la pièce, tout en restant à distance respectable. Le haut-parleur amène les derniers curieux : « mesdames et messieurs, un gang-bang se prépare dans la salle mousse, pour l’anniver­saire d’un participant ; vous êtes tous et toutes invitées ». Irina attache mon collier à un côté de la table, les deux chevilles écartées à l’autre, mes mains sont vite et solidement menottées dans mon dos. Le spectacle commence et avec lui les coups répétés sur tout mon corps, avec des mains, des martinets, des TN, ma laisse. Il est difficile de trans­mettre les sensations éprouvées tant elles dépassent tout ce que j’ai pu expérimenter auparavant. Mais ce qui jaillit partout, c’est une incroyable conscience de mon propre corps. Les coups pleuvent et sont autant de décharges électriques qui déclenchent réflexes musculaires, cris et ruades démesu­rées, mais qui font surtout danser ce splendide kaléidoscope derrière mes paupières closes.

Les quarts d’heure s’écoulent et avec eux le lâcher prise total permis par ma relation de confiance avec Maîtresse Irina. Tout au long du gang-bang, Elle qui connaît mes limites et mes expériences, va assister les par­ticipants et s’assurer que les bites soient capotées et les mains gantées. Elle est Ma Maîtresse mais Elle est davantage à mon service qu’Elle ne m’ordonne. La laisser gérer les aspects non excitants de la situation me permet de partir dans différentes phases de transe successives, des mo­ments semblables à des voyages psychédéliques, réalisés en pleine conscience.

Jeanine, la cinquantaine, accroupie sur mon visage, pousse des hurle­ments : leck mein Arsch ! Leck meine Muschi ! Claire la remplace. Habillée en infirmière sexy, elle frotte sa chatte sur mon nez par petits mouvements secs. Marc-Pimprenelle, quant à lui, est apparemment moins dérangé par mes poils lorsqu’il s’agit de m’insérer son sexe trapu entre les amygdales. Je me régale, les godes dans mon anus s’élargissent. Farid me frappe avec ses air max, je crie mon plaisir. Soudain une intense morsure me court sur le dos, et j’ai besoin de quelques secondes pour reconnaître des gouttes de cire. Nouvelle découverte, nouvelle douleur, nouveau plaisir. Quelques coups de pied dans le gode en place achèvent de me faire partir dans l’espace. Lorsque je reviens à moi, la table est entourée d’un cercle d’inconnues et d’amies fraîchement rencontrées qui m’adressent leurs plus grands sourires. C’est alors que retentit le plus beau des joyeux anniver­saires que j’ai connus. Merci, merci à vous, non merci à toi, mais merci bien, merci à toi, merci les amies, et merci les obsédés.

De retour au squat, les yeux pétillent entre nous de cette situation, extra­ordinaire pour la plupart d’entre nous. Les discussions vont bon train jusqu’à l’aube, chacune exprime en détails son ressenti sur la soirée. Certaines parlent de reconquête de leur corps, d’autres de complexes qui s’effritent. Nous convenons que les normes en chacune de nous ont été véritable­ment ébranlées au cours de cette soirée. Ces envolées fugitives ne peuvent toutefois pas souffrir d’être ici couchées sur papier, elles aspirent à partir à l’assaut du ciel.

L’émotion aidant, on nous voit parler de nous-même, certaines larmes coulent et glissent sur les sourires. On rit auprès des convecteurs, et le soleil finit, en se levant, d’achever cette petite aventure, cette expérience aux frontières de nos peurs et de nos désirs.

Not gay as in happy ; queer as in fuck you !

france
décembre 2017
https://infokiosques.net/lire.php?id_article=1508

Commentaire(s)

> feu

Il manque l'image : https://infokiosques.net/IMG/arton1508.png

> Flotte

L'exercice du pouvoir binaire dans sa surenchère de banalité. Mais cela n'est pas moins vrai des sexualités et des économies relationnelles en général. Tout ça n'ouvre que sur le circuit de la valorisation par lequel nous nous infligeons toujours les mêmes critères et conditions. Mais tant il est vrai que le fonctionnement social en vigueur réjouit la plupart d'entre nous, donc démocratiquement, ça baigne, rien à dire.

> .

J'aime pas du tout cet univers de partouzes, de gens qui s'enculent entre inconnus, pour quelqu'un d'antisocial comme moi c'est une vision cauchemardesque cette scène de gangbang.

Ceci dit je trouve que ce texte a le mérite de péter des cloisons, et de casser une image super viriliste d'un certain milieu. J'aime beaucoup le côté radical qui parle en même temps de se faire dominer sexuellement ... ça me fait penser à un slogan végan, qui dit "garder la cruauté dans la chambre" (en oppostion à "garder la cruauté hors de la cuisine").
Et je reconnais qu'il faut avoir un sacré courage pour arriver à coucher tout ça sur du papier et le diffuser.
À la lecture du premier texte je me sui dit que c'était juste de la pronographie, mais maintenant j'y vois autre chose, mais quand bien même ça serait de la pornographie, c'est la première fois que je me dis que finalement je peux y trouver quelque chose d'intéressant, dans lequel je peux me reconnaitre, sans honte, sans être mal à l'aise, sans avoir envie de gerber, sans que ça soit malsain.

Ce texte a eu le mérite de me faire cogiter là-dessus, de voir la sexualité autrement, même si ce genre de situation ne fait pas du tout partie de mes fantasmes.

> vraiment

Personnellement je trouve le slogan "garder la cruauté dans la chambre" absolument abject au regard de la prévalence et de la dissimulation des agressions physiques et sexuelles à l'intérieur du couple, mais le fait qu'une bonne part de la communauté végan soit misogyne et viriliste (et pas que chez PETA hein) c'est pas nouveau.

Aussi, je trouve ça curieux que ce texte dont on ne sait toujours pas vraiment de quel univers il parle (ce club autogéré, marchand?) et qu'il ça ressemble pour moi 'achement à de la pub soit accepté subito quand l'autre reste en débat...

> chercher les poils sur les oeufs

"garder la cruauté dans la chambre" est un slogan bdsm ... fallait-il le préciser ??

Il me semble que ce dernier texte précise justement le genre de lieux ... après, étant donné que ça ne gêne personne quand il y a des annonces de concert dans des lieux qui se font du fric, je trouverai ça gonflé de chercher des poils sur les oeufs et de refuser ce texte parce que l'histoire ne se situe pas dans un lieu autogéré. De plus, moi je prends ce texte comme une sorte d'autofiction, donc à ce niveau là je m'en fout d'avoir des détails précis ... mais si tu veux l'adresse du donjon pour y aller il te suffit d'écrire à ceux/celles qui l'ont publié je pense ;)

> prout prout

«Aussi, je trouve ça curieux que ce texte dont on ne sait toujours pas vraiment de quel univers il parle (ce club autogéré, marchand?) et qu'il ça ressemble pour moi 'achement à de la pub soit accepté subito quand l'autre reste en débat...»

Certainement un coup des illuminati…

De la pub ? Non mais lol ! Y a même pas le nom de la ville dans le texte hahaha.

> .

Pour rappel c'était un modo qui parlait de lieu autogéré/lieu marchand, ça avait l'air de bloquer avant, plus maintenant, d'où la réflexion.
Mais bien sûr tout ça ne fait que confirmer que les modos d'indy sont des illuminatis ce dont personne n'aurait dû vraiment douter...

Quant au slogan bien sûr qu'il aurait fallu le préciser (Loi de Poe, etc...) et personnellement, je trouve que ça n'enlève aucunement le caractère selon moi abject du slogan. Mais comme les végans, que les adeptes du BDSM soient plus intéressé-e-s à s'envoyer en l'air qu'aux violences conjugales, à faire des bons mots quitte à foutre les femmes battues sous le tapis, c'est pas non plus une nouveauté.

> -

>>Pour rappel c'était un modo qui parlait de lieu autogéré/lieu marchand, ça avait l'air de bloquer avant, plus maintenant, d'où la réflexion.

Manifestement l'article est toujours bloqué : https://nantes.indymedia.org/articles/39190

>>Mais comme les végans, que les adeptes du BDSM soient plus intéressé-e-s à s'envoyer en l'air qu'aux violences conjugales, à faire des bons mots quitte à foutre les femmes battues sous le tapis, c'est pas non plus une nouveauté.

Allez, joyeux noël.

> .

En l'occurence, il me semble que dans ce texte c'est un mec qui se prend des grosses fessés et se fait brûler à la cire ... donc je vois pas trop ce que viennent foutre les femmes battues là-dedans, et ne pas comprendre la différence entre le bdsm et un mec qui bat sa femme c'est un peu problématique en 2017 (presque 2018) ... je trouve justement que le bdsm et les violences conjugales sont deux choses opposées, et c'est quand même assez dommage que la violence conjugale soit un truc tellement banalisé que certains sont incapables de comprendre le bdsm. Je vais pas traiter d'anti-féministes les meuf qui aiment faire du sexe violent en étant attachées et en se prenant des fessées ... ça me laisse perplexe, mais je me dis qu'on a chacun des trucs inconscients en nous qui nous font apprécier des choses différentes (et puis, qu'il faut sacrément avoir confiance en la personne avec qui on pratique le bdsm) ... et je pense que ça doit être d'une certaine façon un peu libérateur de pouvoir assumer ces choses, de ne pas en avoir honte, ni de s'en cacher.

> .

bdsm ?

> .

Bondage, Discipline, Sado-Masochisme.

je sais pas ce que ce texte fous ici encore une fois... Comme si se libérer le cul dans des situations tarifées et "divertissantes", avait quelque chose à voir avec l'émancipation de toutes.

La séparation, voilà l'ennemi. Et ces lieux y participent beaucoup.