Ces soirées-là ...

Mis a jour : le lundi 30 octobre 2017 à 13:08

Mot-clefs: / précarité genre exclusion chômage sexualités
Lieux: Nantes

« Moi, je vis d'amour et de danse

Je vis comme si j'étais en vacances
Je vis comme si j'étais éternelle
Comme si les nouvelles étaient sans problèmes

Laissez-moi danser laissez-moi
Laissez-moi danser chanter en liberté … »

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Dalida

Vendredi 20 Octobre. Nantes. Nous sommes une joyeuse bande de 8 potes·ses dont au moins 5 pédés et une bie à vouloir aller boire des coups en ville et éventuellement pourquoi pas danser un peu. Il est 22 heures et des cacahuètes. Nous sortons du concert féministe de nos copines les punks à chattes qui se tenait au bar l’annexe. Et nous nous dirigeons vers le Bidule.

Le Bidule est un nouveau bar gay situé rue de l’Hôtel de Ville. Certain·e·s d’entre nous y sont déjà allé·e·s une fois et trouvent ce lieu plutôt sympa. A l’intérieur, un serveur très speed nous invite à aller prendre nos consommations au bar tandis qu’il débarrasse la table frénétiquement. Nous venons à peine d’arriver. Trois de nos ami·e·s, parti·e·s acheter à manger, ne sont même pas encore arrivé·e·s. « Une consommation par personne » ajoute-t-il d’un ton méprisant et désagréable.

Nous nous rendons bien compte que nous ne collons pas tellement au public ; des gays friqués, souvent en couple ou en bande, venus pour boire des cocktails, probablement dans l’attente d’aller au CO2*, et bien sûr, quelques hétéros en quête d'exotisme. Nous avons pris l’habitude de ne pas nous sentir à notre place dans ce genre d’espaces. Et néanmoins nous continuons de les fréquenter car ils font parties des rares espaces où une sociabilisation non hétérosexuelle est possible. Cependant, ce soir-là, ça va être plus compliqué que prévu.

Les copin·e·s reviennent avec des frites et des sandwich qu’ils·elles commencent à manger sur les tables du bar, non sans consommer une boisson par ailleurs, ce qui ne les exemptera pas des regards méprisants et gênés du serveur et des deux patronnes, qui finalement leur demanderons de manger dehors.

L’incident se produit au moment où la moitié du groupe est sortie fumer devant le bar. Alors que le dernier verre de la table se vide, l'une des patronnes nous demande de libérer la table si nous ne consommons pas, afin d'y installer deux gay mieux habillés. Au total, il nous aura fallu une heure pour nous faire virer, et ce malgré plusieurs consommations.

Nous partons alors à la recherche d’un autre bar LGBT* pour apaiser notre colère et notre frustration de nous faire dégager de cet espace supposément prévu pour notre communauté. Désireux·ses de danser, nous nous arrêtons devant le Night L, un bar lesbien situé près de Bouffay, le long du tram.

Un videur patibulaire se tient devant l’entrée. La bande, un peu dispersée, entre au compte-goutte. A l’intérieur, beaucoup d'hétéros. Comme d’habitude. L'un de nous a le souvenir d’être entré dans ce bar et de n’y avoir vu quasiment que des mecs cis* hétéros venus pour draguer. Tristesse et blasitude. Les espaces LGBT, pourtant si rares et si précieux, se font envahir par l’hétéro-sociabilité et la culture du pognon, valeurs libérales pourtant déjà si dominantes dans le reste du monde.

Nous nous apprêtons à aller commander un verre quand nous réalisons que l’un de nos amis reste bloqué dehors par le vigile. La colère nous monte au nez. Nous ressortons et commençons à embrouiller le vigile sur le fait qu’il interdit à des pédés d’accéder à un bar LGBT qui par ailleurs est rempli de mecs hétéros. Il nous répond que c’est un bar lesbien. Nous lui demandons s’il est lesbien lui-même. Il nous répond que non, qu’il est juste là pour travailler. Il persiste et signe ; le jogging et les baskets, c’est pas correct, c’est pas respectueux. Pendant ce temps, une de nos copines embrouille soigneusement, sur le même mode, la barmaid à l’intérieur du bar. Sans plus de succès.

C’est ainsi, après une certaine errance, quelques coups de gueule et beaucoup d’aigreur que nous avons fini notre soirée à boire une canette dans un parc avant de nous disperser sagement peu après minuit. On déteste ces soirées-là.

Ce bref aperçu de notre soirée nantaise n’a pas pour objectif de vous ruiner le moral ni de vous faire vous apitoyer sur notre sort. Au contraire. Il aurait plutôt vocation à nommer un mépris de classe dégueulasse dans les espaces « communautaires » auquel chacun·e s'accoutume par dépit, ou bien par blasitude.

Les espaces de sociabilité LGBT sont très rares, même dans une ville comme Nantes. Et quand ils existent ils ne sont pas fait pour nous, transpédégouines précaires, squatteur·euses, zadistes, anarchistes en sweat à capuche, barbu·e·s, etc. Parce que nous n’avons ni les moyens financiers de nous saper pour y entrer ni l’envie par ailleurs de correspondre à leurs codes sociaux tout pourris.

Nous continuerons à aller partout où nous le voudrons, avec ou sans votre permission.

On est pas sorti·e·s du placard pour se laisser enfermer dans vos normes classistes.

Des pédés énervés

 

PS : une assemblée TPGIA* est prévue pour le dimanche 29 octobre à 16 heures à B17 – 17 rue Paul Bellamy, 2ème cour, au dessus de l’atelier.

*CO2 : grosse boîte de nuit LGBT de Nantes

*LGBT : Lesbienne, Gay, Bi, Trans

*personne cis : personne dont le genre correspond à celui assigné à la naissance

*TPGIA : Trans, Pédés, Gouines, Intersexes, Asexuel·le·s

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