Bilan critique de la marche sur l’Elysée

Mis a jour : le lundi 20 novembre 2017 à 16:01

Mot-clefs: / précarité exclusion chômage
Lieux: paris

Retour sur la marche organisée par le Front Social à laquelle se sont joint de nombreux militants. Occasion aussi de faire un point sur certaines pratiques au sein du cortège de tête...

Je suis arrivé vers 14h30 Métro Peirere. Premier constat : je n’ai jamais mis les pieds dans ce quartier, c’est dépaysant. Sur place on compte un petit millier de personnes (cela grossira pas la suite). La camionnette CGT rappelle les errements tactiques des directions syndicales, le rouleau compresseur de la bourgeoisie sur le code du travail et les violences policières en France. Les syndicalistes du front social ont fait le taf, ils ont assumé et déposé une manif allant de la place du Maréchal Juin à la Place du Pérou, à deux pas de l’Élysée.
La manif part et, comme d’habitude un cortège se forme en tête avec une très jolie banderole.

Devant encore ce cortège, les grévistes du Holiday Inn en grève depuis 35 jours, grève animée par la CGT et la CNT-SO. Les grévistes ne sont pas super à l’aise car derrière eux, de nombreuses personnes sont cagoulées. Pour certain.es c’est leur première manif. Certains dialogues sont d’ailleurs inutilement houleux entre les deux côtés, certaines personnes mettant en cause l’appartenance syndicale des grèvistes. Franchement les gens, vous venez vraiment donner des leçons à des personnes qui sont en lutte depuis plus d’un mois et qui ont pas de paie ? Sans blague…

Le cortège part, rue de Courcelles. Arrivé Avenue de Wagram, bim bam boum ! Une première agence bancaire est cassée. Problème : les gens qui cassent sont très peu équipés, très peu cagoulés. Autre problème les flics avaient disposé fort adroitement une caméra mobile juste au-dessus de la banque. Il s’agissait de la première banque du parcours, c’était pour les flics l’occasion de faire de bien belles images.
Autre problème, plutôt que de casser et de partir vite fait dans le cortège, tout le monde stagne et les gens s’acharnent sur la banque. Comme si on attendait que la casse soit finie comme un spectacle. Du coup la manif s’arrête trois plombes à chaque agence bancaire. Faut dire que ça prend son temps pour casser et que certain.e.s veulent vraiment faire tomber les vitrines. Sauf qu’en fait les vitrines sont parfois tenaces. De quoi encore faire des belles images pour les flics. Ceux-ci ont d’ailleurs annoncé qu’ils exploiteraient les images vidéos.
Un peu plus loin c’est l’ambassade d’Arabie Saoudite qui en prend pour son grade. Rien de bien grave puisqu’on ne peut pas rentrer c’est le hall qui prend. C’est plutôt une bonne cible quand on connaît le rôle de l’Arabie saoudite dans le financement de l’islamisme à travers le monde, la condition des femmes et des droits de l’homme en général. Là, avec une attaque d’ambassade, on peut vraiment se dire que les flics vont intervenir fissa. Mais que dalle pour l’instant. La nouvelle doctrine du préfet marche à fond.
Derrière les gens du Front social commencent à paniquer un peu. En effet ça se passe vraiment bizarrement, le cortège de tête est pas spécialement fourni et la casse est très importante. Clairement on sent certains syndicalistes pas à l’aise.

Quelques mètres plus tard ça devient vraiment très chaud. Une banque est prise d’assaut, là encore ça prend trois plombe à casser et, clou du spectacle, un fumigène est envoyé dans la banque. C’est évidemment très dangereux. Heureusement le fumigène fait long feu. La tension monte entre les manifestants ou même au sein du cortège de tête, des embrouilles ont lieu. On continue à avancer mais cette fois les flics arrivent en latéral. L’ambiance est électrique, et la présence solidaire (malgré tout) des syndicalistes du Front Social est la bienvenue. On arrive Boulevard Haussmann et y a vraiment énormément de flics. Partout. On ira pas jusqu’à la place du Pérou. Un canon à eau nous barre la route. Le Front Social nous expliquera que la préfecture leur a demandé de dissoudre la manifestation très tôt. Demande refusée. Encore une fois le Front Social a assuré la tenue de la manifestation de A à Z. C’est le point fort de cet après-midi. Car ce n’est pas fini. Les flics nous encerclent et nous laissent sortir au compte-goutte moyennant une fouille et parfois un contrôle d’identité. Mais les syndicalistes s’opposent à cette gestion et appellent tout le monde à rester sur place pour refuser la fouille. Alors on reste une bonne heure. Et il fait froid. Mais ça paye puisque une heure et demie après la fin et un blocage du boulevard Haussmann les flics capitulent et acceptent une sortie collective. Comme quoi la solidarité paye !

Revenons maintenant sur la casse et ses conséquences. Il ne s’agit pas ici de distribuer les bon points mais de rappeler certains élément :

  • Politiquement d’abord, on peut se féliciter de la solidarité sans faille du Front Social. Mais cette solidarité qui s’est construite et s’est affirmée au fur et à mesure des manifs ne doit pas être un blanc-seing pour faire tout ce qui répond à nos propres désirs dans ces cortèges. Les personnes déclarant des manifestations prennent un risque. A l’heure où la préfecture joue la carte de la judiciarisation de la répression, il est fort possible de voir certains organisateurs se faire inculper pour « organisation d’émeute ». Attaquer l’ambassade d’Arabie Saoudite par exemple c’est bien, mais ça peut très vite prendre des proportions politique qui dépassent nos popres sphères. Et ça qui devra l’assumer ? Ça sera très probablement les syndicalistes du front social.
  • Plus pratiquement les flics ont décidé de tout filmer, de tout judiciariser, comme en témoigne le procès de la manifestation du 10 octobre. Il est donc impératif de se cagouler correctement et de ne pas rester trois plombes sous l’œil des caméras après une action directe. La mobilité est la meilleure des protections contre la police.
  • A toutes fins utiles, s’acharner sur une vitrine déjà cassée ne sert à rien à part se faire voir. Si l’objectif est de faire raquer une banque (ou plutôt ses assurances), un coup de marteau suffit.
  • Enfin, envoyer un fumigène dans un magasin est une pratique extrêmement dangereuse. Les étages sont habités, un feu peut très bien se propager et faire ça c’est le risque d’avoir la mort de personnes qui n’avaient rien à voir là-dedans sur la conscience. Et ne parlons pas des risques judiciaires et politiques que cela implique. Un épisode de ce type a eu lieu en Grèce il y a 7 ans au beau milieu du mouvement social et a cassé la dynamique à l’œuvre.

Travaillons sur nos stratégies et gardons intactes nos solidarités !

Commentaire(s)

> vive le feu !

1 commentaire mensonger sur la Grèce

> Grèce

Il est assez dégueulasse de citer d'accident de la banque Marfin en Grèce lors d'une manif de 2010 en le rapportant à ce qui s'est passé sur les Champs-Elysées il y a deux jours. Techniquement, un fumi n'est pas un molotov, et surtout il s'agissait d'un bâtiment bancaire en Grèce, et PAS d'habitation. De plus, c'était un jour de grève générale très massivement suivie, et les jeteurs de molotovs ne savaient PAS qu'il y avait des employés dans le bâtiment, et ce parce que c'est le patron qui les avait obligés à rester et même et surtout empêchés de quitter plus tôt le travail (avant la manif). Enfin, si ces trois-là ont péri alors que les 20 autres ont pu sortir, c'est parce que la police a ralenti les pompiers et les secours, et parce que le patron n'avait prévu aucune issue de secours. Enfin, même des organisations d'extrême-gauche -c'est dire !- ont alors mis la responsabilité de ces trois morts sur l'Etat et la police (cf. celui d'ANTARSYA, Front de la gauche anticapitaliste grecque du 5 mai 2010).

Vu que tu te permets de citer un article de la presse bourgeoise (Le Monde) dans ton bilan pour jouer au paternaliste alarmiste contre les "méchants casseurs-incendiaires" de Paris, tu as du oublier celui-ci sur la question des responsabilités, qui dit que le directeur général de cette banque en Grèce a été condamné suite à cet accident de manif à 10 ans de prison avec sursis pour homicide par négligence, tout comme le chef de la sécurité de l'établissement incendié, tandis que le directeur de la banque a lui écopé de cinq ans avec sursis.
(https://lexpansion.lexpress.fr/entreprises/grece-les-dirigeants-d-une-banque-incendiee-condamnes-pour-insuffisance_1431521.html)

Plus largement encore, s'il peut être intéressant de discuter des pratiques, exposer par écrit dans un bilan public à chaud publié côté manifestants qu'un acte précis qui vient de se passer (et est sous enquête pour en retrouver les auteurs) et qui a été filmé par les flics peut conduire à ce qui s'est passé en Grèce en 2010 est non seulement faux, mais dépasse aussi le cadre critique affinitaire ou oral : cela contribue de fait à la (future) répression. Retenons au moins des années 70 et d'autres pays que c'est une grave erreur d'exposer sous les yeux de la répression certaines considérations critiques technico-pratiques CONTRE un acte précis et lourd (parce que ça l'aide dans son sale travail), ce qui n'empêche pas que ces considérations puissent être débattues (âcrement s'il le faut) entre révolutionnaires et loin des yeux de l'Etat. Et ceci me semble aussi valable pour tous les horribles commentaires qui ont été publiés et laissés sur des facebook trop connus du "milieu", suite à l'attaque de la caserne de Meylan.
Ceci dit, c'était une belle manif, qui plus est encourageante sous bien des aspects (dont la solidarité entre ses diverses composantes).

> le capitalisme tremble

"Si l’objectif est de faire raquer une banque (ou plutôt ses assurances), un coup de marteau suffit."
Cout moyen d'une vitrine 2500€
Peanuts pour l'assurance, même pas le prix du costard d'un de ses directeurs. Même s'il y a 10 vitrines de cassées divisé entre plusieurs assurances ça leur coute rien. D'ailleurs ils vont répercuter le prix sur leurs clients qui sera de O,OOOO quelque chose en plus sur leur police et les clients n'y verront rien.
Le seul effet financier c'est que les patrons vitriers vont s'enrichir un peu plus.
Si le but c'est de faire perdre de l'argent aux capitalistes faut revenir sur terre...
Un seul jour de gréve leur fait perdre infiniment plus et sans personne en taule.